Incidence et facteurs associés à la séroclarification de l’antigène de surface du virus de l’hépatite B chez les patients co-infectés par le VHB/VIH sous thérapie antirétrovirale dans la province du Guangdong, Chine
L’infection chronique par le virus de l’hépatite B (VHB) constitue un problème de santé mondial majeur, touchant près de 296 millions de personnes et contribuant au développement de cirrhoses et de carcinomes hépatocellulaires (CHC). La co-infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) complique la prise en charge, les patients co-infectés VHB/VIH présentant une progression accélérée vers les complications hépatiques par rapport aux infections mono-VHB. L’utilisation d’une thérapie antirétrovirale (ART) incluant des agents actifs contre le VHB, comme le ténofovir disoproxil fumarate (TDF), est essentielle. Parmi les objectifs thérapeutiques du VHB, la séroclarification de l’antigène de surface (AgHBs) représente une guérison fonctionnelle, associée à de meilleurs pronostics. Cependant, les données sur les taux et les prédicteurs de séroclarification de l’AgHBs dans les populations co-infectées, notamment en Chine, restent limitées. Cette étude explore l’incidence et les déterminants de la séroclarification de l’AgHBs chez des patients co-infectés VHB/VIH sous ART prolongée dans le sud de la Chine.
Population et méthodologie de l’étude
Conception de l’étude et participants
Cette étude de cohorte rétrospective a inclus 17 971 patients VIH+ de l’hôpital Guangzhou Eighth People’s Hospital entre 2009 et 2019. Parmi eux, 10,9 % (1 950/17 971) étaient AgHBs+, confirmant une co-infection VHB/VIH. Après exclusion des données incomplètes, des infections VHB aiguës ou d’un suivi <6 mois, 1 550 patients ont été analysés. La cohorte comprenait majoritairement des hommes (86 %, 1 333/1 550) avec un âge médian de 42 ans. La plupart (98,3 %) recevaient des régimes à base de TDF + lamivudine (3TC), contre 1,7 % sous 3TC seul. Le suivi médian était de 4,7 ans, avec clôture des données au 31 décembre 2020.
Évaluations biologiques et définitions
Les paramètres étudiés incluaient :
- Sérologie VHB : AgHBs, AcHBs, AgHBe et AcHBe mesurés par tests immuno-enzymatiques chimioluminescents.
- Charge virale : ADN du VHB et ARN du VIH quantifiés par PCR en temps réel (seuils de détection : 100 UI/mL et 20 copies/mL).
- Fonction hépatique : ALAT et ASAT surveillés, avec élévation définie comme >2× la limite supérieure de la normale (LSN : 9–40 U/L).
- Fibrose : Scores APRI (ratio ASAT/plaquettes) et FIB-4 calculés.
- Génotypage : Détermination des génotypes VHB et VIH par PCR et outils bioinformatiques.
Analyse statistique
Les taux cumulatifs de séroclarification ont été estimés par courbes de Kaplan-Meier. Les prédicteurs ont été identifiés via des modèles de Cox univariés et multivariés. Variables continues exprimées en médianes (IQR) et catégorielles en fréquences.
Résultats clés
Taux de séroclarification et pronostics
Sur la période de suivi, 8,1 % (126/1 550) ont atteint la séroclarification de l’AgHBs, soit un taux d’incidence annuel de 1,7 pour 100 personnes-années. Les taux cumulatifs à 5 et 10 ans étaient de 8,4 % et 16,6 %. Parmi ces patients :
- Séroconversion AcHBs : 50,8 % (64/126) ont développé des AcHBs.
- Suppression de l’ADN du VHB : 95,9 % (1 231/1 283) ont atteint une charge virale indétectable (<100 UI/mL), avec des taux supérieurs sous TDF vs 3TC seul (96,0 % vs 88,9 %, P <0,001).
- Séroconversion HBeAg : 28,1 % (137/488) des AgHBe+ ont perdu l’AgHBe, 43,0 % (210/488) acquérant des AcHBe.
Prédicteurs de la séroclarification
Les comparaisons initiales ont montré :
- Niveaux d’AgHBs plus bas : Médiane à 642 COI (IQR : 20–3 350) vs 4 587 COI (IQR : 1 359–7 139) chez les non-répondeurs (P <0,001).
- Prédominance du génotype B : 87,5 % (36/41) vs 67,5 % (460/681) (P = 0,015).
- Élévation précoce de l’ALAT : 29,1 % (37/127) avec ALAT >2× LSN dans les 6 premiers mois d’ART vs 13,1 % (187/1 424) (P <0,001).
En analyse multivariée, trois prédicteurs indépendants ont émergé :
- AgHBs initial <1 500 COI : Rapport de risque ajusté (aHR) 2,74 (IC 95 % : 1,48–5,09, P = 0,001).
- Génotype B du VHB : aHR 3,73 (IC 95 % : 1,46–9,59, P = 0,006).
- Élévation de l’ALAT >2× LSN en début d’ART : aHR 2,96 (IC 95 % : 1,53–5,77, P = 0,001).
Impact de l’ART sur la fibrose
Les scores APRI et FIB-4 ont significativement diminué post-ART (P <0,001), sans différence entre les groupes avec ou sans séroclarification.
Discussion
Mécanismes sous-jacents
Le taux de séroclarification de 8,1 % rejoint les données chinoises (11,3 %) et françaises (1,5/100 personnes-années). L’efficacité des régimes à base de TDF est corroborée, bien que l’absence de différence avec le 3TC seul puisse refléter un effectif réduit (n=26).
AgHBs bas : Corrélé à un contrôle immunitaire amélioré. Un seuil de <1 500 COI optimise la prédiction.
Génotype B : Associé à des taux plus élevés de clairance spontanée ou induite, possiblement lié à une moindre prévalence de mutations pré-C.
Élévation précoce de l’ALAT : Reflet d’une reconstitution immunitaire et d’une cytotoxicité T dirigée contre les hépatocytes infectés.
Implications cliniques
L’élévation transitoire de l’ALAT ne doit pas être interprétée comme un échec thérapeutique, mais plutôt comme un marqueur de réponse immune. Le génotypage et la quantification de l’AgHBs pourraient guider un suivi personnalisé.
Limites
Biais inhérents au design rétrospectif, données de génotypage partielles (63,7 % pour le VHB), et facteurs confondants non mesurés (alcool, stéatose).
Conclusion
Chez les patients co-infectés VHB/VIH sous ART prolongée à base de TDF, la séroclarification de l’AgHBs survient à un taux significatif (8,1 %), atteignant 16,6 % à 10 ans. Un AgHBs initial <1 500 COI, le génotype B et une élévation précoce de l’ALAT constituent des prédicteurs robustes, offrant des pistes pour une prise en charge individualisée. Ces résultats confirment l’importance des ART actifs contre le VHB et le potentiel de guérison fonctionnelle dans cette population.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002886