Les cellules Th17 sont impliquées dans la maladie pulmonaire obstructive chronique compliquée d’aspergillose pulmonaire invasive chez la souris

Les cellules Th17 sont impliquées dans la maladie pulmonaire obstructive chronique compliquée d’aspergillose pulmonaire invasive chez la souris

La maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) est une pathologie respiratoire prévalente caractérisée par une limitation persistante du débit aérien et une inflammation chronique. Ces dernières années, l’incidence de la MPOC compliquée d’aspergillose pulmonaire invasive (API) a considérablement augmenté, représentant une menace grave pour la santé des patients. L’API, causée par le champignon opportuniste Aspergillus spp., est particulièrement dangereuse chez les hôtes immunodéprimés. Bien que les patients atteints de MPOC aient longtemps été considérés comme des hôtes non classiquement immunosuppresseurs, des données récentes suggèrent que les cas sévères de MPOC présentent une susceptibilité accrue à l’API. La mortalité des patients atteints de MPOC avec API reste alarmante, variant entre 70 % et 100 %. Malgré cela, les mécanismes sous-jacents à cette susceptibilité et à cette mortalité élevée demeurent mal compris.

La réponse immunitaire constitue le principal mécanisme de défense contre l’infection à Aspergillus. Parmi les sous-populations de lymphocytes T impliquées, les cellules T helper 17 (Th17) jouent un rôle critique. Ces cellules sécrètent l’interleukine-17 (IL-17), une cytokine essentielle à la défense de l’hôte contre les infections fongiques. Parallèlement, les cellules Th17 sont impliquées dans les processus inflammatoires associés à la MPOC. Compte tenu de ce double rôle des Th17 dans la MPOC et les infections fongiques, cette étude vise à explorer leur fonction dans le contexte de la MPOC compliquée d’API.

Des modèles murins de MPOC, d’API et de MPOC combinée à l’API (MPOC+API) ont été établis chez des souris mâles de type sauvage C57/BL6. Les niveaux de cellules Th17 et de leur facteur de transcription RORγt (retinoic acid-related orphan receptor gamma t) ont été mesurés par cytométrie en flux. Les taux sériques d’IL-17 et d’IL-23 ont été détectés par ELISA. Le rôle de l’IL-17 a été approfondi en utilisant des souris knock-out (KO) pour l’IL-17.

Les résultats principaux montrent que le groupe MPOC+API présente des niveaux plus élevés de RORγt sanguin et d’IL-17 sérique comparé au groupe MPOC seul. Aucune différence significative n’a été observée concernant les cellules Th17 sanguines ou pulmonaires, le RORγt pulmonaire ou l’IL-23 sérique entre ces deux groupes. En revanche, par rapport au groupe API seul, le groupe MPOC+API présente une réduction des cellules Th17 sanguines et pulmonaires, ainsi que des taux plus bas d’IL-23 et d’IL-17 sériques. Fait notable, la charge fongique d’Aspergillus chez les souris MPOC+API KO pour l’IL-17 était presque double de celle des souris MPOC+API, soulignant le rôle protecteur de l’IL-17.

La validation du modèle MPOC a été confirmée par les modifications pondérales, les paramètres de fonction pulmonaire et l’analyse histologique. Les souris MPOC et MPOC+API ont montré une perte de poids significative. Les tests fonctionnels pulmonaires ont révélé une compliance pulmonaire accrue, une résistance des voies aériennes plus élevée et une résistance élastique réduite chez les souris MPOC. L’histologie a mis en évidence des lésions structurelles pulmonaires (épithélium muqueux incomplet, cils bronchiques raccourcis, rupture des parois alvéolaires) chez les souris MPOC, tandis que les lésions nécrotiques et la présence d’hyphes fongiques prédominaient dans les groupes API et MPOC+API.

L’analyse par cytométrie en flux a confirmé que le groupe MPOC+API présentait des niveaux de RORγt sanguin supérieurs au groupe MPOC, mais des niveaux comparables de cellules Th17. En comparaison avec le groupe API, les cellules Th17 et les cytokines associées (IL-17, IL-23) étaient significativement réduites dans le groupe MPOC+API, suggérant une altération fonctionnelle des Th17 dans ce contexte.

L’étude des souris IL-17 KO a démontré que l’absence d’IL-17 aggrave la charge fongique, corroborant son rôle clé dans le recrutement des neutrophiles et la clairance de l’Aspergillus. Ces données s’alignent avec les observations précédentes indiquant une susceptibilité accrue aux infections fongiques en l’absence d’IL-17.

Les mécanismes potentiels sous-jacents à la réponse immune inefficace dans la MPOC incluent une inflammation chronique entraînant une déplétion lymphocytaire T et une production cytokinique altérée. Cette dysfonction immunitaire pourrait expliquer la susceptibilité accrue à l’API. Bien que la voie des Th17 soit impliquée dans la pathogenèse de la MPOC compliquée d’API, leur réponse anti-Aspergillus semble compromise.

En conclusion, cette étude éclaire le rôle complexe des Th17 et de l’IL-17 dans la MPOC compliquée d’API. Si l’IL-17 exerce un effet protecteur contre l’infection fongique, la fonction des Th17 apparaît partiellement inhibée dans ce contexte pathologique. Ces résultats soulignent l’importance des voies immunes associées aux Th17 et ouvrent des perspectives thérapeutiques ciblant cette voie. Des études cliniques ultérieures sont nécessaires pour valider ces mécanismes et améliorer la prise en charge de cette comorbidité sévère.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000001183

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