Intoxication aiguë au monoxyde de carbone dans le Shandong, Chine : une étude observationnelle
L’intoxication au monoxyde de carbone (CO) demeure un problème de santé publique majeur à l’échelle mondiale, contribuant à un nombre élevé de blessures et de décès accidentels. En Chine, en particulier dans les zones rurales et périurbaines, l’intoxication au CO persiste en raison de l’utilisation du charbon et du charbon de bois pour le chauffage, surtout pendant les mois d’hiver. Cette étude propose une analyse approfondie des caractéristiques épidémiologiques et cliniques des intoxications aiguës au CO dans la province du Shandong, en Chine, durant l’hiver 2019-2020. Les résultats mettent en évidence la prévalence, la gravité, les disparités régionales et les facteurs environnementaux associés, offrant des perspectives utiles pour les interventions de santé publique et la prise en charge clinique.
Contexte et importance
L’intoxication au CO est une cause majeure de morbidité accidentelle, souvent responsable de séquelles neurologiques graves ou à long terme. En Chine, les sources non professionnelles, telles que les systèmes de chauffage mal entretenus ou les appareils de cuisson, constituent les principaux facteurs d’exposition. Malgré l’urbanisation rapide, les zones rurales du nord de la Chine restent dépendantes du charbon pour le chauffage, ce qui entraîne une accumulation accidentelle de CO en cas de mauvaise combustion. Contrairement à d’autres pays où le suicide est une cause fréquente d’intoxication au CO, les expositions accidentelles dominent en Chine.
La province du Shandong, située dans l’est de la Chine, possède un climat tempéré de mousson et une importante population rurale. Le développement économique inégal entre zones urbaines (bénéficiant de chauffage centralisé) et rurales (dépendantes du charbon) en fait un lieu d’étude pertinent. Cette recherche vise à combler le manque de données provinciales sur les intoxications aiguës au CO via une analyse rétrospective des cas signalés entre novembre 2019 et avril 2020.
Méthodes
Les données cliniques provenaient de patients diagnostiqués avec une intoxication aiguë au CO dans 16 villes du Shandong, recueillies auprès des services de médecine hyperbare (HBO) des hôpitaux. Les cas étaient classés en trois niveaux de sévérité—légers, modérés et graves—selon les manifestations cliniques et les taux de carboxyhémoglobine (COHb). Les cas légers présentaient des céphalées, nausées ou vomissements (COHb > 10 %), les modérés une altération de la conscience ou du jugement (COHb > 30 %), et les graves un coma, une insuffisance respiratoire ou cardiaque (COHb > 50 %).
Les analyses statistiques ont été réalisées avec le logiciel GraphPad Prism. Les différences de proportions ont été évaluées par ANOVA bidirectionnelle avec tests post hoc de Bonferroni. La corrélation entre température environnementale et nombre de cas a été analysée via le coefficient de Spearman, avec un seuil de significativité de 0,05.
Résultats
Caractéristiques générales
Sur 21 088 cas d’intoxication aiguë au CO diagnostiqués, l’incidence provinciale était d’environ 0,021 %. La majorité des cas étaient légers (63 %, n = 13 378), suivis des modérés (27 %, n = 5 635) et graves (10 %, n = 2 075). Deux pics ont été observés : la troisième semaine de novembre 2019 (début du chauffage hivernal) et la troisième semaine de janvier 2020 (Nouvel An lunaire).
Disparités régionales
Les villes côtières, notamment Qingdao et Yantai, ont rapporté plus de cas (42 % du total, n = 8 827) que les régions intérieures comme Jining ou Dezhou (moins de 1 000 cas). La sévérité variait aussi géographiquement, avec une prédominance de cas légers/modérés sur le littoral.
Corrélation avec la température
77 % des cas (n = 16 198) sont survenus entre novembre et janvier, mois les plus froids. Une corrélation négative forte a été observée entre la température moyenne et le nombre de cas (Spearman r = −0,9429 ; P = 0,0167).
Discussion
L’étude souligne le fardeau important des intoxications au CO au Shandong, lié au chauffage au charbon en milieu rural. Les complications graves, comme les séquelles neurologiques différées (DNS), peuvent être atténuées par l’oxygénothérapie hyperbare (HBO), mais l’accès limité aux soins en zone rurale pourrait sous-estimer l’incidence réelle. Les disparités régionales reflètent des inégalités socioéconomiques et d’infrastructures.
Les interventions de santé publique doivent cibler l’amélioration des équipements de chauffage, la sensibilisation aux risques du CO et l’utilisation de détecteurs. Les centres de santé communautaires jouent un rôle clé dans l’éducation des populations.
Limites
Les données, issues uniquement des services HBO, excluent les cas traités en soins primaires ou les décès préhospitaliers. L’absence de suivi à long terme limite l’évaluation des DNS. Les zones urbaines avec chauffage centralisé sont sous-représentées.
Conclusions
Cette étude éclaire l’épidémiologie de l’intoxication aiguë au CO au Shandong, mettant en avant l’impact des facteurs environnementaux et socioéconomiques. Une stratégie nationale de prévention, incluant un registre des cas, est nécessaire pour réduire le fardeau de cette pathologie évitable.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001942