LMO1 : un cofacteur transcriptionnel oncogénique contribuant à la tumorigenèse

LMO1 (LIM Domain Only 1) : un cofacteur transcriptionnel oncogénique contribuant à la tumorigenèse de multiples types de cancers

Le gène LIM Domain Only 1 (LMO1), membre de la famille des gènes LMO, code pour un groupe de cofacteurs transcriptionnels jouant un rôle crucial dans la régulation de la transcription génique en agissant comme connecteurs ou échafaudages clés au sein des complexes de transcription. LMO1, ainsi que d’autres membres de la famille LMO, est de plus en plus reconnu pour ses caractéristiques biologiques uniques, incluant des patrons d’expression tissu-spécifiques, des protéines interagissantes et des cibles transcriptionnelles. Cet article propose une revue complète des découvertes actuelles sur le rôle de LMO1 dans la tumorigenèse, ses mécanismes oncogéniques et son activation aberrante dans divers cancers.

Contexte et structure de LMO1
LMO1, situé sur le chromosome humain 11p15.4, est également appelé T-cell translocation gene 1 (TTG-1) ou rhombotin. La famille des gènes LMO comprend quatre membres : LMO1, LMO2, LMO3 et LMO4. Ces protéines partagent un domaine LIM commun, un motif de fixation du zinc riche en cystéines, essentiel à leur fonction de cofacteurs transcriptionnels. Malgré leur similarité structurale, chaque protéine LMO possède des caractéristiques biologiques distinctes, telles que des patrons d’expression tissu-spécifiques, des partenaires d’interaction et des cibles génétiques, contribuant à leurs fonctions diverses et complexes dans la tumorigenèse.

LMO1 a initialement été identifié dans la leucémie aiguë lymphoblastique à cellules T (T-ALL) comme un gène perturbé par une translocation génétique t(11;14)(p15;q11). Son rôle oncogénique a d’abord été caractérisé dans la T-ALL et le neuroblastome. Au fil du temps, il a été établi que LMO1 participe au développement normal et que son expression aberrante contribue à diverses pathologies humaines, incluant plusieurs types de cancers.

LMO1 dans les cancers hématologiques
Le rôle de LMO1 dans les cancers hématologiques a été décrit initialement dans la T-ALL, une hémopathie maligne agressive. Des études montrent que LMO1 forme un réseau d’interactions avec des acteurs oncogéniques clés dans la T-ALL, incluant TAL1/SCL, LYL1, LDB1, OLIG2 et NOTCH1, favorisant l’oncogenèse. LMO1 contribue également à l’oncogenèse d’autres hémopathies, comme le lymphome/leucémie lymphoblastique T précursseur (pre-TLBL), soulignant son rôle oncogénique universel dans les cancers du sang.

Des altérations génétiques de LMO1 dans la T-ALL ont été identifiées chez un patient et dans la lignée cellulaire RPMI8420, où une translocation chromosomique a entraîné une activation pathogène de LMO1. Des polymorphismes mononucléotidiques (SNP) dans LMO1 sont associés au risque de leucémie aiguë lymphoblastique (ALL). Par exemple, le SNP rs442264 dans le locus LMO1 est significativement associé au risque de leucémie précursseur B.

Des modèles murins transgéniques ont confirmé le rôle carcinogénique de LMO1 dans la T-ALL. La surexpression de LMO1 chez ces souris induit le développement de leucémies/lymphomes T agressifs, avec une incidence tumorale proportionnelle au niveau d’expression de LMO1. Le modèle murin double transgénique TAL1/SCL et LMO1 a démontré un effet synergique de ces gènes sur la survenue de T-ALL.

Le mécanisme d’action de LMO1 dans les hémopathies implique des interactions avec des facteurs de transcription. LMO1 régule la transcription de gènes cibles en formant des complexes avec TAL1/SCL, LYL1 et NOTCH1. Ces interactions sont médiées par la liaison des domaines LIM de LMO1 aux séquences bHLH des protéines bHLH. L’effet oncogénique de l’interaction entre TAL1/SCL et LMO1 a été vérifié in vivo, où une co-surexpression de ces gènes induit une leucémie/lymphome T agressive.

LMO1 et le neuroblastome
Le neuroblastome, cancer pédiatrique du système nerveux sympathique, est fortement associé à des variations génétiques de LMO1. Des études d’association pangénomique (GWAS) ont identifié plusieurs SNP dans LMO1 liés au risque de neuroblastome. Par exemple, le SNP rs110419 dans le locus LMO1 est associé à une réduction du risque de neuroblastome. D’autres SNP, comme rs4758051 et rs10840002, montrent des effets similaires dans diverses populations.

Le mécanisme oncogénique de LMO1 dans le neuroblastome implique son interaction avec MYCN, un oncogène bien établi. Une co-expression transgénique de MYCN et LMO1 chez le poisson-zèbre induit des masses tumorales étendues, révélant un effet synergique. Des études de séquençage d’ARN ont identifié des cibles de LMO1, incluant des gènes codant pour des protéines du matrisome, des régulateurs de la matrice extracellulaire (ECM) et des intégrines, favorisant les métastases via l’invasion et la migration cellulaires.

LMO1 interagit également avec des facteurs de transcription comme GATA3 et ASCL1 pour réguler l’expression génique. Le complexe LMO1-GATA3 occupe l’élément régulateur d’ASCL1, un facteur bHLH, modulant son expression. De plus, LMO1 régule positivement l’expression de la tyrosine kinase RET, impliquée dans la tumorigenèse du neuroblastome.

Mécanismes régulant l’expression et la fonction de LMO1
Des variations génétiques, comme les SNP et les altérations du nombre de copies, sont des mécanismes courants de gain de fonction de LMO1 dans les cancers. Par exemple, une augmentation du nombre de copies du locus LMO1 est associée à un pronostic défavorable dans le neuroblastome. La régulation transcriptionnelle de LMO1 implique des facteurs comme TAL1/SCL et GATA3, qui se lient à des enhancers du promoteur de LMO1.

La modulation épigénétique contribue également à réguler LMO1. La famille de microARN let-7 réprime indirectement LMO1 en inhibant la voie TGF-bI/TGFbRI. La perturbation de cette voie entraîne une surexpression aberrante de LMO1 et MYCN dans les cellules de neuroblastome.

LMO1 dans d’autres types de cancers
LMO1 joue un rôle oncogénique dans d’autres cancers, dont le cancer de la prostate, de l’estomac, du poumon et colorectal. Dans le cancer de la prostate, LMO1 agit comme coactivateur du récepteur aux androgènes (AR), régulant à la hausse P21 et l’antigène spécifique de la prostate (PSA). Dans le cancer gastrique, LMO1 module l’expression de Bcl-2 et Bax, impliqués dans l’apoptose mitochondriale.

Dans les cancers du poumon et colorectal, LMO1 est associé à une moindre réponse au cétuximab, un inhibiteur de tyrosine kinase de l’EGFR. Son expression corrèle avec une phosphorylation élevée d’AKT, nécessaire à ses effets oncogéniques. De plus, LMO1 est exprimé à des niveaux plus élevés dans les cancers du poumon à petites cellules que dans les cancers non à petites cellules, avec une corrélation à la différenciation neuroendocrine.

Conclusion
LMO1 est un oncogène clé impliqué dans la tumorigenèse de multiples cancers, incluant la T-ALL, le neuroblastome, et les cancers de la prostate, de l’estomac, du poumon et colorectal. Sa fonction oncogénique est médiée par des interactions avec divers facteurs de transcription et cibles en aval, régulant des processus clés comme la prolifération cellulaire, la différenciation et les métastases. Comprendre les mécanismes d’action et la régulation de LMO1 est essentiel pour développer des thérapies ciblées et des outils diagnostiques. Des études approfondies sur l’interactome, le transcriptome et la régulation épigénétique de LMO1 éclaireront son rôle en oncologie et faciliteront la traduction des résultats en applications cliniques.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000001487

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