L’admission en dehors des heures de travail et les résultats de l’ICPP

L’admission en dehors des heures de travail n’affecte pas les résultats chez les patients bénéficiant d’une intervention coronarienne percutanée primaire avec un temps premier contact médical–dispositif ≤ 90 minutes

L’intervention coronarienne percutanée primaire (ICPP) est la méthode de reperfusion recommandée pour les patients présentant un infarctus du myocarde avec élévation du segment ST (STEMI). Le temps entre le premier contact médical et la pose du dispositif (FMC-to-device) est un facteur critique, des délais plus courts étant associés à de meilleurs résultats. Les récentes directives du Collège américain de cardiologie/Association américaine de cardiologie et de la Société européenne de cardiologie recommandent un délai FMC-to-device ≤ 90 minutes pour les patients admis dans un centre interventionnel. Cependant, l’impact des admissions en dehors des heures de travail (nuits, weekends, jours fériés) sur les résultats reste incertain, particulièrement lorsque le délai FMC-to-device respecte les recommandations. Cette étude visait à évaluer l’influence des admissions en dehors des heures de travail sur les résultats à long terme chez les patients traités par ICPP avec un délai FMC-to-device ≤ 90 minutes.

Méthodes
Cette analyse rétrospective multicentrique, menée à Pékin (Chine), a inclus 670 patients consécutifs avec STEMI traités par ICPP réussie entre janvier 2018 et décembre 2018. Les patients étaient classés en deux groupes selon l’heure d’admission : heures de travail (jours ouvrables 08:00–18:00) vs hors heures (nuits, weekends, jours fériés chinois). Les données cliniques et les délais de prise en charge ont été recueillis via l’application « Heart and Brain Green Channel ». Le critère principal combinait les événements cardiovasculaires indésirables majeurs (ECIM : mortalité toute cause, réinfarctus non fatal, revascularisation de la lésion cible) sur 24 mois.

Résultats
L’âge médian était de 58,8 ans, avec 19,9 % de femmes. Le groupe hors heures (n = 374) présentait un délai FMC-to-device médian plus long que le groupe heures de travail (n = 296) : 71 vs 65 minutes (p < 0,001), avec moins de patients atteignant un délai ≤ 60 minutes (29,1 % vs 40,7 % ; p = 0,002). Le temps d’activation–cathéter était également prolongé hors heures (22 vs 16 min ; p < 0,001). Aucune différence significative n’a été observée pour les autres délais (symptômes–dispositif, symptômes–FMC, FMC–ECG).

Sur le suivi moyen de 24 mois, 9,6 % des patients ont présenté un ECIM, sans différence entre les groupes (9,1 % vs 9,6 % ; p > 0,05). Les courbes de Kaplan-Meier et les analyses de régression de Cox n’ont montré aucune association entre les admissions hors heures et les ECIM (HR = 1,05 ; IC 95 % : 0,63–1,74 ; p = 0,788). La mortalité intrahospitalière (1,9 % vs 2,4 % ; p = 0,653) et les taux de réinfarctus (2,0 % vs 2,4 % ; p = 0,502) étaient comparables. L’âge avancé et une fréquence cardiaque élevée étaient indépendamment associés aux ECIM.

Discussion
Bien que les délais FMC-to-device et activation–cathéter soient prolongés hors heures, cela ne s’est pas traduit par une aggravation des résultats cliniques. L’absence de différence dans le temps d’ischémie totale (symptômes–dispositif) pourrait expliquer ce constat. Ces résultats soutiennent la sécurité de l’ICPP réalisée hors heures lorsque le délai FMC-to-device reste ≤ 90 minutes, reflétant probablement l’efficacité des protocoles d’urgence dans les centres spécialisés.

Limitations
1) Généralisation limitée en raison de la concentration de ressources médicales à Pékin.
2) Biais de sélection inhérent au design rétrospectif.
3) Données manquantes sur les thromboses de stent.
4) Taille d’échantillon modeste nécessitant une validation par essai randomisé.

Conclusion
Cette étude démontre que l’admission hors heures n’altère pas le pronostic à 2 ans des patients STEMI traités par ICPP avec un délai FMC-to-device conforme aux recommandations. L’optimisation des chaînes de prise en charge urgente semble atténuer l’impact des contraintes horaires.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000001621

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