Issues de grossesse du premier cycle de décongélation chez les patientes infertiles avec fièvre pendant le recrutement ovocytaire : une étude appariée
L’infertilité est un problème médical et social majeur touchant des millions de couples dans le monde. Les techniques de procréation assistée (TPA), notamment la fécondation in vitro (FIV), jouent un rôle central dans sa prise en charge. Cependant, la FIV implique des étapes complexes, dont le prélèvement ovocytaire sous guidage échographique transvaginal. Bien que cette procédure soit généralement sûre, des complications comme la fièvre pendant la phase de recrutement ovocytaire peuvent survenir, avec un impact mal étudié sur les issues de grossesse.
Cette étude rétrospective appariée (1:3) a comparé 58 patientes présentant une fièvre (≥37,3°C) dans les 72 heures précédant le prélèvement (Groupe 1) à 174 témoins appariés sur l’âge ayant eu une congélation totale d’embryons pour d’autres raisons (Groupe 2). L’objectif principal était d’évaluer l’impact de la fièvre sur la qualité embryonnaire et les issues de grossesse dans le cadre d’une stratégie « freeze-all ».
Les protocoles de stimulation ovarienne contrôlée (agonistes/antagonistes de la GnRH, hMG, rhCG) étaient standardisés. Le prélèvement était réalisé 36–38 heures après l’administration de rhCG. Les patientes fébriles (91,4% avec infections respiratoires hautes) recevaient des antibiotiques oraux pendant 3 jours post-prélèvement.
Les caractéristiques de base étaient comparables, hormis un taux d’AMH supérieur dans le Groupe 2 (4,2 vs 2,2 ng/mL, p<0,001) et une durée d’infertilité plus longue (3 vs 2 ans, p=0,035). Le nombre d’ovocytes recueillis était significativement réduit dans le Groupe 1 (10,9±4,6 vs 17,4±5,9, p<0,001), avec un taux de fécondation inférieur (81,0% vs 90,6%, p<0,001). Cependant, le taux de zygotes à 2 pronuclei (2PN) était plus élevé dans le Groupe 1 (66,7% vs 57,4%, p<0,001), sans différence dans le nombre d’embryons disponibles.
Lors du premier transfert d’embryons congelés-décongelés (TEC), aucune différence significative n’a été observée concernant l’épaisseur endométriale, le nombre d’embryons transférés ou le support lutéal. Les taux d’implantation (36,4% vs 40,2%), de grossesse clinique (48,3% vs 52,0%), de fausses couches précoces (17,9% vs 13,3%), de grossesses ectopiques (3,6% vs 1,1%) et de grossesses évolutives (37,9% vs 44,5%) étaient comparables.
L’analyse de régression logistique n’a pas montré de différence significative après ajustement sur l’âge, l’IMC, l’AMH, le nombre d’embryons transférés et l’épaisseur endométriale. La stratification par sévérité de la fièvre (<38°C vs ≥38°C) n’a pas non plus révélé de variations significatives.
Ces résultats suggèrent que le prélèvement ovocytaire sous guidage échographique reste sûr chez les patientes fébriles, avec une stratégie « freeze-all » permettant de reporter le transfert dans un environnement endométrial optimal. Bien que la fièvre réduise le nombre d’ovocytes et le taux de fécondation, elle ne compromet pas la qualité embryonnaire. L’AMH confirme son rôle clé comme marqueur de réserve ovarienne.
En conclusion, la congélation systématique suivie d’un TEC apparaît comme une approche efficace pour ces patientes, minimisant les risques infectieux et optimisant les chances de grossesse. Des études prospectives randomisées sont nécessaires pour confirmer ces observations et élucider les mécanismes sous-jacents.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001238