Infection par le parvovirus B19 et profils de réponse des lymphocytes B dans les lymphadénopathies inexpliquées

Infection par le parvovirus B19 et profils de réponse des lymphocytes B dans les lymphadénopathies inexpliquées

Les lymphadénopathies, caractérisées par une taille ou une consistance anormale des ganglions lymphatiques, posent souvent un défi diagnostique en raison de leurs étiologies diverses, incluant les tumeurs malignes, les infections, les maladies auto-immunes et les effets médicamenteux. Bien que la plupart des cas soient résolus par une évaluation clinique, un sous-ensemble reste inexpliqué. Cette étude explore le rôle du parvovirus B19 humain (B19V) dans les lymphadénopathies et examine les profils de réponse des lymphocytes B ainsi que les mécanismes moléculaires associés.

Caractéristiques clinicopathologiques des cas de lymphadénopathie
L’étude a analysé 13 cas de lymphadénopathies inexpliquées, avec des ganglions mesurant entre 1,22 et 2,85 cm de diamètre. Les patients incluaient sept hommes et six femmes (âge moyen : 35 ans). Les manifestations cliniques variaient : sept patients présentaient de la fièvre (deux avec éruption cutanée concomitante), un patient avait une éruption cutanée isolée, et cinq étaient asymptomatiques. Les biopsies ganglionnaires ont révélé des motifs d’hyperplasie réactionnelle classés en trois profils histologiques et immunologiques distincts.

Profils de réponse des lymphocytes B et résultats histopathologiques

  1. Profil des centres germinatifs (CGs) (3 cas) :
    L’histologie a montré une hyperplasie folliculaire marquée, avec des follicules lymphoïdes agrandis 2 à 3 fois leur taille normale, répartis dans les régions corticale et médullaire. L’immunohistochimie (IHC) a révélé une expression sporadique de HSP90α dans les lymphocytes B des CGs, tandis que la protéine VP2 du B19V était largement détectée dans les noyaux et les membranes de ces cellules. Un marquage immunoenzymatique double a confirmé la colocalisation de VP2 du B19V et du CD20 (marqueur des lymphocytes B) dans les CGs, indiquant une présence virale active.

  2. Profil extrafolliculaire (EF) (5 cas) :
    Ce profil se caractérisait par une expansion diffuse de la zone paracorticale avec de rares follicules lymphoïdes. Des cellules lymphoplasmacytoïdes prolifératives et des plasmoblastes dominaient la paracortex, accompagnés de cellules transformées à cytoplasme abondant et noyaux volumineux. HSP90α était fortement exprimé dans ces cellules, et la VP2 du B19V était détectée dans les noyaux et le cytoplasme. Un marquage double avec CD138 (marqueur des plasmocytes) a confirmé la présence de protéines virales dans les plasmoblastes, suggérant une réplication active dans les zones EF.

  3. Profil mixte (5 cas) :
    Cette morphologie hybride associait des caractéristiques des profils CGs et EF. Une réduction de l’hyperplasie folliculaire était observée parallèlement à une expansion paracorticale. L’expression des antigènes des lymphocytes T restait intacte, mais des cellules Mum-1-positives (indiquant une activation des lymphocytes B) et des plasmoblastes VP2-positifs dispersés étaient notés. Ce profil pourrait représenter un état transitoire entre les réponses EF et CGs.

Détection de l’infection par B19V

  • Analyse moléculaire :
    Une PCR nichée et une qPCR TaqMan ciblant la région VP2 du génome du B19V ont identifié de l’ADN viral dans 5/13 cas, tous présentant le profil EF. Les charges virales variaient, mais tous les cas positifs étaient associés à une fièvre élevée et à des symptômes systémiques. Deux cas EF présentaient une séropositivité concomitante pour le virus d’Epstein-Barr (EBV) (IgG anti-capside/antigène nucléaire), bien que l’hybridation in situ EBER dans les tissus soit négative.

  • Microscopie électronique :
    Des particules virales (19,3–24,8 nm de diamètre, compatibles avec le B19V) ont été détectées dans les cellules dendritiques (DCs) et les plasmocytes dans 4/5 cas EF positifs en PCR. Dans le cas restant, les particules étaient limitées aux DCs. Parmi les cas PCR-négatifs, des particules similaires ont été observées uniquement dans les DCs (5/8 cas). Les ganglions témoins (n=6, provenant de patients atteints de cancer du poumon sans métastase) étaient exempts de particules virales.

Rôle de HSP90 dans la pathogénèse du B19V
HSP90α, une chaperonne moléculaire cruciale pour la réplication virale, présentait une expression différentielle selon les profils. Dans les cas EF, une intensité élevée de HSP90α dans les plasmoblastes suggère son rôle dans la facilitation de la réplication du B19V. Dans les cas CGs, une expression plus faible dans les lymphocytes B corrélait avec une activité virale limitée, impliquant une modulation potentielle entre persistance virale et réplication lytique.

Mécanismes de l’infection par B19V dans les ganglions
Le tropisme du B19V pour les précurseurs érythroïdes est bien établi, mais cette étude met en lumière sa capacité à infecter les cellules lymphoïdes. Le récepteur globoside, exprimé dans les lymphocytes B des CGs, pourrait permettre l’entrée virale. Les DCs, en tant que cellules présentatrices d’antigènes, internaliseraient les particules virales et transféreraient les antigènes aux DCs folliculaires, déclenchant l’activation des lymphocytes B. Dans les cas EF, la prolifération rapide des plasmoblastes et la sécrétion d’IgM représentent une réponse antivirale précoce, tandis que les cas CGs refléteraient une transition vers des plasmocytes à longue durée de vie et une génération de lymphocytes B mémoire.

Implications cliniques
L’association du profil EF avec des symptômes systémiques (ex. fièvre prolongée) et des charges virales élevées souligne le rôle potentiel du B19V dans les réponses inflammatoires aiguës. Inversement, les profils CGs et mixtes pourraient indiquer une persistance virale ou une phase de résolution. La détection du B19V dans les DCs, quel que soit le profil, suggère leur rôle de réservoirs viraux, même en l’absence de réplication active dans les lymphocytes B.

Questions non résolues et perspectives futures
Des interrogations subsistent sur la relation temporelle entre les réponses EF et CGs. Les caractéristiques intermédiaires du profil mixte suggèrent une interconversion dynamique influencée par des facteurs comme la clairance virale et l’immunité de l’hôte. Des études supplémentaires sont nécessaires pour clarifier le rôle des co-infections (ex. EBV) et des inhibiteurs de HSP90 en tant qu’agents thérapeutiques potentiels.

Conclusion
Cette étude fournit les premières preuves complètes liant l’infection par B19V à des profils distincts de réponse des lymphocytes B dans les lymphadénopathies. Le profil EF, caractérisé par une prolifération de plasmoblastes et une activité virale élevée, corrèle avec des symptômes systémiques aigus. Les profils CGs et mixtes pourraient représenter des stades tardifs de l’infection ou de résolution immunitaire. Ces résultats améliorent la compréhension de la pathogénèse virale dans les tissus lymphoïdes et soulignent l’intérêt du dépistage du B19V dans les lymphadénopathies inexpliquées.

doi:10.1097/CM9.0000000000002789

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