Impact considérable des principaux polluants atmosphériques sur l’hypertension dans la province du Guizhou, en Chine du Sud-Ouest
La pollution atmosphérique constitue un enjeu majeur de santé publique, avec des effets bien documentés sur les maladies respiratoires et cardiovasculaires. Les particules fines, notamment celles de diamètre inférieur à 0,1 µm, peuvent franchir la barrière hémato-encéphalique, atteindre le cerveau et le système nerveux central, et induire des modifications physiologiques et pathologiques. Une exposition prolongée aux particules fines (PM2,5) augmente le risque de maladies cardiovasculaires chez les résidents chinois. Même une exposition brève à de faibles concentrations de polluants peut déclencher un syndrome coronarien aigu en moins d’une heure. Une méta-analyse basée sur sept bases de données a révélé une corrélation positive entre la pollution atmosphérique environnementale et l’élévation de la pression artérielle, ainsi que l’hypertension. Des preuves croissantes suggèrent que la pollution de l’air impacte significativement la santé cardiovasculaire et cérébrovasculaire.
Située dans le sud-ouest de la Chine, la province du Guizhou présente une prévalence d’hypertension plus faible que les autres provinces, grâce à sa localisation géographique unique, son mode de vie et un développement économique modéré. La région bénéficie d’une pollution atmosphérique relativement légère, d’un couvert végétal étendu et d’une qualité de l’air généralement bonne. Toutefois, l’exposition à de faibles concentrations de polluants reste un risque sanitaire. Cette étude explore la relation entre la prévalence de l’hypertension et quatre polluants atmosphériques majeurs—le dioxyde de soufre (SO2), le dioxyde d’azote (NO2), les PM2,5 et les PM10—dans le Guizhou.
Méthodes
Les concentrations mensuelles de SO2, NO2, PM2,5 et PM10 ont été collectées de janvier 2016 à décembre 2021 via le Rapport mensuel sur la qualité environnementale du Guizhou, publié par le Département de l’Écologie et de l’Environnement. Les villes étudiées incluaient Guiyang, Zunyi, Tongren, Bijie, Qiannan et Qianxinan. Les données sur le statut cardiovasculaire des résidents ont été obtenues via une enquête menée dans le cadre du projet « Enquête sur la prévalence des maladies cardiovasculaires importantes en Chine et recherche sur les technologies clés ». Au total, 13 476 sujets ont été inclus.
Les analyses statistiques ont été réalisées avec SPSS (version 25.0). Des tests du chi carré, des modèles de régression linéaire multiple et des analyses de régression logistique non conditionnelle ont été utilisés. Les modèles ont ajusté l’âge, le sexe, l’origine ethnique, le statut matrimonial, le niveau d’éducation, l’IMC et la saisonnalité. L’hypertension était définie par une pression artérielle systolique (PAS) ≥140 mmHg ou une pression diastolique (PAD) ≥90 mmHg. Les mois chauds (avril à octobre) et froids (novembre à mars) ont été définis sur la base de températures moyennes ≥16°C et <16°C.
Résultats
Parmi les 13 476 résidents, la prévalence de l’hypertension était de 25,9 % (3 488 cas). Des différences significatives ont été observées selon l’âge, le statut matrimonial, le niveau d’éducation, l’occupation, l’origine ethnique, la région et l’IMC. Les concentrations moyennes de PM2,5, PM10, SO2 et NO2 étaient respectivement de 32,65 µg/m³, 59,00 µg/m³, 24,98 µg/m³ et 21,48 µg/m³, toutes inférieures aux normes nationales de qualité de l’air. Les concentrations étaient plus élevées en saison froide, avec des pics en décembre pour les PM2,5 et PM10.
En saison chaude, les troisième et quatrième quartiles de NO2 étaient associés à une élévation de la PAS, avec des rapports de cotes (OR) de 3,55 (IC 95 % : 2,17–5,80) et 1,94 (1,17–3,21). Le troisième quartile de NO2 augmentait aussi le risque de PAD élevée (OR = 1,98 ; IC 95 % : 1,04–3,76). En saison froide, les deuxième et troisième quartiles de NO2 augmentaient le risque de PAS (OR = 1,51 [1,28–1,78] et 1,39 [1,21–1,59]) et de PAD (OR = 1,30 [1,02–1,65] et 1,39 [1,14–1,69]). Le deuxième quartile de SO2 était un facteur de risque pour la PAD (OR = 1,37 ; 1,05–1,76). Le deuxième quartile de PM2,5 augmentait le risque de PAS (OR = 1,25 ; 1,08–1,43), tandis que le quatrième quartile de PM2,5 augmentait celui de PAD (OR = 2,09 ; 1,64–2,65). Les tests de tendance ont indiqué un impact des variations de PM10 sur la PAS.
Discussion
La prévalence de l’hypertension dans le Guizhou (25,9 %) reflète des variations démographiques significatives. Les concentrations de polluants, bien que faibles, fluctuent saisonnièrement, en raison notamment du chauffage au charbon en hiver. Le NO2 et le SO2 ont un impact majeur en saison froide, tandis que les PM2,5 présentent un risque plus élevé que les PM10. Cette étude confirme que même de faibles concentrations de polluants augmentent le risque d’hypertension, soulignant la nécessité de mesures de contrôle renforcées.
Conclusion
Bien que le Guizhou bénéficie d’une qualité de l’air globalement bonne, les variations saisonnières des polluants influencent significativement la pression artérielle et la prévalence de l’hypertension. Comprendre les effets des faibles concentrations de polluants sur la santé cardiovasculaire est essentiel pour améliorer la santé publique dans cette région.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002949