La coexistence paradoxale du rachitisme hypophosphatémique et de l’augmentation de la densité osseuse vertébrale chez un sujet porteur d’une nouvelle mutation du site d’épissage du gène PHEX
Cet article présente une étude de cas détaillée d’un homme de 46 ans présentant un tableau clinique complexe associant un rachitisme hypophosphatémique et une densité osseuse vertébrale accrue, liés à une nouvelle mutation du site d’épissage du gène PHEX. Ce cas s’inscrit dans une étude familiale plus large apportant des insights génétiques et phénotypiques sur le rachitisme hypophosphatémique lié à l’X (XLH).
Le patient a consulté pour des douleurs progressives des membres inférieurs gauches évoluant depuis plus de cinq ans. L’examen physique a révélé une petite taille, une déformation en « O » des membres inférieurs et une démarche « en pingouin ». L’imagerie radiographique a montré une augmentation de la masse osseuse vertébrale et une fracture fémorale gauche avec sclérose des bords fracturaires. Les mesures par absorptiométrie biphotonique à rayons X (DEXA) en 2018 et 2019 ont mis en évidence des variations dynamiques de la densité osseuse vertébrale et cervicale fémorale.
Les antécédents familiaux sont marqués par des manifestations similaires chez la mère, le frère et une sœur du patient, tous présentant une petite taille, des anomalies de la morphologie des membres inférieurs et des troubles de la marche. Les radiographies et DEXA du frère et de la sœur ont révélé des profils hétérogènes de masse osseuse : augmentation vertébrale et diminution cervicale fémorale chez le frère, densité vertébrale normale et tendance à la diminution cervicale chez la sœur.
Les analyses biochimiques ont montré une hypophosphatémie et une élévation de la parathormone chez le probant, son frère et son neveu. La calcémie était à la limite inférieure de la normale, et les taux sériques du facteur de croissance fibroblastique 23 (FGF23) étaient augmentés chez tous les sujets affectés. Le probant et son neveu présentaient également une diminution du seuil maximal de réabsorption tubulaire du phosphate par débit de filtration glomérulaire.
Le séquençage de l’exome entier (WES) a identifié une nouvelle mutation du site d’épissage (c.1483-1G>C) dans l’intron 13 du gène PHEX chez le probant, son frère et sa sœur. Cette mutation, également retrouvée chez le neveu et la nièce du probant, correspond à une mutation d’épissage acceptrice non répertoriée dans les bases de données génétiques majeures (OMIM, ClinVar, dbSNP, etc.). Conformément aux recommandations de l’American College of Medical Genetics and Genomics (2015), cette mutation est prédite pathogène.
La présence d’une densité osseuse vertébrale accrue, malgré les manifestations de rachitisme, constitue un élément phénotypique remarquable dans cette famille. Des études antérieures suggèrent que l’XLH exerce une influence différentielle sur la masse osseuse selon le site anatomique, avec une tendance à l’augmentation axiale et à la diminution périphérique. Ce profil a été observé chez le probant et son frère, présentant des valeurs T et Z élevées au rachis et diminuées au col fémoral. L’hyperostéoïdose pourrait partiellement expliquer l’augmentation axiale, et les traitements par calcitriol et phosphate pourraient moduler la masse trabéculaire. Cependant, une augmentation du volume trabéculaire a également été rapportée chez des sujets non traités, suggérant un mécanisme intrinsèque lié à la pathologie XLH.
En conclusion, cette étude décrit une famille atteinte d’XLH associée à une nouvelle mutation du gène PHEX, soulignant l’interaction complexe entre mutations génétiques et modifications de la densité osseuse dans l’XLH. Ces résultats renforcent l’importance des analyses génétiques et phénotypiques approfondies pour comprendre la physiopathologie de l’XLH et optimiser les stratégies thérapeutiques.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000454