Infection Congénitale par le Cytomégalovirus Humain et Maladies Neurologiques chez les Nouveau-nés
Le cytomégalovirus humain (CMV), membre de la famille des bêta-herpèsvirus, est le plus grand et le plus complexe des herpèsvirus humains. Il présente une spécificité d’espèce stricte, l’homme étant son seul hôte connu. Le CMV peut infecter presque tous les types cellulaires, notamment les cellules épithéliales, endothéliales, musculaires lisses, les neurocytes, les cellules de soutien du système nerveux central (SNC), les cellules épithéliales rétiniennes, les fibroblastes dermiques et les monocytes/macrophages. La production de virions infectieux varie considérablement selon les types cellulaires, allant de très faible dans les macrophages à très élevée dans les fibroblastes.
L’infection congénitale à CMV (cCMV) est une cause majeure de malformations néonatales, touchant environ 0,2 % à 2,2 % des nouveau-nés aux États-Unis, avec une prévalence moyenne de 1 %. Bien que seuls 10 % des nouveau-nés infectés présentent des manifestations cliniques évidentes, 10 % à 15 % des infections asymptomatiques entraînent des séquelles neurologiques à long terme. La pathogenèse de l’infection cCMV dans le SNC pendant le développement fœtal reste mal comprise, mais il est établi que le CMV peut infecter l’encéphale fœtal en début de gestation, compromettant le neurodéveloppement et provoquant des lésions neurologiques de gravité variable.
Maladies Neurologiques Associées à l’Infection cCMV
Perte Auditive Neurosensorielle
La perte auditive neurosensorielle (PANS) est la séquelle à long terme la plus fréquente de l’infection cCMV. Environ 700 millions de personnes dans le monde présentent une surdité modérée ou sévère, l’infection à CMV étant une cause majeure de PANS non génétique dans les pays développés. Les études montrent une prévalence de l’infection cCMV de 0,58 %, avec 9,8 % de cas symptomatiques et 90,2 % asymptomatiques. La surdité représente 32,8 % des infections symptomatiques et 9,9 % des infections asymptomatiques, faisant de l’infection cCMV la principale cause de PANS.
La gravité de la surdité peut varier d’unilatérale à bilatérale, avec une possible aggravation postnatale. Le dépistage précoce (réponse auditive du tronc cérébral, charge virale CMV-ADN urinaire, tests sur tache de sang séché) et un traitement prophylactique sont essentiels. L’efficacité des tests sur tache de sang séché pour prédire la PANS reste controversée.
Les options thérapeutiques incluent le ganciclovir, les prothèses auditives et les implants cochléaires. Ces derniers améliorent significativement la compréhension langagière, sans toutefois corriger entièrement les retards causés par l’infection.
Troubles du Neurodéveloppement
Les anomalies neurodéveloppementales incluent microcéphalie, retard mental, hydrocéphalie, tumeurs cérébrales, crises d’épilepsie et autisme. Leur gravité dépend du moment de l’infection maternelle, les infections précoces étant plus sévères. Le diagnostic repose sur l’échographie B et l’IRM. Un traitement par ganciclovir intraveineux pendant 6 semaines peut améliorer les retards neurodéveloppementaux. Une surveillance périnatale et un traitement précoce optimisent le pronostic.
Complications Ophtalmologiques
Les manifestations oculaires incluent rétinochoroïdite, strabisme, atrophie optique, microphtalmie, cataracte et cécité. Environ 14 % des cas de chorio-rétinite néonatale sont associés à une infection cCMV symptomatique. Le diagnostic repose sur l’examen ophtalmologique. Bien qu’aucun traitement curatif ne soit disponible, le ganciclovir peut ralentir la progression.
Tumeurs Cérébrales
Des produits géniques du CMV sont fréquemment observés dans les glioblastomes et médulloblastomes. L’expression élevée de la protéine US28 du CMV active les voies STAT3, Wnt, COX-2, favorisant l’angiogenèse et l’inflammation. Le CMV exerce des effets oncogènes et oncomodulateurs via les voies PI3K/Akt/mTOR, MAPK/Erk et NF-kB.
Autisme Infantile
L’autisme, caractérisé par des troubles sociaux, de la communication et des comportements répétitifs, est associé à l’infection cCMV, particulièrement lors du troisième trimestre. L’incidence croissante de l’autisme et son pronostic sombre soulignent l’importance des recherches sur les mécanismes viraux et la prévention.
Autres Anomalies Neurologiques
Des micro-lésions cérébrales cumulatives peuvent entraîner des dysfonctionnements sévères. Des études suggèrent un lien entre l’infection à CMV et des anomalies électroencéphalographiques, une baisse des capacités cognitives et une réduction du volume hippocampique. Chez les patients atteints du SIDA, le CMV provoque rétinite, myélite, encéphalite et neuropathies. La détection de CMV-ADN dans le LCS par PCR est un outil diagnostique clé.
Pathogenèse des Lésions Neurologiques par le CMV
La pathogenèse des lésions cCMV dans le SNC reste mal élucidée, en raison de la rareté des études anatomiques et de la spécificité d’espèce limitant les modèles animaux. Le modèle murin du CMV, bien qu’utile, ne reproduit pas l’infection congénitale. Les études sur tissus embryonnaires humains indiquent que le CMV altère le neurodéveloppement via :
- Une infection directe de l’encéphale et une réponse immune inappropriée.
- Un dysfonctionnement placentaire induisant une hypoxie fœtale.
Le CMV inhibe la prolifération et la différenciation des cellules souches neurales, avec implication de ses produits géniques dans l’apoptose et l’autophagie. Des dégénérescences cellulaires, fibroses et calcifications sont observées dans la cochlée et le système vestibulaire lors de séquelles sévères.
Conclusion
Le CMV perturbe le neurodéveloppement via une infection directe de l’encéphale, des réponses immunitaires délétères, et des effets placentaires indirects. Les conséquences incluent des malformations, retards mentaux, complications oculaires, tumeurs cérébrales, autisme et épilepsie. Les recherches sur la pathogenèse des troubles neurodéveloppementaux et de la surdité restent insuffisantes. Les lésions CNS étant souvent irréversibles, l’amélioration du diagnostic prénatal, le dépistage auditif néonatal et les interventions précoces sont essentiels pour optimiser le pronostic.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000404