La nouvelle stratégie de la Chine pour lutter contre les manquements dans les revues académiques
Le gouvernement chinois a introduit une stratégie globale pour combattre les manquements académiques, marquant un tournant significatif dans son approche pour préserver l’intégrité de la recherche. Le 30 mai 2018, le Comité central du Parti communiste chinois et le Conseil d’État ont conjointement publié leur première politique centralisée sur l’éthique académique, détaillant des réformes visant à résoudre des problèmes systémiques liés au financement, aux candidatures à des postes, à l’examen par les pairs et aux publications. Cette politique représente une étape importante dans les efforts de la Chine pour aligner ses pratiques académiques sur les standards mondiaux tout en s’attaquant à des défis persistants tels que le plagiat, la fabrication de données et les examens par les pairs frauduleux.
Supervision centralisée et coordination multi-agences
La politique de 2018 établit un système de gestion de haut niveau pour l’intégrité de la recherche scientifique, attribuant des responsabilités claires à des organismes gouvernementaux clés. Le Ministère des Sciences et Technologies (MOST) et l’Académie chinoise des Sciences sociales (CASS) ont été désignés comme coordinateurs centraux—le MOST pour les sciences naturelles et la CASS pour la philosophie et les sciences sociales. Ces agences détiennent désormais l’autorité exclusive pour enquêter et juger les cas de manquements académiques, une responsabilité précédemment décentralisée au niveau des institutions individuelles. Cette centralisation vise à éliminer les conflits d’intérêts institutionnels et à assurer une application uniforme des règles.
Un aspect novateur du cadre est son intégration de multiples entités de supervision. Le Ministère de l’Éducation (MOE), les autorités sanitaires, les régulateurs de l’édition, les agences de financement et les gouvernements locaux sont tenus de collaborer pour surveiller la conformité. Par exemple, le Bureau national de la publication des nouvelles (NNPB), qui supervise l’édition académique, a émis huit règlements autonomes et trois directives conjointes depuis 2001. De même, le MOE a publié cinq avis indépendants et quatre lignes directrices collaboratives, reflétant son rôle dans la supervision de la conduite académique dans les universités. D’ici 2018, un total de 23 politiques ciblées avaient été promulguées à travers les agences, bien que leur efficacité soit restée limitée avant les réformes de 2018.
Intégration au système de crédit social
La caractéristique la plus distinctive de la politique est son lien avec le système national de crédit social de la Chine, opérationnel depuis 2014. Dans ce mécanisme, les chercheurs reconnus coupables de manquements font face à des sanctions allant au-delà du milieu académique. Les contrevenants peuvent rencontrer des restrictions sur les services financiers (par exemple, les demandes de cartes de crédit), l’éligibilité à l’assurance, l’accès aux transports (par exemple, l’achat de billets de train) et l’emploi dans des secteurs non académiques. Ce modèle de « punition conjointe » crée un dissuasif multidimensionnel, assurant que les violations de l’intégrité académique entraînent des conséquences dans la vie quotidienne.
La politique spécifie un système de responsabilité à plusieurs niveaux, avec des sanctions qui augmentent en fonction de la gravité du manquement. Les pénalités vont des suspensions temporaires de financement et des révocations de prix à l’exclusion permanente des subventions de recherche. Pour les institutions, les violations répétées peuvent entraîner des réductions des allocations de financement ou l’inéligibilité aux programmes nationaux de recherche.
Contexte historique et défis antérieurs
Les efforts de la Chine pour réguler l’éthique académique remontent à des lois fondamentales telles que la Loi sur les brevets (1984), la Loi sur le droit d’auteur (1990) et les Règlements pour les diplômes académiques (1980). Malgré des révisions itératives, des lacunes dans l’application ont persisté. Des scandales retentissants—tels que l’« événement Hanxin » de 2006 (impliquant des recherches falsifiées sur les micropuces) et le retrait en 2017 de 107 articles de Tumor Biology en raison d’examens par les pairs frauduleux—ont mis en lumière des vulnérabilités systémiques. Les analyses attribuent les échecs passés à une supervision fragmentée, des sanctions incohérentes et une dissuasion insuffisante.
Avant 2018, les efforts de régulation étaient dispersés entre des agences aux mandats chevauchants. Par exemple, le NNPB et ses agences prédécessrices ont émis huit règlements spécifiques à l’édition entre 2001 et 2018, tandis que le MOST se concentrait sur la gestion des subventions. Cependant, le manque de coordination centralisée a conduit à une mise en œuvre inégale. Les institutions privilégiaient souvent la préservation de leur réputation plutôt que des enquêtes rigoureuses, et les sanctions s’étendaient rarement au-delà des retraits ou des gels temporaires de financement.
Défis de mise en œuvre et orientations futures
Bien que le cadre de 2018 introduise une responsabilité plus stricte, son succès dépend d’une application soutenue. Les principaux défis incluent :
- Développement des bases de données : La création d’un registre national des cas de manquements et des revues « blacklistées » nécessite l’harmonisation des données provenant de diverses agences. La politique propose une base de données accessible au public pour suivre les contrevenants, mais des obstacles techniques et bureaucratiques persistent.
- Conformité institutionnelle : Les universités et les instituts de recherche doivent équilibrer autonomie et responsabilité. La politique mandate des comités d’éthique internes mais ne spécifie pas de financement ou de formation pour ces organes.
- Alignement global : Alors que les revues chinoises visent une reconnaissance internationale, l’alignement des standards éthiques avec des plateformes comme PubMed et Web of Science est crucial. Les efforts du NNPB pour blacklister les revues prédatrices doivent s’attaquer aux écarts dans les critères de qualité entre disciplines.
- Changements culturels : Réduire la dépendance aux métriques de publication pour l’avancement de carrière reste controversé. Bien que la politique décourage l’évaluation axée sur la quantité, des métriques alternatives pour évaluer la qualité de la recherche restent à adopter largement.
Conclusion
La politique de 2018 de la Chine représente une tentative sans précédent d’institutionnaliser l’intégrité de la recherche à travers une gouvernance centralisée et des sanctions intersectorielles. En s’appuyant sur le système de crédit social, elle introduit un modèle de responsabilité particulièrement strict qui transcende les frontières académiques. Cependant, l’efficacité à long terme de ces mesures dépend de la résolution des goulots d’étranglement dans la mise en œuvre, de la promotion de la collaboration internationale et de la culture d’une éthique de recherche. Alors que la communauté académique mondiale est confrontée à des défis similaires, l’expérience de la Chine offre des perspectives sur le potentiel—et les limites—des interventions systémiques pour combattre les manquements.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000347