L’impact du sexe sur la polyarthrite rhumatoïde chez les patients chinois : Perspectives du registre chinois de la polyarthrite rhumatoïde (CREDIT)
La polyarthrite rhumatoïde (PR), une maladie auto-immune chronique caractérisée par une inflammation synoviale et une atteinte systémique, présente des variations spécifiques au sexe dans sa présentation clinique et ses résultats. Bien que des études mondiales suggèrent une prévalence plus élevée de la PR chez les femmes, des divergences existent concernant l’influence du sexe sur l’activité de la maladie, la réponse au traitement et les comorbidités. Le registre chinois de la polyarthrite rhumatoïde (CREDIT), une cohorte multicentrique nationale, offre une plateforme robuste pour étudier ces différences liées au sexe chez les patients chinois. Cette étude a analysé les données de 11 564 patients atteints de PR inscrits entre novembre 2016 et juin 2021, dont 83,6 % étaient des femmes, afin de mettre en évidence les disparités liées au sexe dans les manifestations et les résultats de la PR.
Conception de l’étude et méthodologie
CREDIT englobe 274 centres de rhumatologie répartis dans 31 provinces chinoises, suivant des protocoles standardisés pour la collecte de données. Les patients diagnostiqués avec une PR selon les critères 2010 de l’American College of Rheumatology/European League Against Rheumatism ont été inclus. Les paramètres démographiques, cliniques et de laboratoire—tels que l’âge, la durée de la maladie, la protéine C-réactive (CRP), la vitesse de sédimentation globulaire (VSG), le facteur rhumatoïde (FR), les anticorps anti-peptides cycliques citrullinés (anti-CCP), les comptes articulaires (gonflées/douloureuses), les évaluations globales du patient et du médecin (PtGA/PhGA), et les indices composites d’activité de la maladie (DAS28, SDAI, CDAI)—ont été évalués. Les schémas thérapeutiques, incluant les médicaments antirhumatismaux modificateurs de la maladie synthétiques conventionnels (csDMARDs), les biologiques, les glucocorticoides (GCs) et les AINS, ont été enregistrés. La PR précoce était définie comme une durée de maladie ≤6 mois. La rémission et la faible activité de la maladie (LDA) ont été évaluées selon les critères de traitement ciblé de 2014. Les comparaisons statistiques entre les sexes ont utilisé des tests du Chi-carré, des tests t de Student ou des tests de Wilcoxon, selon le cas.
Caractéristiques de base et activité de la maladie
Les patients masculins présentaient une activité de la maladie significativement plus élevée à l’inclusion selon plusieurs paramètres. Les niveaux de CRP étaient presque doubles chez les hommes (12,0 mg/L vs. 6,7 mg/L, P<0,001), accompagnés de scores plus élevés sur l’échelle visuelle analogique de la douleur (VAS) (4,8 vs. 4,5, P=0,008), PtGA (4,9 vs. 4,5, P=0,044) et PhGA (4,6 vs. 4,3, P=0,003). Les indices composites ont confirmé ces différences : DAS28-CRP (4,3 vs. 4,0, P<0,001), SDAI (21,9 vs. 19,9, P<0,001) et CDAI (19,3 vs. 18,0, P=0,022). Les patients atteints de PR précoce ont montré une tendance similaire, avec des hommes présentant des niveaux plus élevés de CRP (17,0 vs. 6,5 mg/L, P<0,001), VSG (36,0 vs. 30,0 mm/h, P=0,013) et d’atteinte articulaire (SJC : 4 vs. 4, P=0,044 ; TJC : 6 vs. 5, P=0,014). Notamment, les titres de FR étaient plus élevés chez les hommes (64,4 vs. 56,0 U/mL, P<0,001), suggérant un phénotype de maladie plus agressif.
Comorbidités et schémas de médication
Les disparités liées au sexe s’étendaient aux comorbidités. Les hommes présentaient des taux plus élevés de maladie coronarienne (CAD : 3,2 % vs. 1,3 %, P<0,001) et d’accident vasculaire cérébral (1,7 % vs. 0,5 %, P<0,001), correspondant aux tendances générales de la population. La maladie pulmonaire interstitielle (ILD) était également plus prévalente chez les hommes (3,0 % vs. 1,6 %, P=0,004). À l’inverse, les tumeurs malignes étaient légèrement plus fréquentes chez les femmes (1,0 % vs. 0,5 %, P=0,034). Les schémas de traitement divergeaient : les hommes recevaient plus de GCs (44,3 % vs. 40,8 %, P=0,005) et d’AINS (24,8 % vs. 22,6 %, P=0,042), tandis que les femmes étaient plus souvent traitées par monothérapie de csDMARD (27,4 % vs. 23,7 %, P=0,001).
Atteinte des objectifs de traitement
À l’inclusion, moins d’hommes atteignaient la rémission ou la LDA. Dans la PR précoce, les patientes surpassaient les hommes dans l’atteinte des objectifs de traitement via CDAI (23,4 % vs. 18,2 %, P=0,029) et SDAI (22,8 % vs. 16,4 %, P=0,007). Cependant, les différences liées au sexe s’atténuaient au cours du suivi. À 3 mois, les taux de rémission pour DAS28-VSG (28,2 % hommes vs. 30,8 % femmes, P=0,396) et SDAI (13,3 % vs. 18,7 %, P=0,032) se rapprochaient. À 12 mois, la plupart des indices ne montraient plus de disparité significative, indiquant une efficacité thérapeutique comparable au fil du temps.
Discussion et implications
Cette analyse de CREDIT souligne que le sexe est un déterminant critique de la présentation et de la gestion de la PR. L’activité accrue de la maladie chez les hommes, en particulier dans la PR précoce, contraste avec certaines cohortes occidentales où les femmes rapportent souvent de moins bons résultats. Cette divergence pourrait découler de facteurs génétiques, hormonaux ou socioculturels propres aux populations chinoises. Les niveaux élevés de FR et de CRP chez les hommes suggèrent un état pro-inflammatoire, potentiellement à l’origine d’une synovite agressive et nécessitant une thérapie intensifiée. L’utilisation plus élevée de GCs chez les hommes correspond à cette urgence clinique.
Les comorbidités cardiovasculaires chez les hommes mettent en évidence la nécessité de modèles de soins intégrés abordant à la fois la PR et les facteurs de risque métaboliques. L’écart transitoire dans l’atteinte des objectifs de traitement—résolu en 12 mois—reflète l’efficacité des schémas standardisés pour atténuer les disparités liées au sexe. Cependant, une intervention précoce reste cruciale pour les hommes afin de prévenir des dommages articulaires irréversibles.
Conclusions
Chez les patients chinois atteints de PR, les hommes présentent une activité de la maladie plus élevée à l’inclusion, une atteinte retardée des objectifs de traitement et des comorbidités cardiovasculaires accrues. Ces résultats plaident en faveur de stratégies de gestion adaptées au sexe, mettant l’accent sur une thérapie agressive précoce chez les hommes et une surveillance cardiovasculaire vigilante. Les données longitudinales de CREDIT permettront d’élucider davantage les résultats à long terme, affinant les approches personnalisées dans les soins de la PR.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002110