Incidence Nationale des Luxations Articulaires en Chine : Une Enquête Rétrospective sur 512 187 Individus
Les luxations articulaires sont des blessures cliniques courantes caractérisées par la perte de l’alignement normal des surfaces articulaires des os, souvent résultant de traumatismes ou d’autres causes. Ces blessures sont fréquemment accompagnées de lésions ligamentaires et peuvent entraîner des complications à long terme telles que l’instabilité articulaire, l’arthrose dégénérative et une réduction de la qualité de vie. Malgré leur impact significatif sur la santé publique, des données nationales complètes sur l’incidence, la distribution et les facteurs de risque des luxations articulaires en Chine faisaient défaut. L’étude nationale chinoise sur les luxations articulaires (China National Joint Dislocation Study, CNJDS) a été menée pour combler cette lacune, fournissant la première enquête épidémiologique extensive sur les luxations articulaires à l’échelle de la population chinoise.
La CNJDS était une étude épidémiologique rétrospective nationale qui a recruté 512 187 participants en utilisant un échantillonnage aléatoire stratifié et la méthode de probabilité proportionnelle à la taille (PPS). L’étude s’est déroulée du 19 janvier au 16 mai 2015 et s’est concentrée sur les participants ayant subi des luxations articulaires du tronc, des bras ou des jambes en 2014. Le crâne, le sternum et les côtes ont été exclus de l’étude. Les données sur l’âge, le niveau d’éducation, l’origine ethnique, l’occupation, la région géographique et le degré d’urbanisation ont été collectées via des entretiens personnels. L’incidence des luxations articulaires a été calculée en fonction de l’âge, du sexe, du site corporel et des facteurs démographiques, et les facteurs de risque ont été examinés à l’aide d’une régression logistique multiple.
L’étude a révélé que 119 participants avaient subi 121 luxations articulaires en 2014, ce qui a entraîné un taux d’incidence pondéré de 0,22 pour 1000 habitants (intervalle de confiance [IC] à 95 % : 0,16, 0,27). Le taux d’incidence était plus élevé chez les hommes (0,27 pour 1000 habitants, IC à 95 % : 0,20, 0,34) que chez les femmes (0,16 pour 1000 habitants, IC à 95 % : 0,10, 0,23). Le site de luxation le plus fréquent était l’épaule, avec un taux d’incidence de 0,04 pour 1000 habitants (IC à 95 % : 0,03, 0,06). Pour les enfants, la luxation vertébrale était le site le plus courant, avec des taux d’incidence de 0,19 pour 1000 habitants (IC à 95 % : 0,05, 0,32) chez les garçons et 0,10 pour 1000 habitants (IC à 95 % : 0, 0,21) chez les filles.
L’étude a identifié plusieurs facteurs de risque de luxation articulaire. Un antécédent de luxation était un facteur de risque important pour les hommes (rapport de cotes [OR] 42,33, IC à 95 % : 12,03–148,90) et les femmes (OR 54,43, IC à 95 % : 17,37–170,50). La consommation d’alcool était également un facteur de risque significatif pour les hommes (OR 3,50, IC à 95 % : 1,49–8,22) et les femmes (OR 2,65, IC à 95 % : 1,08–6,50). Dormir moins de 7 heures par jour était un facteur de risque pour les hommes (OR 2,80, IC à 95 % : 1,58–4,96). Par rapport aux enfants, les femmes âgées de 15 ans et plus étaient moins susceptibles de subir des luxations articulaires, avec des OR de 0,16 (IC à 95 % : 0,04–0,61) pour les femmes âgées de 15 à 64 ans et 0,06 (IC à 95 % : 0,01–0,41) pour les femmes de 65 ans et plus. Les femmes ayant plus de trois enfants avaient un risque plus élevé de luxation par rapport aux femmes sans enfants (OR 6,92, IC à 95 % : 1,18–40,78).
L’étude a également examiné les causes des luxations articulaires. La cause la plus fréquente était les blessures résultant de glissades, de trébuchements ou de chutes, représentant 47,90 % (IC à 95 % : 38,92 %, 56,87 %) de tous les cas. Les accidents de la route étaient la deuxième cause la plus fréquente, représentant 15,97 % (IC à 95 % : 9,39 %, 22,55 %) des cas. Les blessures de faible énergie (glissades, trébuchements ou chutes) étaient particulièrement fréquentes chez les enfants (44,74 %, IC à 95 % : 28,93 %, 60,55 %), les hommes jeunes et d’âge moyen (55,00 %, IC à 95 % : 39,58 %, 70,42 %) et les femmes (44,44 %, IC à 95 % : 25,70 %, 63,19 %), ainsi que chez les personnes âgées (42,83 %, IC à 95 % : 16,93 %, 68,78 %). Les luxations causées par des accidents de la route représentaient plus de 15 % des cas chez les hommes jeunes et d’âge moyen (17,50 %, IC à 95 % : 5,72 %, 29,28 %), les femmes (25,93 %, IC à 95 % : 9,40 %, 42,46 %) et les personnes âgées (21,43 %, IC à 95 % : -0,07 %, 42,92 %), mais seulement 5,26 % (IC à 95 % : -1,84 %, 12,36 %) chez les enfants.
La CNJDS a mis en évidence l’importance de traiter les luxations articulaires comme un problème de santé publique en Chine. La prévalence estimée des luxations articulaires dans la population chinoise était de 0,22 pour 1000 personnes, indiquant que plus de 0,3 million d’individus ont subi des luxations articulaires en 2014. Cela suggère que les luxations articulaires ont atteint un niveau alarmant et pourraient entraîner des complications à grande échelle telles que l’instabilité articulaire, l’arthrite et l’ostéonécrose si elles ne sont pas correctement traitées.
L’étude a également souligné la nécessité d’interventions ciblées pour réduire le risque de luxations articulaires. Les politiques de santé publique devraient se concentrer sur la réduction de la consommation d’alcool et encourager les individus à dormir suffisamment. Les programmes d’éducation et les interventions pour prévenir les chutes et autres formes de traumatismes doivent être renforcés, en particulier pour les enfants, les personnes âgées et les individus ayant des antécédents de luxation.
La CNJDS présentait plusieurs limites. Premièrement, la méthode d’échantillonnage, qui sélectionnait les ménages comme unité d’échantillonnage finale, aurait pu introduire un certain biais. Deuxièmement, les preuves médicales n’étaient pas disponibles pour les patients avec luxation qui ne se sont pas rendus à l’hôpital, ce qui pourrait entraîner une sous-estimation du taux d’incidence. Troisièmement, le biais de rappel est inévitable dans une étude rétrospective, en particulier pour les patients avec des blessures de faible énergie. Enfin, la taille de l’échantillon des cas de luxation dans certaines populations spécifiques était limitée, entraînant des erreurs d’échantillonnage significatives pour certains indicateurs ou même des données manquantes.
Malgré ces limites, la CNJDS a fourni des informations précieuses sur l’épidémiologie des luxations articulaires en Chine. Les résultats de l’étude peuvent servir de base de preuves cliniques à jour pour la planification des soins de santé nationaux et les efforts de prévention. En abordant les facteurs de risque identifiés et en mettant en œuvre des interventions ciblées, il pourrait être possible de réduire le fardeau des luxations articulaires et d’améliorer la qualité de vie des individus affectés.
En conclusion, la CNJDS était la première enquête épidémiologique détaillée sur les luxations articulaires menée à l’échelle de la population chinoise. L’étude a estimé un taux d’incidence national de 0,22 pour 1000 habitants et a identifié plusieurs facteurs de risque clés, notamment un antécédent de luxation, la consommation d’alcool et un sommeil insuffisant. Les résultats soulignent la nécessité de politiques de santé publique et d’interventions pour réduire le risque de luxations articulaires et prévenir les complications à long terme. En abordant ces problèmes, il pourrait être possible d’atténuer l’impact des luxations articulaires sur la santé publique en Chine.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002253