Impact de la PA initiale sur la mortalité chez les patients atteints de FA

Impact de la pression artérielle initiale sur la mortalité toutes causes confondues chez les patients atteints de fibrillation auriculaire : résultats d’une étude multicentrique basée sur un registre

Résumé
La fibrillation auriculaire (FA), principale arythmie cardiaque, constitue un enjeu majeur de santé publique. L’hypertension, facteur de risque clé de la FA, est fréquemment associée à cette pathologie, avec une prévalence croissante liée à l’âge. Bien que le contrôle de la pression artérielle (PA) soit essentiel dans la prise en charge de la FA, les cibles optimales restent incertaines. Cette étude évalue l’impact de la PA initiale sur la mortalité toutes causes confondues chez les patients atteints de FA, afin de guider leur gestion tensionnelle.

Méthodes
Une étude multicentrique chinoise a inclus 2016 patients consécutifs atteints de FA, recrutés dans 20 services d’urgence entre 2008 et 2011. Un suivi d’un an a permis d’analyser la mortalité toutes causes confondes. La PA initiale (mesurée à l’admission) a stratifié les patients en sous-groupes : pression artérielle systolique (PAS) ≤110 mmHg, >110–≤120 mmHg, >120–≤140 mmHg, >140–≤160 mmHg, >160 mmHg ; et pression artérielle diastolique (PAD) <70 mmHg, ≥70–<80 mmHg, ≥80–<90 mmHg, ≥90 mmHg.

Résultats
Parmi les participants, 276 décès (13,9 %) ont été observés. L’analyse de survie Kaplan-Meier a révélé un risque accru de mortalité pour les PAS ≤110 mmHg ou >160 mmHg (vs. PAS 110–120 mmHg) et pour les PAD <70 mmHg. Après ajustement (âge, sexe, IMC, comorbidités, traitements), la régression de Cox multivariée a confirmé ces résultats : risque relatif (RR) de 1,963 pour PAS ≤110 mmHg (vs. 110–120 mmHg) et RR de 1,628 pour PAD <70 mmHg (vs. 80–90 mmHg). Les splines cubiques restrictives ont mis en évidence des relations en « J » pour la PAS et la PAD, avec une mortalité minimale à 120/80 mmHg. Les analyses en sous-groupes n’ont pas montré d’interactions significatives avec l’âge, le sexe, les antécédents cardiovasculaires ou le score CHADS2.

Discussion
L’étude souligne l’importance d’une gestion individualisée de la PA chez les patients FA. Si l’hypertension augmente le risque d’événements cardiovasculaires, une PA trop basse (<110/70 mmHg) pourrait refléter une dysfonction cardiaque sous-jacente ou une sous-utilisation de thérapies protectrices (inhibiteurs du système rénine-angiotensine). Ces patients présentaient davantage d’insuffisance cardiaque et d’utilisation de digoxine, facteurs potentiels de surmortalité. Bien que les recommandations actuelles ciblent une PAS <140 mmHg, une PAS optimale semble se situer entre 110–120 mmHg, en cohérence avec des études antérieures décrivant une courbe en J.

Limites
La généralisation des résultats est limitée par le recrutement en milieu urgentiste chinois, la mesure unique de la PA et le caractère observationnel de l’étude, exposant aux biais résiduels.

Conclusion
Une PA initiale ≤110/70 mmHg est associée à une mortalité accrue chez les patients FA, soulignant les risques d’une hypotension excessive. Une gestion tensionnelle personnalisée, équilibrant prévention des complications hypertenseives et maintien d’une perfusion tissulaire adéquate, est cruciale. Des recherches complémentaires sont nécessaires pour clarifier les mécanismes et valider ces cibles tensionnelles dans d’autres populations.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002627

Laisser un commentaire 0

Your email address will not be published. Required fields are marked *