La sélégiline améliore la somnolence diurne excessive dans la maladie de Parkinson : une étude observationnelle ouverte
La maladie de Parkinson (MP) est un trouble neurodégénératif progressif caractérisé par des symptômes moteurs et non moteurs. Parmi les manifestations non motrices, les troubles du sommeil altèrent considérablement la qualité de vie. La somnolence diurne excessive (SDE), définie comme une somnolence inappropriée et indésirable pendant les heures d’éveil, affecte environ 30 à 50 % des patients parkinsoniens. La SDE accroît le risque d’accidents et contribue à une diminution des interactions sociales. Les thérapies dopaminergiques actuelles, comme la lévodopa et les agonistes de la dopamine, montrent une efficacité limitée sur la SDE, nécessitant des stratégies thérapeutiques alternatives. Cette étude a évalué l’efficacité de la sélégiline, un inhibiteur sélectif de la monoamine oxydase de type B (MAO-B), pour atténuer la SDE et améliorer la qualité du sommeil et le bien-être général chez les patients parkinsoniens.
Conception et méthodes de l’étude
Cette étude observationnelle ouverte, multicentrique et de 8 semaines, a inclus 141 patients parkinsoniens présentant une SDE (score >7 à l’Échelle de somnolence d’Epworth [ESS]) recrutés dans quatre hôpitaux chinois. Le protocole a été approuvé par les comités d’éthique, et les participants ont fourni un consentement éclairé. La sélégiline a été initiée à 5 mg une fois par jour pendant la première semaine, puis augmentée à 10 mg quotidiennement pour les sept semaines restantes. Les autres traitements antiparkinsoniens sont restés inchangés.
Les évaluations ont été réalisées à l’inclusion, à la semaine 3 (par téléphone) et à la semaine 8. Les critères principaux incluaient l’évolution du score ESS, tandis que les critères secondaires concernaient l’Échelle de sommeil de la maladie de Parkinson (PDSS), le Questionnaire de qualité de vie PDQ-39, et les complications motrices. La PDSS évalue huit domaines : qualité du sommeil nocturne, insomnie, agitation nocturne, psychose, nycturie, symptômes moteurs nocturnes, sensation de repos au réveil et somnolence diurne. Le PDQ-39 évalue la mobilité, les activités quotidiennes, le bien-être émotionnel, la stigmatisation, le soutien social, la cognition, la communication et l’inconfort physique. Les analyses statistiques ont utilisé des modèles à effets mixtes pour mesures répétées et des tests du chi-carré appariés pour les complications motrices.
Caractéristiques des participants
Sur 141 patients inclus, 121 ont terminé l’étude (20 arrêts pour raisons non précisées). La cohorte comprenait 92 hommes et 49 femmes, d’âge moyen 66,2 ± 9,1 ans et avec une durée médiane de maladie de 4 ans (intervalle interquartile [IIQ] : 3–7). La dose quotidienne équivalente de lévodopa (LEDD) initiale était de 375 mg (IIQ : 300–450), augmentant à 475 mg (IIQ : 400–550) à la semaine 8. Des fluctuations motrices étaient présentes chez 41,3 % des patients à l’inclusion, tandis que 6,6 % présentaient des dyskinésies.
Résultats clés
Critère principal : réduction de la somnolence diurne
Les scores ESS se sont significativement améliorés sous sélégiline. Le score médian ESS est passé de 11 (IIQ : 8–13) à l’inclusion à 9 (IIQ : 7–11) à la semaine 3 et 8 (IIQ : 6–10) à la semaine 8 (P <0,001), indiquant une réduction cliniquement pertinente de la SDE.
Critères secondaires : qualité du sommeil et qualité de vie
Scores PDSS :
Le score total PDSS est passé de 112 (IIQ : 94–120) à 123 (IIQ : 110–131) à la semaine 8 (P <0,001). Les huit sous-domaines de la PDSS ont tous montré des améliorations significatives (P <0,05) :
- Qualité du sommeil nocturne : 7 (IIQ : 6–8) → 8 (IIQ : 6–9).
- Insomnie d’endormissement/maintien : 16 (IIQ : 12–18) → 17 (IIQ : 15–19).
- Agitation nocturne : 16 (IIQ : 13–17) → 16 (IIQ : 13–19).
- Psychose nocturne : 16 (IIQ : 13–19) → 17 (IIQ : 14–19).
- Nycturie : 15 (IIQ : 13–18) → 17 (IIQ : 15–19).
- Symptômes moteurs nocturnes : 33 (IIQ : 29–35) → 34 (IIQ : 31–37).
- Sensation de repos au réveil : 8 (IIQ : 6–9) → 9 (IIQ : 8–10).
- Somnolence diurne : 4 (IIQ : 3–6) → 7 (IIQ : 4–8).
Scores PDQ-39 :
Le score total PDQ-39 a diminué de 45 (IIQ : 19–54) à 23 (IIQ : 10–45) à la semaine 8 (P <0,001). Sept domaines ont montré des améliorations significatives :
- Mobilité : 10 (IIQ : 3–19) → 7 (IIQ : 2–15).
- Activités quotidiennes : 7 (IIQ : 2–11) → 5 (IIQ : 2–9).
- Bien-être émotionnel : 5 (IIQ : 2–10) → 4 (IIQ : 2–8).
- Stigmatisation : 1 (IIQ : 0–6) → 1 (IIQ : 0–4).
- Cognition : 7 (IIQ : 3–8) → 5 (IIQ : 2–7).
- Communication : 2 (IIQ : 0–3) → 1 (IIQ : 0–3).
- Inconfort physique : 3 (IIQ : 1–4) → 3 (IIQ : 1–4).
Seul le soutien social n’a pas montré de changement significatif.
Complications motrices
La proportion de patients avec fluctuations motrices a diminué de 41,3 % à 34,7 % (P =0,022), avec une réduction de leur sévérité (P =0,037). En revanche, la prévalence (6,6 %) et la sévérité des dyskinésies sont restées stables.
Mécanismes et implications
Les bénéfices de la sélégiline pourraient découler de plusieurs mécanismes. En inhibant la MAO-B, elle potentialise la neurotransmission dopaminergique, améliorant potentiellement le sommeil nocturne et réduisant la fatigue diurne. Ses métabolites de type amphétamine pourraient aussi stimuler l’éveil, un effet exploité dans le traitement de la narcolepsie.
Contrairement aux agonistes dopaminergiques (aggravant souvent la SDE), la sélégiline améliore la SDE sans majorer la somnolence. L’amélioration de la qualité du sommeil nocturne (objectivée par la PDSS) a probablement contribué à réduire la somnolence diurne.
Limites et perspectives
L’absence de groupe placebo limite l’interprétation causale des résultats. La SDE a été évaluée par des échelles subjectives (ESS, PDSS) plutôt que par des mesures objectives (polysomnographie). L’impact sur les symptômes moteurs n’a pas été évalué, laissant incertain si les améliorations du sommeil découlent indirectement d’un meilleur contrôle moteur.
Des essais contrôlés randomisés intégrant des mesures objectives, des évaluations motrices standardisées et un suivi à long terme sont nécessaires pour confirmer ces résultats.
Conclusion
Cette étude ouverte suggère que la sélégiline atténue la SDE, améliore la qualité du sommeil et la qualité de vie chez les patients parkinsoniens. Son effet favorable sur les fluctuations motrices soutient son utilisation en adjuvant. Bien que préliminaires, ces résultats soulignent le potentiel de la sélégiline comme option thérapeutique multifonctionnelle dans la MP, nécessitant une validation par des études contrôlées.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002308