La voie de signalisation Sphingosine-1-phosphate/STAT3 contribue à l’inhibition par la baicaléine de la colite expérimentale induite par le sulfate de dextran sodique chez la souris
Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), incluant la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique, se caractérisent par une inflammation gastro-intestinale récurrente touchant divers segments du tractus digestif. Leur étiologie multifactorielle (immunitaire, environnementale et génétique) et leurs symptômes hétérogènes (diarrhée, douleur abdominale, saignements) compliquent leur prise en charge thérapeutique. La baicaléine, un flavonoïde bioactif extrait de la racine d’Astragalus membranaceus, possède des propriétés anti-inflammatoires et anti-tumorales, mais ses mécanismes d’action dans la colite restent mal élucidés. Cette étude explore son rôle via la modulation de la voie S1P-STAT3.
Un modèle de colite aiguë induite par du sulfate de dextran sodique (DSS) a été établi chez des souris BALB/c, réparties en six groupes : (1) témoin, (2) DSS seul, (3-5) DSS + baicaléine (10, 20, 40 mg/kg), (6) DSS + 5-aminosalicylate (50 mg/kg). L’indice d’activité de la maladie (poids, consistance des selles, hémorragie rectale) et les paramètres histologiques (longueur colique, infiltrat inflammatoire) ont été évalués. Les taux de médiateurs inflammatoires (IL-6, IL-1β, TNF-α) et l’expression de protéines (SPHK1, S1PR1, p-STAT3, NOD2, RORγt) ont été analysés par ELISA, western blot et immunofluorescence.
Les résultats montrent que la baicaléine atténue de manière dose-dépendante la perte de poids, la splénomégalie et les lésions coliques (ulcérations, œdème) induites par le DSS. Elle réduit significativement les taux sériques et tissulaires d’IL-6, d’IL-1β et de TNF-α, ainsi que l’infiltrat de cellules CD11b+ dans la muqueuse. Au niveau moléculaire, la baicaléine inhibe l’expression de SPHK1, S1PR1, NOD2 et RORγt, ainsi que la phosphorylation de STAT3, sans altérer l’expression totale de STAT3. Ces effets corrèlent avec une diminution de l’activation de la voie S1P-STAT3, dont le rôle pro-inflammatoire dans les MICI est établi.
La S1P, métabolite lipidique produit par SPHK1/2, active des voies de signalisation via ses récepteurs membranaires S1PR1-5. Son implication dans la pathogénie des MICI est soutenue par la surexpression de SPHK1 et S1PR1-4 chez les patients pédiatriques. Parallèlement, STAT3, surexprimé dans la muqueuse intestinale lors des MICI, favorise la carcinogenèse colique via l’IL-22. La baicaléine, en inhibant SPHK1 et p-STAT3, rompt cette boucle pro-inflammatoire et limite la différenciation des lymphocytes Th17 (via RORγt) et l’activation de NOD2, récepteur clé de l’immunité innée intestinale.
En conclusion, cette étude identifie la voie S1P-STAT3 comme cible centrale de l’activité anti-colitis de la baicaléine, ouvrant des perspectives thérapeutiques pour les MICI. Des études complémentaires devront valider sa sécurité et son efficacité clinique.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000627