L’antigène lié au core du virus de l’hépatite B reflète la réplication virale et la production de protéines chez les patients atteints d’hépatite B chronique
L’hépatite B chronique (HBC) représente un problème de santé mondial majeur, touchant environ 260 millions de personnes. Parmi elles, 15 à 40 % développeront des complications graves telles que la cirrhose et le carcinome hépatocellulaire (CHC). Bien que les traitements antiviraux permettent une réponse virologique, une disparition ou séroconversion de l’antigène HBe (AgHBe), une amélioration histologique et, idéalement, une perte de l’antigène HBs (AgHBs), l’éradication complète du virus de l’hépatite B (VHB) reste difficile en raison de la persistance de l’ADN circulaire fermé de manière covalente (cccDNA) intrahépatique.
L’antigène lié au core du VHB (HBcrAg), codé par la région précore/core et comprenant l’AgHBe, l’antigène HBc (AgHBc) et une protéine précore de 22 kDa (p22cr), s’impose comme un marqueur virologique prometteur. Il est utilisé comme substitut d’autres paramètres virologiques et pourrait prédire l’efficacité antivirale, le risque de réactivation du VHB lors de thérapies immunosuppressives, le développement de CHC et sa récidive postopératoire.
Cette étude a analysé les corrélations entre l’HBcrAg, l’efficacité antivirale et les variables virologiques/histologiques chez 145 patients naïfs de traitement en Chine continentale, traités par entécavir (ETV) pendant 78 semaines avec biopsie hépatique initiale et finale. Les patients ont été classés en groupes AgHBe-positifs et AgHBe-négatifs.
À l’inclusion, les patients AgHBe-positifs présentaient des niveaux médians d’HBcrAg plus élevés (7,4 log10 U/mL) que les AgHBe-négatifs (5,3 log10 U/mL). La réduction de l’HBcrAg après traitement était également plus marquée chez les AgHBe-positifs (−1,6 log10 U/mL) que chez les AgHBe-négatifs (−0,9 log10 U/mL), reflétant une réplication virale active associée au statut AgHBe-positif.
Des corrélations significatives ont été observées entre l’HBcrAg et l’ADN du VHB à l’inclusion (AgHBe-positifs : r = 0,641 ; AgHBe-négatifs : r = 0,616). Chez les AgHBe-positifs, l’HBcrAg était corrélé à l’AgHBs (r = 0,495), mais pas aux anticorps anti-HBc. Des corrélations faibles existaient avec l’index d’activité histologique (HAI ; r = 0,232) et le score de fibrose d’Ishak (r = −0,292). À 78 semaines, seules des corrélations avec les anti-HBc étaient significatives (AgHBe-positifs : r = −0,263 ; AgHBe-négatifs : r = −0,291).
La réduction de l’HBcrAg (ΔHBcrAg) était corrélée à la diminution de l’ADN du VHB (r = 0,366 chez les AgHBe-positifs ; r = 0,626 chez les AgHBe-négatifs) et de l’AgHBs (r = 0,526 et r = 0,289 respectivement). La ΔHBcrAg était également associée à une réduction du HAI chez les AgHBe-positifs (r = 0,329). Les patients ayant perdu l’AgHBe (n = 29) présentaient une baisse plus importante de l’HBcrAg (−2,3 log10 U/mL) que les autres (−1,3 log10 U/mL). En analyse multivariée, la ΔHBcrAg était un prédicteur indépendant de la perte de l’AgHBe (P = 0,005).
L’HBcrAg s’est confirmé comme marqueur substitut du cccDNA intrahépatique et de son activité transcriptionnelle, en accord avec des études antérieures. Cependant, les limites incluent l’absence de mesures séquentielles de l’HBcrAg pendant le traitement et l’évaluation uniquement de la variation entre l’inclusion et 78 semaines.
En conclusion, l’HBcrAg est un outil précieux pour surveiller la réplication virale et la production protéique dans l’HBC. Sa réduction prédit la perte de l’AgHBe, soulignant son utilité clinique. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour valider son rôle pronostique et analyser ses variations dynamiques sous traitement.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001418