Lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé sur la qualité de l’air 2021 : Implications pour le contrôle de la pollution atmosphérique et les objectifs climatiques en Chine
La pollution de l’air demeure l’une des menaces environnementales les plus importantes pour la santé humaine à l’échelle mondiale. En 2005, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié ses premières lignes directrices mondiales sur la qualité de l’air (AQG) pour les principaux polluants, notamment les particules fines (PM), l’ozone (O3), le dioxyde d’azote (NO2) et le dioxyde de soufre (SO2). Ces lignes directrices visaient à fournir un cadre pour que les pays puissent atténuer les risques sanitaires associés à la pollution atmosphérique. Le 22 septembre 2021, l’OMS a mis à jour ses AQG, intégrant de nouvelles preuves scientifiques démontrant les effets néfastes de la pollution de l’air à des concentrations encore plus faibles que celles précédemment reconnues. Les lignes directrices mises à jour recommandent des limites plus strictes pour les polluants, telles qu’une concentration annuelle moyenne de PM2,5 ne dépassant pas 5 µg/m³ et de NO2 ne dépassant pas 10 µg/m³, ainsi qu’une concentration moyenne d’O3 sur 8 heures en période de pointe ne dépassant pas 60 µg/m³. Ces valeurs représentent une réduction significative par rapport aux lignes directrices de 2005, qui fixaient la limite annuelle moyenne de PM2,5 à 10 µg/m³ et celle de NO2 à 40 µg/m³, sans recommandation spécifique pour les concentrations d’O3 à long terme.
Les AQG 2021 de l’OMS sont basées sur une revue exhaustive des preuves scientifiques, utilisant le cadre d’évaluation GRADE (Grading of Recommendations Assessment, Development, and Evaluation). Cette approche, initialement développée pour les interventions cliniques, a été adaptée pour évaluer la certitude des preuves concernant les effets sanitaires de la pollution atmosphérique. Le cadre GRADE a permis à l’OMS de recommander des valeurs guides basées sur les niveaux d’exposition les plus bas pour lesquels des effets néfastes sur la santé ont été observés. Par exemple, une étude mondiale portant sur 652 villes dans 24 pays a trouvé des associations significatives entre l’exposition aux PM2,5 et le risque de mortalité quotidienne à des niveaux inférieurs à la plupart des normes mondiales et régionales de qualité de l’air existantes. Cette découverte souligne l’importance des lignes directrices mises à jour pour traiter les risques sanitaires posés par la pollution atmosphérique, même à des concentrations relativement faibles.
La pollution de l’air est un problème mondial, mais son impact est particulièrement grave dans les pays à revenu faible et intermédiaire. En tant que plus grand pays en développement, la Chine a connu une croissance économique rapide au cours des quatre dernières décennies, largement alimentée par la consommation de combustibles fossiles. Cela a entraîné une augmentation substantielle des émissions de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre, contribuant à des défis majeurs en matière de santé publique. La pollution de l’air et le changement climatique figurent désormais parmi les principaux facteurs de risque de mortalité et de morbidité en Chine. L’étude Global Burden of Disease a estimé qu’en 2019, la pollution de l’air et les températures non optimales ont contribué à plus de 1,8 million et 0,6 million de décès, respectivement, en Chine. Ces chiffres mettent en évidence la nécessité urgente de stratégies intégrées pour traiter la pollution de l’air et le changement climatique, car ces deux problèmes partagent des sources et des solutions communes.
Les AQG de l’OMS ne sont pas juridiquement contraignantes mais servent de référence critique pour les décideurs politiques du monde entier, y compris en Chine. Par exemple, les normes chinoises de qualité de l’air ambiant (AQS), publiées pour la première fois en 2012, ont été influencées par les AQG 2005 de l’OMS. La norme actuelle sur les PM2,5 en Chine (Classe 2) correspond à l’objectif intermédiaire 1 des AQG 2005 et 2021 de l’OMS. Cet alignement reflète les efforts de la Chine pour intégrer les lignes directrices internationales dans son cadre de gouvernance environnementale. Suite à l’inclusion des PM2,5 dans les AQS en 2012, le gouvernement chinois a mis en œuvre le Plan d’action pour la prévention et le contrôle de la pollution atmosphérique (APPCAP) de 2013 à 2017. Ce plan visait à réduire les concentrations de PM2,5 dans les régions clés, telles que Beijing-Tianjin-Hebei, le delta du Yangtsé et le delta de la rivière des Perles, respectivement de 25 %, 20 % et 15 %. Par la suite, le Plan d’action triennal pour gagner la bataille de la défense du ciel bleu (2018–2020) a fixé un objectif national de réduction des concentrations de PM2,5 de plus de 18 % par rapport aux niveaux de 2015. Ces efforts ont permis des améliorations significatives de la qualité de l’air, avec une concentration annuelle moyenne de PM2,5 dans 337 villes chinoises atteignant 33 µg/m³ en 2020, marquant la première fois qu’elle est tombée en dessous de la limite des AQS (Classe 2).
Malgré ces réalisations, les AQS actuelles de la Chine ne fournissent plus de directives fortes pour les villes qui ont déjà atteint les normes. Des villes leaders comme Shenzhen ont commencé à se fixer des objectifs plus ambitieux en matière de gestion de la qualité de l’air. Le ministère de l’Écologie et de l’Environnement (MEE) a proposé un objectif de réduction de la concentration moyenne de PM2,5 de 10 % pendant la période du 14e plan quinquennal (2021–2025). Le MEE est également responsable de la mise à jour régulière des AQS, et la publication des AQG 2021 de l’OMS a suscité des discussions sur de nouvelles révisions. Équilibrer les valeurs cibles idéales avec la faisabilité pratique nécessitera des recherches approfondies et l’engagement des parties prenantes.
L’engagement de la Chine à lutter contre le changement climatique joue également un rôle crucial dans l’amélioration de la qualité de l’air. En septembre 2020, la Chine a annoncé ses objectifs climatiques ambitieux pour atteindre un pic d’émissions de carbone d’ici 2030 et la neutralité carbone d’ici 2060. Ces objectifs fournissent une forte impulsion pour réduire la pollution atmosphérique, car de nombreuses mesures visant à atténuer le changement climatique, telles que la transition vers les énergies renouvelables et l’amélioration de l’efficacité énergétique, réduisent également les émissions de polluants atmosphériques. Des études ont montré que l’atteinte de la neutralité carbone d’ici 2060 pourrait abaisser le niveau d’exposition annuel moyen aux PM2,5 en Chine à 8 µg/m³, ce qui est nettement inférieur aux AQS actuelles mais légèrement supérieur aux AQG 2021 de l’OMS. Cela met en évidence le potentiel des actions climatiques à apporter des co-bénéfices substantiels pour la qualité de l’air et la santé publique.
Les AQG 2021 de l’OMS sont fondées sur des preuves scientifiques solides et fournissent un cadre clair pour réduire les impacts sanitaires de la pollution atmosphérique. Cependant, la traduction de ces lignes directrices en normes juridiquement contraignantes en Chine nécessite une prise en compte attentive des facteurs sociétaux, économiques et technologiques. Les résultats de recherches localisées seront essentiels pour informer la révision des AQS de la Chine et s’assurer que les nouvelles normes sont à la fois ambitieuses et réalisables. Les cliniciens, les scientifiques de l’environnement et les experts en santé publique peuvent également utiliser les AQG de l’OMS comme un outil pour plaider en faveur d’une coopération multisectorielle, promouvoir des actions en faveur de la qualité de l’air et du climat, et traiter les inégalités de santé liées à la pollution atmosphérique.
En conclusion, les AQG 2021 de l’OMS représentent une avancée significative dans la compréhension et la gestion des risques sanitaires liés à la pollution atmosphérique. Pour la Chine, l’atteinte de ces lignes directrices nécessitera une combinaison d’actions climatiques ambitieuses, d’améliorations continues dans la gestion de la qualité de l’air et d’une forte collaboration multisectorielle. En intégrant les considérations de qualité de l’air, de changement climatique et de santé publique, la Chine peut progresser vers un développement durable et protéger la santé de sa population. Les objectifs de neutralité carbone du pays joueront un rôle central dans la réduction de l’exposition à la pollution atmosphérique à des niveaux conformes aux AQG de l’OMS et dans l’assurance d’un avenir plus sain pour tous.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002014