Les polymorphismes de la méthylènetétrahydrofolate déshydrogénase, cyclohydrolase et formyltétrahydrofolate synthétase 1 modifient-ils les changements d’intelligence des enfants d’âge scolaire dans les zones de fluorose endémique ?
Le fluorure, élément naturel prévenant les caries dentaires à faible dose, est associé à des effets neurotoxiques en cas d’exposition excessive. Bien que certaines études suggèrent un lien entre le fluorure et les déficits cognitifs chez l’enfant, les résultats demeurent contradictoires, potentiellement en raison de facteurs génétiques de susceptibilité. Les polymorphismes du gène MTHFD1, impliqué dans le métabolisme des folates et le neurodéveloppement, pourraient moduler ces effets. Cette étude vise à évaluer l’influence des polymorphismes du MTHFD1 et de l’exposition au fluorure sur l’intelligence d’enfants en zone de fluorose endémique.
Méthodes
Une étude transversale a inclus 694 enfants âgés de 8 à 12 ans de Tongxu (Chine), région endémique pour la fluorose d’origine hydrique. Les participants ont été divisés en un groupe à haute exposition (HFG) et un groupe témoin (CG) selon le niveau médian de fluorure urinaire ajusté à la créatinine (UFCr). L’intelligence a été mesurée via le test de Raven combiné, et quatre polymorphismes du MTHFD1 (rs11627387, rs1076991, rs2236224, rs2236225) ont été génotypés. Des modèles de régression linéaire et logistique multinomiale ont analysé les associations entre l’exposition au fluorure, les polymorphismes génétiques et le QI.
Résultats
Dans le HFG, chaque augmentation de 1,0 mg/L d’UFCr réduisait le QI de 2,502 points. La probabilité d’une intelligence « excellente » diminuait de 46,3 %. Le génotype GG du rs11627387 était associé à un QI plus élevé que le génotype AA dans le HFG. Des interactions significatives entre l’exposition au fluorure et les polymorphismes du MTHFD1 ont été observées : le génotype GG du rs11627387 semblait protecteur contre le déclin cognitif, tandis que le génotype AG réduisait la probabilité d’une intelligence « normale supérieure ». Les effets combinés de plusieurs loci (rs11627387, rs1076991, rs2236225) modulaient également l’impact du fluorure sur le QI.
Discussion
Ces résultats soulignent le rôle modificateur des polymorphismes du MTHFD1 dans la neurotoxicité du fluorure. Le génotype GG du rs11627387, potentiellement lié à une meilleure régulation du métabolisme des folates, pourrait atténuer les dommages cognitifs. À l’inverse, d’autres variants génétiques aggraveraient la vulnérabilité. Bien que l’étude ajuste pour plusieurs facteurs confondants, sa conception transversale limite l’établissement de causalité. De plus, l’absence de données alimentaires, influençant le métabolisme des folates, et la généralisation à d’autres populations restent à explorer.
Conclusion
Cette étude démontre que l’exposition excessive au fluorure affecte négativement l’intelligence des enfants, avec une modulation par les polymorphismes du MTHFD1. Ces interactions génétiques complexe soulignent l’importance de la susceptibilité individuelle dans les risques neurodéveloppementaux liés au fluorure. Des études longitudinales et mécanistiques sont nécessaires pour confirmer ces résultats et éclairer les stratégies de santé publique dans les régions endémiques.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002062