Injections biquotidiennes et multiquotidiennes d’insuline chez les jeunes enfants atteints de diabète de type 1 : une étude de cohorte rétrospective
La prise en charge du diabète de type 1 (DT1) chez les jeunes enfants présente des défis uniques en raison de facteurs physiologiques tels qu’une sensibilité accrue à l’insuline, des habitudes alimentaires imprévisibles et des repas fréquents. Cette étude de cohorte rétrospective a comparé deux schémas insuliniques—des injections biquotidiennes d’insuline courte et intermédiaire autopréparée et des injections multiquotidiennes (MDI) d’analogues rapides avec insuline longue—chez des enfants âgés de 12 à 36 mois durant leur première année post-diagnostic. Les résultats éclairent le contrôle glycémique, les taux d’hypoglycémie et l’applicabilité pratique de ces régimes en conditions réelles.
Conception de l’étude et méthodologie
Menée à l’Hôpital pour enfants de Pékin entre 2015 et 2019, l’étude a analysé les dossiers médicaux de 60 enfants nouvellement diagnostiqués avec un DT1. Les patients ont été divisés en deux groupes selon le schéma insulinique :
- Groupe 1 (n = 34) : Injections biquotidiennes d’insuline courte (régulière) et intermédiaire (neutral protamine Hagedorn, NPH) autopréparées avant le petit-déjeuner et le dîner.
- Groupe 2 (n = 26) : Schéma MDI associant des analogues rapides avant les repas et un analogue long une fois par jour.
Les critères d’inclusion exigeaient une adhésion au schéma attribué pendant au moins 12 mois, avec exclusion en cas de suivi incomplet ou de changement de régime. Les paramètres évalués incluaient l’hémoglobine glyquée (HbA1c), le peptide C à jeun (PCj), la dose d’insuline, la fréquence des hypoglycémies et les pratiques d’autosurveillance. Une hypoglycémie était définie comme une glycémie ≤ 3,9 mmol/L, avec des épisodes sévères impliquant des convulsions, un coma ou une intervention médicale. Les analyses statistiques ont utilisé SPSS 24 et SAS 9.4, avec des modèles à effets mixtes et une régression binomiale négative pour comparer les résultats.
Caractéristiques initiales et résultats glycémiques
Les deux groupes présentaient des caractéristiques initiales similaires : âge moyen au diagnostic de 23,9 ± 6,1 mois, HbA1c pré-traitement de 10,67 ± 1,77 % et PCj de 0,32 ± 0,25 ng/mL. Les doses d’insuline ne différaient pas significativement à l’inclusion.
Les taux d’HbA1c ont diminué progressivement dans les deux groupes, mais le Groupe 1 a montré un déclin plus rapide durant les 3 premiers mois (p = 0,036). Au troisième mois, l’HbA1c du Groupe 1 était significativement plus basse que celle du Groupe 2, bien que les différences aux mois 6, 9 et 12 soient non significatives. L’analyse des effets d’interaction a souligné une réduction plus marquée de l’HbA1c pour le Groupe 1 durant les 3 premiers mois (p = 0,003). À la fin de la première année, 85,29 % (29/34) du Groupe 1 et 69,23 % (18/26) du Groupe 2 ont atteint l’objectif d’HbA1c (< 7,0 %), sans différence statistique entre les groupes (p = 0,134). Une régression logistique a identifié un âge au diagnostic plus jeune comme seul prédicteur de cet objectif (RC = 0,844 ; IC 95 % = 0,726–0,983 ; p = 0,029).
Évolution du peptide C à jeun
Les taux de PCj, indicateurs de la fonction résiduelle des cellules β, ont diminué graduellement dans les deux groupes, avec de nombreuses valeurs sous le seuil de détection (< 0,01 ng/mL). Une modélisation mixte basée sur le rang n’a révélé aucune différence significative dans les trajectoires de PCj après ajustement pour l’âge, le sexe et la dose d’insuline (p = 0,073), suggérant une perte comparable de production insulinique endogène.
Hypoglycémies et sécurité
Aucun épisode sévère nécessitant du glucagon ou du glucose intraveineux n’a été observé. La fréquence autodéclarée d’hypoglycémies était plus élevée dans le Groupe 1 (médiane = 14 épisodes/mois vs 8,5 dans le Groupe 2), avec des différences significatives uniquement au 12ᵉ mois (p = 0,025). Une analyse en sous-groupe a montré des taux plus élevés d’hypoglycémies significatives (≤ 3,6 mmol/L) dans le Groupe 1 à 12 mois (p = 0,042). Cependant, des modèles binomiaux négatifs multiniveaux ajustés pour la fréquence de surveillance glycémique et la dose d’insuline n’ont pas détecté de différences liées au schéma durant les 9 premiers mois (p = 0,536).
Pratiques d’autosurveillance
Les méthodes de surveillance variaient : 58 % (35/60) utilisaient une surveillance capillaire (BGM), 35 % (21/60) une surveillance continue (CGM) et 21,6 % (13/60) sont passés du BGM au CGM durant le suivi. La fréquence de surveillance (< 4, 4–6, ou > 6 fois/jour) ne différait pas entre les groupes.
Considérations cliniques et pratiques
Le régime biquotidien offre des avantages pratiques pour les familles confrontées à des contraintes socioéconomiques : fréquence d’injections réduite, coût moindre (utilisation d’insuline NPH et régulière largement disponibles) et flexibilité pour des habitudes alimentaires irrégulières. En revanche, le MDI impose un calendrier alimentaire strict et un investissement financier plus élevé pour les analogues. Malgré ces différences, les deux schémas atteignent des objectifs glycémiques similaires à long terme, conformément à des études antérieures montrant l’absence de corrélation entre le type de schéma et les résultats glycémiques chez les jeunes enfants.
Limites et orientations futures
La nature rétrospective de l’étude introduit des biais potentiels, notamment des données autodéclarées et des valeurs manquantes. L’absence de données CGM pour tous les participants a limité l’évaluation précise de la variabilité glycémique. Des essais contrôlés randomisés avec un suivi prolongé et une surveillance standardisée sont nécessaires pour valider ces résultats.
Conclusion
Chez les jeunes enfants atteints de DT1, les injections biquotidiennes d’insuline autopréparée et les schémas MDI offrent un contrôle glycémique comparable durant la première année post-diagnostic. Bien que les injections biquotidiennes accélèrent la réduction précoce de l’HbA1c, elles entraînent un risque légèrement accru d’hypoglycémie après 12 mois. Le choix du schéma doit intégrer les préférences familiales, les facteurs socioéconomiques et le mode de vie de l’enfant, soutenu par une éducation thérapeutique personnalisée. Ces résultats confortent les recommandations ISPAD 2018 prônant des stratégies insuliniques flexibles et centrées sur le patient en pédiatrie.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002394