L’Aripiprazole dans le traitement des épisodes aigus de schizophrénie : une étude en Chine

L’Aripiprazole dans le traitement des épisodes aigus de schizophrénie : une étude en vie réelle en Chine

La schizophrénie est un trouble mental progressif et invalidant qui affecte considérablement la qualité de vie des personnes concernées. Un traitement efficace pendant la phase aiguë est crucial pour améliorer le pronostic. L’aripiprazole, un stabilisateur du système dopaminergique, a démontré son efficacité pour atténuer les symptômes positifs et négatifs de la schizophrénie. Cette étude en vie réelle visait à évaluer l’efficacité et la tolérance de l’aripiprazole dans le traitement des épisodes aigus de schizophrénie en Chine, tout en explorant les variables cliniques influençant les résultats thérapeutiques.

Conception de l’étude et méthodologie

Il s’agissait d’une étude ouverte, non contrôlée, de huit semaines, menée dans 14 hôpitaux psychiatriques chinois. L’étude incluait des patients hospitalisés âgés de 18 à 65 ans, diagnostiqués avec une schizophrénie selon la Classification internationale des maladies (10ᵉ révision). Les critères d’inclusion exigeaient un score total à l’Échelle des syndromes positif et négatif (PANSS) ≥70 à l’inclusion, avec au moins deux des items PANSS (P1, P2, P3, P6) ≥4, et un score PANSS-positif supérieur au PANSS-négatif. Les critères d’exclusion comprenaient des conditions médicales instables, d’autres troubles mentaux, un risque suicidaire, des antécédents de violence, des allergies à l’aripiprazole, un syndrome malin des neuroleptiques, un syndrome extrapyramidal sévère, la grossesse, l’allaitement, une schizophrénie résistante, une électroconvulsivothérapie récente et une participation à d’autres essais cliniques dans les quatre semaines précédentes.

Le protocole a été approuvé par le comité d’éthique de l’Institut de santé mentale de l’Université de Pékin. Tous les participants ont signé un consentement éclairé. L’étude est enregistrée sur ClinicalTrials.gov.

Protocole thérapeutique

Les patients éligibles ont reçu des comprimés orodispersibles d’aripiprazole (Brisking) pendant huit semaines. La dose était ajustée entre 10 et 30 mg une fois par jour. L’utilisation concomitante d’autres antipsychotiques, antidépresseurs ou thymorégulateurs était interdite. Les benzodiazépines, anticholinergiques et bêta-bloquants étaient autorisés si nécessaire, avec une limitation à sept jours pour les benzodiazépines.

Critères d’évaluation

Le critère principal était la variation moyenne du score PANSS total entre l’inclusion et la semaine 8. Les critères secondaires incluaient le taux de réduction du PANSS, les scores d’impression clinique globale (CGI-I et CGI-S), et le taux de réponse (défini par une réduction >30 % du PANSS). Les évaluations ont été réalisées à l’inclusion, puis aux semaines 2, 4 et 8.

Les effets indésirables (EI) ont été recensés via des entretiens et l’échelle UKU. Des examens cliniques et biologiques ont été effectués à l’inclusion, à la semaine 4 et à la semaine 8.

Analyse statistique

Les analyses d’efficacité ont été réalisées sur la population en intention de traiter (n=640), et les analyses de sécurité sur la population sécurité (n=703). Les variables catégorielles sont exprimées en fréquences, les variables continues en moyennes ajustées (LSM) avec intervalles de confiance à 95 %. Un modèle mixte pour mesures répétées a été utilisé pour les comparaisons longitudinales. Les facteurs associés à l’efficacité ont été identifiés par régression logistique multivariée.

Résultats

Parmi 703 participants inclus, 543 ont terminé l’étude. La majorité (82,3 %) a reçu une dose de 30 mg/jour, atteinte en moyenne en 8,4 jours. La réduction moyenne du PANSS total était de -30,63 à la semaine 2, -43,73 à la semaine 4 et -53,52 à la semaine 8. Le taux de réponse atteignait 96,3 % à la semaine 8. Les scores CGI-S montraient une amélioration progressive (-3,13 à S8). Selon le CGI-I, 90 % des patients présentaient une amélioration à S8.

Facteurs influençant l’efficacité

Les patients répondeurs (groupe TE, n=616) avaient un IMC plus bas, une durée de maladie plus courte, des scores PANSS totaux et positifs initiaux plus élevés, des scores d’excitation et d’anxiété-dépression supérieurs, une exposition médicamenteuse cumulée plus importante, et étaient plus souvent en premier épisode ou naïfs de traitement. En analyse multivariée, un score d’excitation initial élevé, une exposition cumulée importante et l’absence de traitement antérieur étaient associés à une meilleure réponse.

Profil de tolérance

Au total, 390 patients (55,5 %) ont rapporté au moins un EI, principalement une akathisie (29,2 %). Quatre arrêts de traitement étaient liés aux EI, sans EI grave rapporté. Une augmentation pondérale moyenne de +0,7 kg à S8 a été observée, avec 5,6 % de patients présentant un gain ≥7 %. Les anomalies métaboliques (glycémie, LDL) ont diminué, tandis que les triglycérides ont légèrement augmenté. L’hyperprolactinémie modérée/sévère a été réduite de 12,2 % à 3,1 %.

Discussion

Cette étude en vie réelle confirme l’efficacité et la sécurité de l’aripiprazole dans les épisodes aigus de schizophrénie. La stratégie de titration rapide à haute dose, divergente des recommandations officielles, semble justifiée par le mécanisme d’agonisme partiel des récepteurs D2. Les facteurs prédictifs de réponse identifiés orientent vers un bénéfice accru chez les patients naïfs de traitement et présentant une agitation initiale marquée. Le profil métabolique favorable contraste avec celui d’autres antipsychotiques de deuxième génération.

Limites

L’absence de groupe contrôle, les différences de taille échantillonnale entre groupes TE/TIE, et la population limitée aux patients hospitalisés adultes réduisent la généralisabilité des résultats.

Conclusion

L’aripiprazole présente une efficacité et une tolérance satisfaisantes dans le traitement des épisodes aigus de schizophrénie. Son impact favorable sur les paramètres métaboliques et son profil d’EI acceptable (malgré l’akathisie) en font une option thérapeutique pertinente. Des études complémentaires sont nécessaires pour confirmer ces résultats.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002551

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