Fonction motrice des membres supérieurs avant et après le test de ponction lombaire chez les patients atteints d’hydrocéphalie à pression normale idiopathique : une étude rétrospective
L’hydrocéphalie à pression normale idiopathique (iNPH) est un trouble neurologique caractérisé par une triade symptomatique : troubles de la marche, déficience cognitive et incontinence urinaire. Bien que les anomalies de la marche soient les manifestations les plus marquantes et précoces, les dysfonctionnements moteurs des membres supérieurs sont de plus en plus reconnus comme composantes de la maladie. Le test de ponction lombaire (TPL), impliquant le drainage de 30 à 50 mL de liquide cérébrospinal (LCS), est un outil diagnostique pour évaluer la réponse à la dérivation chez les patients iNPH. L’évaluation traditionnelle de la réponse au TPL repose principalement sur l’analyse post-procédurale de la marche, posant des défis pour les patients non ambulatoires. Cette étude explore l’utilité de deux tests psychométriques—le grooved pegboard test (GPT) et le symbol-digit modalities test (SDMT)—comme mesures objectives des changements moteurs et psychomoteurs des membres supérieurs après un TPL.
Conception de l’étude et population de patients
L’analyse rétrospective a inclus 65 patients diagnostiqués avec une iNPH possible selon les critères de 2005 et le consensus chinois. Les patients ont subi des évaluations cliniques complètes, incluant le mini-mental state examination (MMSE), le Montreal cognitive assessment (MoCA), un questionnaire sur les activités quotidiennes (ADL), et l’échelle iNPH Grading Scale (iNPHGS). Le TPL a été réalisé avec des évaluations pré- et post-procédurales à différents temps (base, 8h, 24h, 72h). Les critères d’exclusion principaux incluaient l’incapacité à réaliser les tests GPT/SDMT ou à tolérer le drainage.
La fonction des membres supérieurs a été évaluée via le GPT (coordination motrice fine) et le SDMT (vitesse de traitement psychomoteur). Un indice composite de vitesse visuomotrice, dérivé des scores Z moyens du GPT et du SDMT, a été calculé. La marche a été analysée via le timed up-and-go test (TUG), un test de marche de 10 mètres et des enregistrements vidéo.
Principaux résultats
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Démographie et caractéristiques de base
La cohorte comprenait 29 répondeurs et 36 non-répondeurs au TPL. Aucune différence significative n’a été observée dans l’âge, le sexe, la durée de la maladie ou les paramètres cognitifs. Cependant, les répondeurs présentaient de meilleurs scores ADL (78,5 vs. 67,0, P=0,02), suggérant une atteinte fonctionnelle plus légère. -
Améliorations motrices post-TPL
Les scores GPT et SDMT se sont significativement améliorés à 24h et 72h post-TPL (P<0,01). L’indice composite de vitesse visuomotrice a augmenté de 0,27 déviations standards (DS) à 24h et 0,33 DS à 72h. Ces améliorations corrélaient avec celles de la marche (TUG : r=0,32, P=0,02 ; nombre de pas sur 10 mètres : r=0,27, P=0,05). -
Différenciation des répondeurs
Les répondeurs ont montré une amélioration maximale plus élevée de l’indice composite (0,20 vs. 0,12, P=0,04) par rapport aux non-répondeurs. Les mesures isolées (GPT/SDMT) n’ont pas permis de différencier les groupes, soulignant l’intérêt de l’indice composite. -
Corrélations en imagerie par tenseur de diffusion (DTI)
L’analyse DTI chez 18 patients a révélé des associations entre la fonction motrice et l’intégrité de la substance blanche. Les performances au GPT corrélaient avec l’anisotropie fractionnelle (FA) dans la région périventriculaire antérieure droite (r=-0,57, P=0,01), tandis que le SDMT corrélaient avec la FA et la diffusivité moyenne (MD) dans les régions antérieures bilatérales (P<0,05). Ces résultats suggèrent que l’intégrité axonale des tractus frontaux sous-tend les améliorations post-TPL.
Implications cliniques
L’étude apporte un éclairage nouveau sur les dysfonctionnements des membres supérieurs dans l’iNPH et leur réactivité au TPL :
- Évaluation objective : Le GPT et le SDMT, combinés en indice composite, offrent des mesures quantifiables de la réponse au TPL, notamment chez les patients non ambulatoires.
- Mécanismes physiopathologiques : Les corrélations avec les paramètres DTI soulignent le rôle des lésions de la substance blanche périventriculaire.
- Chronologie des évaluations : Les améliorations maximales surviennent à 72h, suggérant d’étendre la surveillance post-TPL.
Limites et perspectives
Le design rétrospectif et la petite taille de la sous-cohorte DTI limitent la généralisation. Les études futures devraient valider ces résultats chez les patients sévèrement handicapés et explorer la valeur prédictive des tests moteurs pour les résultats de la dérivation.
En conclusion, cette étude valide l’utilisation des tests moteurs et psychomoteurs des membres supérieurs pour évaluer la réponse au TPL dans l’iNPH. Leur intégration en pratique clinique pourrait améliorer le diagnostic et élargir les opportunités thérapeutiques.
doi.org/10.1097/cm9.0000000000002962