Maintien de la moralité et de l’honnêteté dans la recherche scientifique mondiale pendant la pandémie de maladie à coronavirus
La pandémie de maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) a causé des dommages sans précédent à la santé mondiale et à l’économie. Au 31 mai 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a signalé plus de six millions de cas confirmés dans le monde. Le Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies a projeté que l’économie mondiale pourrait se contracter de près de 1 % en 2020 en raison de la pandémie. Dans cette crise, les scientifiques et le public ont cherché des informations scientifiques détaillées sur le COVID-19. Les revues traditionnelles et les serveurs de prépublication ont travaillé sans relâche pour diffuser les dernières découvertes de la recherche, dans le but de soutenir les cliniciens et les responsables de la santé publique dans la prise de décision.
L’objectif initial de la communication médicale pendant la pandémie était d’améliorer la pratique clinique fondée sur des preuves et de fournir de l’espoir au public. Cependant, l’urgence de publier des recherches liées au COVID-19 a conduit à une course à la publication, souvent résultant en des études de faible qualité et à la propagation de désinformation. Howard Bauchner, rédacteur en chef du Journal of the American Medical Association, a noté une augmentation de 53 % des soumissions au cours des trois premiers mois de 2020 par rapport à la même période en 2019, dont beaucoup étaient de mauvaise qualité. De même, le Chinese Medical Journal a reçu plus de 300 manuscrits liés au COVID-19 au 31 mai 2020, dont beaucoup étaient de simples rapports de cas sans financement de recherche. Certains articles décrivaient même les mêmes patients, soulevant des inquiétudes quant à l’intégrité des rapports de cas.
La situation a été exacerbée par l’afflux de soumissions sur les serveurs de prépublication, qui ne nécessitent pas de vérification de la qualité académique ni d’examen par les pairs. Au 31 mai 2020, medRxiv et bioRxiv avaient collecté respectivement plus de 3700 et 900 manuscrits liés au COVID-19. Bien que les serveurs de prépublication aient facilité la diffusion rapide d’informations scientifiques, ils ont également augmenté le risque de propagation de fausses déclarations. La qualité incohérente des recherches sur ces plateformes a conduit à des conclusions imprécises et trompeuses.
Un exemple notable de désinformation est la théorie du complot du « COVID-19 fabriqué par l’homme », qui est originaire d’un article publié par une équipe de recherche indienne sur bioRxiv le 2 février 2020. L’article suggérait que le COVID-19 avait des liens avec le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) et pourrait contenir des insertions de VIH. Cette affirmation a rapidement été rejetée par d’autres études, et l’article a été retiré. Cependant, la théorie a persisté, certains chercheurs, dont le lauréat du prix Nobel Luc Montagnier, spéculant que le virus était synthétique.
Un autre exemple est celui de l’hydroxychloroquine. Un essai clinique impliquant 42 patients sans contrôles randomisés a rapporté que l’hydroxychloroquine, combinée à l’azithromycine, réduisait significativement la charge virale chez les patients atteints de COVID-19. Cependant, la petite taille de l’échantillon et l’absence de contrôles ont soulevé des inquiétudes. Des études ultérieures ont montré que l’hydroxychloroquine ne présentait pas une efficacité souhaitable et pouvait causer des effets secondaires graves dans certaines combinaisons de traitements anti-COVID-19.
La publication rapide de recherches liées au COVID-19 a également soulevé des inquiétudes quant à la qualité de l’examen par les pairs. Une étude sur bioRxiv a révélé que le délai moyen de traitement des articles sur le COVID-19 était passé de 117 à 60 jours, avec un processus d’examen par les pairs considérablement raccourci. Cette réduction du temps de révision a suscité des inquiétudes quant à la fiabilité et à la qualité académique des recherches publiées. Bien que la publication dans des revues académiques confère de la crédibilité à la recherche, l’inclusion de science absurde, ambiguë ou incorrecte dans un seul article peut être préjudiciable à la communauté scientifique.
L’examen par les pairs a été établi par les revues académiques pour assurer la qualité et la diffusion des informations scientifiques. Cependant, les recherches publiées sur les serveurs de prépublication ne sont généralement pas examinées par les pairs, ce qui rend difficile la vérification de leur qualité académique. La diffusion d’informations non scientifiques et moins rigoureuses peut avoir des conséquences significatives, en particulier lorsque ces recherches sont utilisées pour guider la pratique clinique.
Malgré ces défis, les serveurs de prépublication ont joué un rôle crucial en comblant les lacunes de connaissances dans l’épidémiologie, la virologie et les applications cliniques liées au COVID-19. Ces plateformes sont devenues des champs importants d’échange académique, similaires aux revues traditionnelles. Après la pandémie, les serveurs de prépublication pourraient adopter des mesures de contrôle de la qualité des revues traditionnelles, telles qu’un examen par les pairs strict et une vérification minutieuse par des éditeurs expérimentés. Inversement, les revues traditionnelles pourraient s’inspirer de l’efficacité des serveurs de prépublication pour accélérer le processus d’examen par les pairs tout en assurant la qualité académique.
En réponse aux problèmes soulevés par la diffusion rapide des recherches sur le COVID-19, les serveurs de prépublication ont commencé à rejeter les articles de faible qualité, et les revues traditionnelles ont ralenti leurs processus d’examen par les pairs pour améliorer la qualité des recherches publiées. Ces mesures visent à garantir que les résultats de la recherche sont conformes aux normes techniques du domaine professionnel et à maintenir la fiabilité et la qualité académique des données. En s’attaquant aux causes profondes du problème, telles que l’empressement des chercheurs à obtenir un succès rapide et un profit, ces mesures peuvent contribuer à restaurer la rigueur, le sérieux et le réalisme dans l’atmosphère académique.
En conclusion, la pandémie de COVID-19 a mis en évidence l’importance de maintenir la moralité et l’honnêteté dans la recherche scientifique mondiale. Bien que la diffusion rapide d’informations de haute qualité soit cruciale, il est tout aussi important de maintenir l’intégrité et la rigueur du processus de recherche. Trouver un équilibre entre vitesse et qualité sera essentiel pour répondre à la crise mondiale et assurer l’avancement des connaissances scientifiques.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001080