Impact du diabète sucré sur les résultats à long terme de la revascularisation chirurgicale chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque ischémique : une étude d’appariement par score de propension
Les maladies cardiovasculaires ischémiques (MCIs), le diabète sucré (DS) et l’insuffisance cardiaque (IC) constituent des enjeux majeurs de santé publique. Parmi eux, les MCIs représentent la principale cause d’IC, tandis que le DS influence significativement la survenue, l’évolution et le pronostic à long terme de l’IC d’origine ischémique. Le pontage aortocoronarien (PAC) est le traitement standard des MCIs. Chez les patients présentant une insuffisance cardiaque ischémique (ICI), définie comme une IC secondaire à des MCIs, le PAC offre de meilleurs résultats que l’intervention coronarienne percutanée ou le traitement médicamenteux. Les recommandations actuelles privilégient le PAC comme traitement de première intention pour ces patients. Cependant, l’impact du DS sur les résultats à long terme du PAC dans l’ICI reste controversé. Cette étude vise à évaluer l’effet du DS sur les résultats à long terme des patients ICI traités par PAC.
Méthodes
Il s’agit d’une analyse rétrospective monocentrique incluant 439 patients ICI ayant subi un PAC à l’Hôpital général de l’APL entre janvier 2007 et décembre 2017, avec un suivi moyen de 73 mois. Les patients ont été divisés en groupes DS (n=183) et non-DS (n=256). Un appariement par score de propension a permis de comparer 173 paires de patients, équilibrant les caractéristiques initiales (paramètres échocardiographiques, Euroscore, etc.). Le critère principal était la mortalité toutes causes confondues, et le critère secondaire combinait décès, AVC, récidive d’infarctus du myocarde (IDM) et revascularisation.
Résultats
Aucune différence significative de mortalité n’a été observée entre les groupes DS et non-DS (5,8 % vs 4,1 %, p=0,216). Cependant, l’incidence des événements cardiovasculaires et cérébrovasculaires majeurs (ECCM) était significativement plus élevée dans le groupe DS (10,4 % vs 8,1 %, p=0,023). L’analyse de Kaplan-Meier n’a pas montré de divergence pour la mortalité (Figure 2A), mais un risque accru d’ECCM dans le groupe DS (Figure 1). La régression de Cox a confirmé un risque réduit d’ECCM dans le groupe non-DS (HR=0,605 ; IC95 % 0,39–0,94 ; p=0,024). Aucune différence n’a été relevée pour les complications périopératoires (Tableau 2).
Discussion
Ces résultats corroborent les données antérieures sur le DS comme facteur de risque d’ECCM post-PAC, tout en soulignant que les progrès thérapeutiques et le contrôle glycémique ont amélioré la survie à long terme. Les mécanismes impliquent une athérosclérose accélérée, une microangiopathie et une cardiomyopathie diabétique, aggravant le remodelage myocardique. Bien que le PAC reste bénéfique pour les ICI avec DS, une prise en charge globale intégrant équilibre glycémique et réduction des risques cardiovasculaires est cruciale.
Conclusion
Le DS augmente significativement le risque d’ECCM à long terme après PAC chez les patients ICI, sans affecter la survie globale. Ces résultats justifient des stratégies de gestion multidisciplinaires et des études multicentriques futures pour affiner les recommandations.
doi:10.1097/CM9.0000000000001421