La thérapie photodynamique antimicrobienne médiée par le vert d’indocyanine en complément du traitement parodontal non chirurgical : Revue systématique et méta – analyse

La thérapie photodynamique antimicrobienne médiée par le vert d’indocyanine en complément du traitement parodontal non chirurgical : Revue systématique et méta-analyse

La parodontite chronique est une maladie inflammatoire d’évolution lente caractérisée par la destruction des tissus parodontaux, incluant la gencive, le ligament parodontal et l’os alvéolaire. Le détartrage et le surfaçage radiculaire (DSR), traitement de référence non chirurgical, vise à éliminer la plaque bactérienne et le tartre des surfaces dentaires et du cément radiculaire. Bien qu’efficace dans de nombreux cas, le DSR seul échoue souvent à éradiquer complètement les pathogènes dans les poches parodontales profondes en raison de la complexité anatomique des zones sous-gingivales. La recolonisation bactérienne et les résidus de tartre dans les zones inaccessibles peuvent entraîner une récidive de la maladie, nécessitant des thérapies adjuvantes pour améliorer les résultats cliniques.

La thérapie photodynamique antimicrobienne (aPDT) s’est imposée comme un complément prometteur au DSR. Cette modalité implique l’application d’un agent photosensibilisant activé par une lumière de longueur d’onde spécifique, générant des espèces réactives de l’oxygène à effet antimicrobien. Le vert d’indocyanine (ICG), un colorant tricarbocyaninique hydrosoluble, suscite un intérêt particulier grâce à son pic d’absorption dans le proche infrarouge (805–810 nm), permettant une pénétration tissulaire plus profonde (6,0–6,5 mm) comparé aux photosensibilisateurs conventionnels. Cette revue évalue l’efficacité de l’aPDT médiée par l’ICG en complément du DSR via une analyse systématique d’essais contrôlés randomisés (ECR).

Méthodologie

La méta-analyse a respecté les directives Cochrane et PRISMA, avec enregistrement sur PROSPERO (CRD42020220606). Une recherche bibliographique exhaustive a été menée dans PubMed, Embase et Cochrane Library jusqu’en novembre 2020. Les études incluses répondaient aux critères suivants : (1) conception ECR (bouche divisée ou entière) ; (2) participants diagnostiqués avec une parodontite selon les critères de l’Académie américaine de parodontologie/Fédération européenne de parodontologie (perte d’attache clinique [PAC] ≥2 mm sur dents non adjacentes ou PAC ≥3 mm avec profondeur de poche au sondage [PPS] >3 mm sur ≥2 dents) ; (3) comparaison DSR + aPDT/ICG vs DSR seul ; (4) rapport des résultats sur la PPS, la PAC ou l’indice de plaque (IP) à 1, 3 ou 6 mois. Les critères d’exclusion incluaient les maladies systémiques, l’usage récent d’antibiotiques, un suivi <3 mois et l’utilisation concurrente de lasers haute puissance (>1 W).

Le risque de biais a été évalué via l’outil Cochrane, et les analyses statistiques réalisées avec RevMan 5.4. Les différences moyennes (DM) et intervalles de confiance (IC 95 %) ont été calculés pour les résultats continus. L’hétérogénéité a été évaluée via le test I², avec application de modèles à effets fixes ou aléatoires selon les seuils I² (<50 % ou ≥50 %). Des analyses de sensibilité et le test d’Egger ont évalué la robustesse des résultats et le biais de publication.

Résultats

Caractéristiques des études

Huit ECR incluant 255 participants ont été retenus. Six études utilisaient un plan en bouche divisée, deux une approche en bouche entière. Toutes les études employaient un laser diode 810 nm pour activer l’ICG, avec des variations de concentration d’ICG (0,1–5 mg/mL) et de paramètres d’irradiation (puissance : 0,1–1 W ; densité énergétique : 15–50 J/cm²). L’évaluation du risque de biais a classé quatre études comme à faible risque, trois à risque modéré et une à risque élevé.

Résultats cliniques

Suivi à 1 mois
Quatre études ont rapporté la PPS et la PAC, trois l’IP. Le groupe aPDT/ICG + DSR a montré une réduction significative de la PPS comparé au DSR seul (DM : −1,08 mm ; IC 95 % : −1,60 à −0,55 ; P <0,01). L’amélioration de la PAC n’était pas significative (DM : −0,81 mm ; IC 95 % : −1,81 à 0,18 ; P =0,11), et l’IP ne différait pas entre les groupes (DM : 0,00 ; IC 95 % : −0,08 à 0,07 ; P =0,98).

Suivi à 3 mois
Sept études ont évalué la PPS et la PAC, cinq l’IP. L’aPDT/ICG + DSR a entraîné des réductions significatives de la PPS (DM : −0,82 mm ; IC 95 % : −1,48 à −0,16 ; P =0,01) et de la PAC (DM : −0,60 mm ; IC 95 % : −1,15 à −0,05 ; P =0,03). Une réduction marginale mais significative de l’IP a été observée (DM : −0,08 ; IC 95 % : −0,13 à −0,03 ; P <0,01).

Suivi à 6 mois
Quatre études ont rapporté des résultats. Les améliorations de la PPS (DM : −0,81 mm ; IC 95 % : −1,50 à −0,12 ; P <0,01) et de la PAC (DM : −0,81 mm ; IC 95 % : −1,08 à −0,53 ; P <0,01) restaient significatives dans le groupe aPDT/ICG. Aucune différence significative n’a été notée pour l’IP (DM : −0,27 ; IC 95 % : −0,63 à 0,10 ; P =0,15).

Hétérogénéité et sensibilité

Une hétérogénéité modérée a été observée pour la PPS à 1 mois (I²=74 %) et 3 mois (I²=87 %), probablement due aux variations des protocoles d’irradiation et de concentration d’ICG. Les résultats pour la PAC présentaient une hétérogénéité plus faible (I²=44 % à 3 mois). Les analyses de sensibilité ont confirmé la robustesse des résultats, et le test d’Egger n’a pas révélé de biais de publication.

Discussion

Cette méta-analyse démontre que l’aPDT/ICG améliore l’efficacité du DSR en réduisant la PPS et en améliorant la PAC à court et moyen terme. La réduction marquée de la PPS à 1 mois (−1,08 mm) souligne l’action antimicrobienne rapide de l’aPDT/ICG, perturbant les biofilms bactériens et limitant le risque de réinfection. Les gains de PAC, significatifs à 3 mois, suggèrent un délai nécessaire à la réparation tissulaire.

Les propriétés photophysiques de l’ICG expliquent ses avantages. Son absorption dans le proche infrarouge permet une pénétration optimale dans les poches parodontales, ciblant les pathogènes inaccessibles au DSR. De plus, l’ICG présente une affinité pour les lipopolysaccharides bactériens, renforçant sa toxicité sélective contre des pathogènes parodontaux comme Porphyromonas gingivalis.

L’absence de différence significative pour l’IP suggère que l’aPDT/ICG n’influence pas directement le contrôle de la plaque supra-gingivale, dépendant de l’hygiène buccale. Cependant, ses effets antimicrobiens sous-gingivaux réduisent l’inflammation, favorisant indirectement le gain d’attache.

Limites et perspectives

Les études incluses présentaient une hétérogénéité des protocoles d’application de l’ICG, des paramètres laser et des durées de suivi. Les petites cohortes et les suivis courts (≤6 mois) limitent les conclusions sur la stabilité à long terme. Les futurs ECR devraient standardiser les paramètres de traitement, évaluer les changements microbiologiques et analyser le rapport coût-efficacité.

Conclusion

L’aPDT médiée par l’ICG est un complément cliniquement efficace au DSR, offrant des améliorations significatives de la PPS et de la PAC. Sa capacité à cibler les pathogènes dans les poches profondes contourne une limite majeure du traitement non chirurgical, réduisant potentiellement le recours à la chirurgie. Bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires pour optimiser les protocoles et confirmer les bénéfices à long terme, l’aPDT/ICG représente un outil précieux dans la pratique parodontale moderne.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002231

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