Impact de l’acide urique sérique sur la fonction diastolique ventriculaire gauche chez les patients atteints de maladies auto-immunes
La dysfonction diastolique ventriculaire gauche (DDVG), manifestation subclinique des maladies auto-immunes (MAI), est souvent méconnue mais associée à un pronostic péjoratif. L’élévation de l’acide urique sérique (AUs), facteur pro-inflammatoire, est corrélée à des altérations de la fonction cardiaque dans la population générale et chez les patients cardiaques. Son rôle chez les patients atteints de MAI reste peu étudié. Cette étude visait à évaluer la prévalence de la DDVG et son association avec l’AUs dans une large cohorte de patients présentant diverses MAI.
Méthodes
Une analyse rétrospective a été réalisée sur des patients admis en rhumatologie à l’hôpital de West China (2011–2017). Les critères d’inclusion étaient : (1) diagnostic confirmé de MAI, (2) âge ≥18 ans, (3) échocardiographie transthoracique (ETT) standard, et (4) dosage d’AUs durant l’hospitalisation. Les critères d’exclusion comprenaient la goutte, la fibrillation atriale et les cardiopathies structurelles. Les données cliniques, biologiques et échocardiographiques ont été extraites du système d’information hospitalier. L’hyperuricémie était définie par un AUs >420 mmol/L. La DDVG était définie par un rapport E/e’ ≥13 ou la coexistence d’une hypertrophie ventriculaire gauche (HVG) et d’une dilatation atriale gauche (DAG) si E/e’ <13 chez les patients avec FEVG ≥50%.
Analyses statistiques
Les variables continues sont exprimées en moyennes ± écarts-types ou médianes (intervalles interquartiles), les variables catégorielles en fréquences (pourcentages). Les différences entre les quartiles d’AUs ont été analysées par test du chi², ANOVA ou test de Kruskal-Wallis. Une régression logistique multivariée a identifié les facteurs associés à la DDVG (p<0,05).
Résultats
Parmi 5873 patients (âge moyen 45 ±16 ans, 78,9% de femmes), le lupus érythémateux systémique (29,4%) et la polyarthrite rhumatoïde (20,2%) étaient les MAI les plus fréquentes. Une FEVG <50% était observée chez 1,6% des patients. La DDVG était présente chez 26,7% des patients, tandis que 71,7% présentaient une HVG isolée, une DAG isolée ou aucune anomalie. Des lésions valvulaires (21,8%), un épanchement péricardique (15,2%) et une hypertension pulmonaire (4,2%) ont été rapportés.
L’AUs moyen était de 300 ±115 mmol/L. Les patients ont été divisés en quartiles (Q1–Q4). L’hyperuricémie concernait 54,5% de Q4. Les paramètres échocardiographiques (DAG, diamètre et masse VG) augmentaient progressivement des Q1 à Q4. L’épaisseur du septum interventriculaire et de la paroi postérieure était plus marquée en Q3–Q4. Une prévalence accrue de DDVG était observée de Q1 (21,7%) à Q4 (36,2%, p<0,05).
En analyse multivariée, l’AUs élevé était indépendamment associé à la DDVG (OR ajusté croissant avec les quartiles). L’hypertension artérielle (HTA) doublait le risque de DDVG. L’hyperuricémie augmentait significativement l’OR de DDVG (1,408–1,447, p<0,001).
Discussion
La DDVG, anomalie échocardiographique prédominante chez les patients MAI, résulterait de l’interaction entre l’inflammation chronique, l’athérosclérose et la fibrose myocardique. Les facteurs de risque cardiovasculaires traditionnels (âge, HTA, diabète, insuffisance rénale) jouent un rôle majeur. L’AUs, via son action pro-inflammatoire et pro-oxydante, pourrait potentialiser ces mécanismes. Bien que les hypouricémiants réduisent les événements cardiovasculaires, leur impact sur la DDVG reste à élucider.
Limites
L’absence de données de suivi et le risque de biais de sélection limitent l’établissement d’un lien causal entre AUs et DDVG.
Conclusion
La DDVG est fréquente chez les patients MAI. Outre les facteurs de risque traditionnels, l’élévation de l’AUs est associée de manière indépendante à la DDVG. Le contrôle de l’AUs mérite d’être exploré comme stratégie préventive ou thérapeutique.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001902