Le passage de l’Éfavirenz à l’Elvitégravir/Cobicistat/Emtricitabine/Ténofovir Alafénamide réduit les manifestations neuropsychiatriques chez les personnes vivant avec le VIH

Le passage de l’Éfavirenz à l’Elvitégravir/Cobicistat/Emtricitabine/Ténofovir Alafénamide réduit les manifestations neuropsychiatriques chez les personnes vivant avec le VIH

L’introduction de la thérapie antirétrovirale (ART) a significativement réduit la mortalité et la morbidité liées au VIH dans le monde, y compris dans les pays à ressources limitées. En Chine, le Programme national de traitement antirétroviral gratuit (NFATP) a été lancé en 2003, améliorant l’accès à l’ART et entraînant une baisse marquée de l’incidence du VIH et de la mortalité. Conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé et des programmes nationaux de lutte contre le sida dans plusieurs pays riches, le NFATP chinois recommande actuellement le ténofovir (TDF) + lamivudine (3TC) + éfavirenz (EFV) comme régime de première ligne privilégié en raison de son efficacité et de son coût abordable.

Cependant, l’EFV, un inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse, est associé à des événements indésirables neuropsychiatriques chez 40 % à 60 % des individus. Ces effets incluent des symptômes psychiatriques (dépression sévère, anxiété, idées suicidaires) et des manifestations neurologiques (étourdissements, insomnie, troubles de la concentration, rêves inhabituels, somnolence diurne). Ces symptômes motivent souvent des changements de régime, en particulier chez les patients sous EFV au long cours présentant des effets subtils altérant leur qualité de vie (irritabilité, hallucinations).

Avant l’arrivée des inhibiteurs d’intégrase, les patients intolérants à l’EFV recevaient du lopinavir/ritonavir (LPV/r), seul inhibiteur de protéase (IP) offert gratuitement par le NFATP. Cependant, les dyslipidémies liées aux IP, avec élévation du cholestérol total (CT), du LDL-C et des triglycérides (TG), constituent des facteurs de risque cardiovasculaire.

La combinaison fixe elvitégravir/cobicistat/emtricitabine/ténofovir alafénamide (E/C/F/TAF) a été approuvée en 2015 par la FDA et introduite en Chine en 2018. Ce régime monocomprimé quotidien, comprenant 150 mg d’elvitégravir, 150 mg de cobicistat, 200 mg d’emtricitabine et 10 mg de TAF, est recommandé en première ligne par les directives chinoises de 2018. Son remboursement par le gouvernement depuis 2020 en facilite l’accès.

Cette étude prospective monocentrique, approuvée par le comité d’éthique de l’Hôpital populaire n°2 de Tianjin, a évalué les effets neuropsychiatriques et l’efficacité du passage à l’E/C/F/TAF chez 196 adultes chinois sous EFV depuis ≥12 mois, ayant une charge virale indétectable (<50 copies/mL) depuis ≥6 mois et présentant une toxicité neuropsychiatrique de grade ≥2 (critères DAIDS). Les critères d’exclusion incluaient les infections opportunistes ou troubles neurologiques préexistants.

Les participants ont été suivis pendant 48 semaines après le changement. Les symptômes neuropsychiatriques ont été évalués via un questionnaire gradué (score de 0 à 3 par symptôme), le score HADS pour l’anxiété/dépression et l’indice PSQI pour le sommeil. Les paramètres virologiques, immunologiques et lipidiques ont été mesurés régulièrement.

À l’inclusion, tous les patients présentaient ≥1 symptôme de grade ≥2, principalement des rêves anormaux (65,8 %), une insomnie (55,1 %) et de l’anxiété (47,5 %), avec un score médian de toxicité de 13. À 12 semaines, ce score diminuait significativement à 10 (p < 0,001), se stabilisant ensuite. Les améliorations concernaient notamment l’anxiété, les étourdissements et les troubles du sommeil. Aucun échec virologique n’a été observé, avec maintien de la suppression virale à 100 %. Une augmentation significative des paramètres lipidiques (CT, LDL-C, HDL-C, TG) a été notée à 48 semaines, sans changement du ratio CT/HDL-C.

Les scores PSQI et HADS-A ont diminué significativement à 12 et 24 semaines, contrairement au score HADS-D. Ces résultats confirment que le passage à l’E/C/F/TAF améliore les symptômes neuropsychiatriques liés à l’EFV, dont l’impact sur l’adhésion au traitement et la qualité de vie est majeur. Les mécanismes sous-jacents pourraient impliquer une inhibition mitochondriale neuronale ou une autophagie induite par l’EFV.

Cependant, l’absence d’effet sur les symptômes dépressifs et l’aggravation lipidique soulignent la nécessité d’un suivi à long terme et d’interventions ciblées. Les limites incluent l’absence d’évaluation cognitive, le design ouvert sans groupe contrôle, et la prédominance masculine (96,9 %).

En conclusion, ce travail soutient l’utilisation de l’E/C/F/TAF comme alternative efficace pour les patients présentant une toxicité neuropsychiatrique persistante sous EFV, tout en soulignant l’importance d’une surveillance métabolique renforcée.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000001824

Laisser un commentaire 0

Your email address will not be published. Required fields are marked *