Les exercices de Schroth améliorent la qualité de vie liée à la santé et les paramètres radiographiques chez les patients atteints de scoliose idiopathique de l’adolescent
La scoliose idiopathique de l’adolescent (SIA) est le type de scoliose le plus courant, caractérisé par une courbure latérale de la colonne vertébrale sans cause identifiable. Cette condition apparaît généralement pendant la puberté et peut évoluer durant l’adolescence et même à l’âge adulte. Trouver une stratégie thérapeutique optimale pour la SIA reste complexe en raison de son hétérogénéité intrinsèque. Des facteurs tels que l’âge, le sexe, la maturité squelettique, l’angle de Cobb et le statut ménarchique doivent être pris en compte lors de l’évaluation clinique. Pour les patients présentant une scoliose légère à modérée (angle de Cobb 20°–40°) et un faible potentiel de croissance squelettique (signe de Risser 3–5), une simple surveillance est généralement recommandée. Cependant, la progression de la courbure pendant la puberté et l’âge adulte, ainsi qu’une détérioration de la qualité de vie liée à la santé (QVLS), constituent des préoccupations majeures. Cette étude évalue l’efficacité des exercices de Schroth pour améliorer la QVLS et les paramètres radiographiques chez les patients atteints de SIA modérée avec un faible potentiel de croissance squelettique.
Contexte et justification
La prise en charge de la SIA nécessite une approche multidisciplinaire. Un traitement non chirurgical est généralement préconisé pour les courbures principales inférieures à 45°, selon les critères de la Scoliosis Research Society (SRS). Le corset est fortement recommandé pour les patients avec un indice de Risser 0–2 et une scoliose modérée en raison de leur croissance rapide. Toutefois, pour les patients avec un Risser 3–5, la surveillance reste la norme. Malgré cela, la progression de la courbure et la baisse de la QVLS persistent, nécessitant des stratégies thérapeutiques durables.
La kinésithérapie, notamment les exercices de Schroth, a montré des bénéfices sur la QVLS et la stabilisation des courbures dans les scolioses légères. Cependant, son efficacité chez les patients avec un faible potentiel de croissance et des courbures plus importantes reste incertaine. Cette étude vise à valider l’impact des exercices de Schroth sur la QVLS et les paramètres radiographiques chez les patients SIA avec un Risser 3–5 et un angle de Cobb 20°–40°.
Méthodes
Cette étude rétrospective a analysé les données de 64 patients diagnostiqués avec une SIA à l’hôpital universitaire de Pékin entre 2015 et 2017. Les patients ont été divisés en deux groupes : le groupe Schroth (n=43), ayant suivi un protocole d’exercices, et le groupe témoin (n=21), sous simple surveillance. Les critères d’inclusion pour le groupe Schroth étaient : diagnostic principal de SIA, âge entre 10 et 17 ans, Risser 3–5, angle de Cobb 20°–40°, suivi minimal de 2 ans et radiographies complètes disponibles. Les critères d’exclusion incluaient un traitement antérieur par corset, des exercices physiques spécifiques, une chirurgie, des dysfonctions cardiaques/respiratoires, d’autres types de scoliose ou des troubles psychiatriques.
Les exercices de Schroth ont été réalisés selon le protocole de l’école de kinésithérapie de Barcelone pour la scoliose, axés sur l’auto-élongation, la correction asymétrique sagittale, la réduction frontale, la respiration angulaire rotatoire et des variations de stabilisation. Les patients ont suivi un programme intensif de 14 jours supervisé par des kinésithérapeutes certifiés, puis un programme à domicile encadré par les parents, à raison de 2 à 3 séances hebdomadaires d’une heure.
La QVLS a été évaluée via le questionnaire SRS-22, comprenant les domaines fonction, douleur, santé mentale, image de soi et satisfaction. Les scores de douleur dorsale sur l’échelle visuelle analogique (EVA) ont également été relevés. Les paramètres radiographiques (angle de Cobb, alignement cervical, cyphose thoracique [CT], lordose lombaire [LL] et équilibre des épaules) ont été mesurés sur des radiographies antéropostérieures et latérales. La fiabilité inter-évaluateurs a été testée via le coefficient de corrélation intraclasse (CCI).
Résultats
Qualité de vie liée à la santé
Dans le groupe Schroth, des améliorations significatives ont été observées pour les scores EVA, les domaines « douleur » (SRS-22) et « image de soi » (SRS-22). Le score EVA moyen est passé de 3,0 ± 0,8 à 1,6 ± 0,6 après traitement. Le domaine « douleur » du SRS-22 est passé de 3,6 ± 0,5 à 4,0 ± 0,3, et « l’image de soi » de 3,5 ± 0,7 à 3,7 ± 0,4. Aucune amélioration significative n’a été notée pour les domaines « fonction » et « santé mentale ». Le groupe témoin n’a montré aucune amélioration de la QVLS.
Paramètres radiographiques
L’angle de Cobb moyen du groupe Schroth est passé de 28,9° ± 5,5° à 26,3° ± 5,2° au dernier suivi, sans significativité statistique. Six patients ont présenté une progression de la courbure (1,2° ± 1,1° par an). Aucun patient n’a nécessité de chirurgie. Des améliorations significatives ont été observées pour l’alignement cervical et l’équilibre des épaules : l’axe sagittal C2-C7 (SVA) est passé de 21,7 ± 8,4 mm à 17,0 ± 8,0 mm, et l’inclinaison T1 de 4,9° ± 4,2° à 3,5° ± 3,1°. Aucun changement significatif n’a été relevé pour l’axe vertical coronal (CVA), la CT, la cyphose thoracolombaire (CTL) ou la LL. Le groupe témoin n’a montré aucune évolution radiographique.
Discussion
Qualité de vie liée à la santé
La détérioration de la QVLS et la progression des courbures sont des enjeux majeurs dans la prise en charge conservatrice de la SIA. Cette étude démontre que les exercices de Schroth améliorent significativement la QVLS chez les patients avec une SIA modérée et un faible potentiel de croissance. Les améliorations des scores EVA et des domaines « douleur » et « image de soi » suggèrent que ces exercices réduisent la douleur et améliorent la perception corporelle. L’absence d’impact sur la fonction et la santé mentale pourrait s’expliquer par des scores initiaux déjà élevés.
Progression de la courbure
Le corset n’est pas recommandé pour les patients avec un Risser 3–5 en raison de leur faible potentiel de croissance. Pourtant, la progression reste possible, même à l’âge adulte. Cette étude montre que les exercices de Schroth stabilisent la courbure, avec une réduction moyenne de l’angle de Cobb de 28,9° à 26,3°. Bien que non statistiquement significative, cette tendance suggère un effet stabilisateur à long terme.
Alignement cervical et équilibre des épaules
Peu d’études ont exploré l’impact de la kinésithérapie sur l’alignement cervical et l’équilibre des épaules dans la SIA. Cette étude révèle des améliorations significatives du SVA C2-C7 et de l’inclinaison T1 après Schroth, indiquant un potentiel correcteur sur ces paramètres. L’absence d’effet sur le CHD et le Cla-A pourrait refléter leur conformité intrinsèque. Des études supplémentaires sont nécessaires pour clarifier ces relations.
Conclusion
Chez les patients SIA avec un Risser 3–5 et un angle de Cobb 20°–40°, les exercices de Schroth améliorent la QVLS et stabilisent la progression des courbures. Des améliorations significatives de l’alignement cervical et de l’équilibre des épaules ont également été observées. Ces résultats soutiennent l’intégration des exercices de Schroth comme stratégie thérapeutique durable pour ces patients. Des études prospectives avec un suivi prolongé sont nécessaires pour confirmer ces résultats et explorer les bénéfices d’autres approches kinésithérapiques.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001799