Lupus érythémateux systémique induit par des adjuvants suite à une arthroplastie totale de hanche métal-polyéthylène
L’arthroplastie totale de hanche (ATH) est une intervention chirurgicale courante visant à soulager la douleur et à restaurer la fonction chez les patients atteints d’arthrose sévère de la hanche. Bien que généralement efficace, des complications telles que l’ostéolyse, l’infection, la luxation ou les fractures peuvent survenir. Cependant, un effet indésirable moins discuté est le risque de troubles immunitaires induits par les matériaux prothétiques. Cet article présente un cas de lupus érythémateux systémique (LES) déclenché par des adjuvants après une ATH métal-polyéthylène, illustrant les complexités liées aux biomatériaux.
Cas clinique
Une patiente chinoise de 36 ans a subi une ATH pour arthrose de la hanche. La cupule acétabulaire, en alliage de titane, cobalt et molybdène, comportait une doublure en polyéthylène à ultra-haut poids moléculaire. Bien que l’intervention initiale ait réussi, des myalgies et douleurs de la cuisse droite sont apparues huit mois postopératoires, traitées par anti-inflammatoires non stéroïdiens. Deux mois plus tard, une fièvre à 38°C et un rash généralisé ont nécessité une corticothérapie (dexaméthasone).
Ultérieurement, la patiente a développé une xérostomie, une asthénie, une anorexie et des douleurs abdominales supérieures droites, conduisant à un diagnostic de gastrite (traitement par oméprazole pendant 18 mois). Les analyses sanguines ont révélé une vitesse de sédimentation élevée et une neutropénie. À 30 mois post-ATH, un syndrome de Felty (polyarthrite rhumatoïde, splénomégalie, neutropénie) a été diagnostiqué. Des ulcérations récurrentes au niveau de la cicatrice de la hanche droite, sans cause infectieuse identifiée (cultures négatives, scintigraphie osseuse normale), ont persisté pendant 16 mois.
À 60 mois post-implantation, un LES a été confirmé par un rash malaire en « ailes de papillon », des anticorps anti-Ro/SS-A, anti-La/SS-B et antinucléaires à taux élevés, associés à une lymphopénie et une neutropénie. L’absence d’ostéolyse ou de descellement radiographique a écarté une complication mécanique. Une révision prothétique (remplacement par une prothèse cimentée) à 66 mois a entraîné la résolution complète des symptômes en neuf mois. Le diagnostic final a retenu une réaction inflammatoire liée aux adjuvants de l’alliage titane-molybdène.
Discussion
Ce cas met en lumière le syndrome auto-immun/autoinflammatoire induit par les adjuvants (ASIA ou syndrome de Shoenfeld), où les métaux prothétiques agissent comme adjuvants activant une réponse immune aberrant. Bien que les alliages de titane soient réputés biocompatibles, ils peuvent, chez certains patients, induire des réactions d’hypersensibilité ou déclencher des pathologies auto-immunes comme le LES. La résolution des symptômes après ablation de la prothèse renforce l’imputabilité des matériaux.
Les méthodes diagnostiques standard (sérologie, imagerie, cultures) ont permis d’exclure une infection périprothétique, orientant vers une étiologie immune. Ce cas soulève des questions sur l’évaluation préopératoire des allergies aux métaux et le choix des biomatériaux, particulièrement chez les patients à terrain auto-immun.
Conclusion
Les troubles immunitaires post-ATH, bien que rares, constituent une complication grave. Une vigilance clinique est nécessaire face à des symptômes atypiques persistants, évoquant un ASIA. Des recherches supplémentaires sont indispensables pour élucider les interactions entre matériaux prothétiques et système immunitaire, afin d’optimiser la sécurité des implants.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000897