Gestion systématique des grossesses gémellaires pour réduire les complications de la grossesse
Les grossesses gémellaires ont connu une augmentation significative au cours des dernières décennies, principalement en raison de l’utilisation croissante des techniques de procréation médicalement assistée. Cependant, ces grossesses sont associées à une morbidité et une mortalité infantiles élevées, ainsi qu’à diverses complications maternelles. L’obésité maternelle, en particulier, a été identifiée comme un facteur de risque majeur pour des issues défavorables telles que la pré-éclampsie, le diabète gestationnel (DG), l’accouchement prématuré et le retard de croissance fœtale. Cette étude vise à évaluer les bénéfices d’une gestion systématique des grossesses gémellaires, en se concentrant sur des modèles de gestion alimentaire et d’exercice physique similaires à ceux utilisés pour le DG, afin de réduire ces complications.
L’étude a analysé les données de toutes les grossesses gémellaires suivies à l’Hôpital international de la maternité et de la santé infantile de Shanghai (Chine) entre le 1er janvier 2013 et le 31 décembre 2017. La recherche a été approuvée par le comité d’éthique de l’hôpital, et tous les participants ont fourni un consentement éclairé écrit. Une clinique spécialisée pour les grossesses gémellaires a été mise en place mi-2014, offrant des conseils systématiques sur l’alimentation, l’activité physique, le contrôle pondéral, le sommeil et la santé mentale. Les recommandations pour le contrôle du poids suivaient les directives de l’Institute of Medicine de 2009.
La population étudiée incluait les grossesses gémellaires accouchées entre 2015 et 2017 (groupe d’intervention), tandis que celles accouchées entre 2013 et 2014 constituaient le groupe témoin. Les critères d’inclusion étaient un accouchement après 26 semaines de gestation, et les critères d’exclusion comprenaient un âge gestationnel inférieur à 26 semaines, une mortinaissance avant le travail et une réduction fœtale pour anomalies congénitales. Les complications gestationnelles ont été comparées entre les deux groupes pour évaluer les bénéfices de la gestion systématique.
Les données ont été analysées pour identifier les valeurs manquantes et extrêmes. Les statistiques descriptives ont présenté les nombres et pourcentages pour les variables catégorielles. Le gain pondéral prénatal a été exprimé en moyenne ± écart-type. Les différences d’âge et d’indice de masse corporelle (IMC) pré-gestationnel entre les groupes ont été évaluées par des tests t pour échantillons indépendants, et les tests du chi-carré ont été utilisés pour les résultats dichotomiques. Une régression logistique a permis de calculer le risque relatif (RR) et les intervalles de confiance à 95 % (IC 95 %). Toutes les analyses ont été réalisées avec le logiciel SPSS, avec un seuil de significativité de P < 0,05.
Après application des critères, 1994 grossesses gémellaires ont été incluses : 710 dans le groupe témoin et 1284 dans le groupe d’intervention. La gestion systématique a significativement réduit plusieurs complications maternelles. Par exemple, le taux d’accouchement prématuré chez les femmes obèses ou en surpoids était de 45,8 % dans le groupe d’intervention contre 73,6 % dans le groupe témoin (P < 0,01 ; RR : 2,965 ; IC 95 % : 1,84–4,79). Des baisses significatives ont également été observées pour l'hyperthyroïdie (3,8 % vs 2,3 % ; P < 0,05 ; RR : 1,711 ; IC 95 % : 1,01–2,91), l'anémie (22,5 % vs 17,8 % ; P < 0,05 ; RR : 1,347 ; IC 95 % : 1,07–1,69) et l'hémorragie postpartum (6,9 % vs 4,6 % ; P < 0,05 ; RR : 1,539 ; IC 95 % : 1,04–2,27).
Des tendances à la baisse non significatives ont été notées pour l’hypertension gestationnelle et le DG. Le plan de gestion reposait sur le concept de la grossesse comme événement diabétogène influencé par les hormones placentaires, le risque accru d’obésité morbide dans les grossesses gémellaires et l’importance de l’activité physique. La comorbidité obésité-DG a été identifiée comme un facteur pronostique critique. L’activité physique régulière a réduit le risque de DG sans augmenter le taux de prématurité, cohérent avec les méta-analyses antérieures. La gestion globale a permis de contrôler le poids maternel et de réduire l’incidence du DG et de l’hypertension gestationnelle chez les femmes obèses.
En conclusion, une gestion systématique des grossesses gémellaires, centrée sur l’alimentation, l’exercice et le contrôle pondéral, réduit significativement les complications maternelles et fœtales. Des études supplémentaires sont nécessaires pour affiner les recommandations pour ces grossesses à haut risque.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000808