Le stress à l’adolescence augmente les comportements de type dépressif et altère l’équilibre excitation-inhibition chez les souris âgées
La dépression constitue un problème majeur de santé mentale touchant environ 5 % des personnes âgées. Son étiologie pourrait être liée à une exposition chronique au stress pendant des périodes critiques du neurodéveloppement, comme l’adolescence. Cette phase, caractérisée par une réorganisation cérébrale intensive, rend le cerveau vulnérable aux effets à long terme du stress sur la santé mentale. Cette étude examine l’impact d’un stress social chronique à l’adolescence sur les comportements dépressifs et l’équilibre excitation-inhibition (E/I) chez des souris âgées, en se concentrant sur les régions cérébrales impliquées dans la réponse au stress.
Soixante-quatre souris mâles C57BL/6 adolescentes ont été réparties aléatoirement en un groupe stressé (soumis à une procédure de 7 semaines d’instabilité sociale via des changements fréquents de congénères) et un groupe témoin (conditions de logement stables). À 15 mois, des tests comportementaux ont évalué les symptômes dépressifs, anxieux et le filtrage sensorimoteur. Des analyses immunohistochimiques ont mesuré la densité des interneurones GABAergiques exprimant la parvalbumine (PV+) ou la calrétinine (CR+), ainsi que l’expression des transporteurs vésiculaires du glutamate (VGluT1) et du GABA (VGAT) dans le cortex préfrontal médian (CPFm), l’hippocampe et l’amygdale.
Les résultats comportementaux ont révélé que le stress adolescent augmentait spécifiquement les comportements dépressifs chez les souris âgées. Le groupe stressé présentait une réduction significative de la préférence pour le saccharose (43,11 % ± 2,85 % vs. 54,96 % ± 1,97 % ; anhédonie) et une latence diminuée à l’immobilité au test de suspension par la queue (33,14 ± 5,95 secondes vs. 92,77 ± 25,08 secondes ; désespoir comportemental). Aucun effet n’a été observé sur l’anxiété ou l’inhibition par prépulse.
Sur le plan neurobiologique, le stress adolescent a perturbé l’équilibre E/I. Dans le CPFm et l’hippocampe, la densité des interneurones PV+ était diminuée (CPFm : F(1,39) = 19,30, p < 0,001 ; hippocampe : F(1,42) = 5,823, p = 0,020), sans affecter les CR+. Dans l’amygdale, la densité des CR+ augmentait dans la région basolatérale et diminuait dans la région centrale (F(1,28) = 23,16, p < 0,001). Le ratio VGluT1/VGAT était réduit dans toutes les régions (tous F > 10,09, p < 0,004), principalement en raison d’une diminution de VGluT1, reflétant une hypoexcitabilité synaptique (CPFm : F(1,39) = 16,45, p < 0,001 ; hippocampe : F(1,39) = 7,702, p = 0,008 ; amygdale : F(1,26) = 10,09, p = 0,004).
Ces résultats suggèrent que le stress chronique pendant l’adolescence perturbe le développement des interneurones GABAergiques et induit un déséquilibre E/I persistant, favorisant les comportements dépressifs à un âge avancé. La diminution sélective des interneurones PV+ dans le CPFm et l’hippocampe, combinée à une modulation différentielle des CR+ dans l’amygdale, indique des mécanismes régionaux distincts. L’hypoexcitabilité synaptique, révélée par le ratio VGluT1/VGAT réduit, pourrait sous-tendre ces phénotypes.
Ces données soulignent l’impact durable du stress précoce sur la santé mentale et la nécessité d’interventions ciblant les périodes critiques de développement cérébral. Des recherches futures devront élucider les mécanismes moléculaires impliqués et explorer des stratégies thérapeutiques pour atténuer ces effets à long terme.
DOI : 10.1097/CM9.0000000000000313