Flambée et modification de l’activité de la maladie chez les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde stable après vaccination contre la maladie à coronavirus 2019 : une étude de cohorte prospective chinoise
Introduction
La pandémie mondiale de maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) a constitué un défi majeur de santé publique, et la vaccination a joué un rôle crucial dans le contrôle de sa propagation et la réduction des cas graves. Pour les patients atteints de pathologies chroniques comme la polyarthrite rhumatoïde (PR), la vaccination a été fortement recommandée par les principales organisations de rhumatologie, notamment la Ligue européenne contre le rhumatisme (EULAR) et l’American College of Rheumatology (ACR). Cependant, des inquiétudes persistent quant à l’impact potentiel de la vaccination COVID-19 sur l’activité de la maladie et le risque de poussée chez les patients atteints de PR. Des études antérieures ont suggéré que les poussées de PR post-vaccination sont rares, mais la plupart reposaient sur des résultats autodéclarés ou des dossiers médicaux électroniques plutôt que sur des évaluations cliniques directes. Cette étude visait à évaluer de manière plus définitive les effets de la vaccination COVID-19 sur l’activité de la maladie et les taux de poussée chez les patients atteints de PR via un design de cohorte prospective avec évaluations hospitalières.
Conception de l’étude et participants
Cette étude s’inscrit dans la cohorte Collaboratively intENsive Treat-to-target in RA (CENTRA), une cohorte prospective de PR établie en 2015 à l’hôpital universitaire de Pékin en Chine. Les patients atteints de PR en rémission ou avec une faible activité de la maladie entre le 1ᵉʳ janvier 2021 et le 31 janvier 2022 ont été inclus. Les patients ont été divisés en deux groupes selon leur statut vaccinal : un groupe vacciné (ayant reçu deux doses) et un groupe non vacciné. Les patients ayant reçu une seule dose ou perdus de vue ont été exclus.
Au total, 202 patients ont été inclus (104 vaccinés ; 98 non vaccinés). L’intervalle médian entre la visite pré-vaccinale et la première dose était de 67 jours, et de 83 jours entre la deuxième dose et la visite post-vaccinale. Les vaccins utilisés étaient des vaccins inactivés (Sinovac : 67,3 % ; Sinopharm : 26,0 %) et un vaccin sous-unitaire recombinant (Zhifei Longcom : 6,7 %).
Collecte des données et évaluations
Les données démographiques et cliniques (âge, sexe, durée de la maladie, comorbidités, tabagisme, traitements) ont été recueillies. L’activité de la maladie a été évaluée via le nombre d’articulations douloureuses (TJC28), gonflées (SJC28), l’évaluation globale par le patient (PGA) et l’évaluateur (EGA), la vitesse de sédimentation (VS) et la CRP. Les scores composites (DAS28-VS, DAS28-CRP, CDAI, SDAI) ont été calculés.
Une échographie a mesuré la synovite subclinique dans 22 articulations (poignets, métacarpophalangiennes, interphalangiennes proximales), selon la méthode Sukudlarek (scores Gray Scale [GS] et Power Doppler [PD] de 0 à 3 par articulation).
Critères de jugement principaux et secondaires
Le critère principal était le taux de poussée (défini par un DAS28-VS >3,2 avec une augmentation ≥0,6 [ΔDAS28]). Les critères secondaires incluaient les variations des scores d’activité et des synovites échographiques.
Résultats
Les caractéristiques initiales étaient comparables, sauf un âge légèrement inférieur dans le groupe vacciné (51,6 ± 14,0 ans vs 55,5 ± 13,0 ans ; P = 0,041). Aucune différence significative n’a été observée dans les scores d’activité, les traitements ou la séropositivité.
Dans le groupe vacciné, aucune variation significative des scores d’activité n’a été notée entre les visites pré- et post-vaccinales (DAS28-VS moyen : 2,13 ± 0,79 vs 2,19 ± 0,89 ; P > 0,05). Les scores échographiques (GS, PD) étaient également stables.
Le taux de poussée était de 4,8 % (5/104) chez les vaccinés vs 9,2 % (9/98) chez les non-vaccinés (P = 0,221). Les DAS28-VS lors des poussées étaient comparables (4,47 ± 0,65 vs 4,07 ± 0,57 ; P = 0,250). Toutes les poussées étaient mineures et contrôlées après ajustement thérapeutique.
En analyse multivariée, seul un DAS28-VS initial élevé était associé au risque de poussée (OR : 2,03 ; IC95 % : 1,11–3,70 ; P = 0,021). Le statut vaccinal n’était pas un facteur de risque.
Profil de sécurité
Parmi les 104 vaccinés, 29 (27,9 %) ont présenté des effets indésirables (EI) : 28 locaux (douleur au site d’injection) et 11 systémiques (fatigue, insomnie : 5,8 % ; éruption cutanée, céphalée : 2,9 %). Les EI étaient légers et spontanément résolutifs. Aucun EI grave n’a été signalé.
Discussion
Cette étude confirme que la vaccination COVID-19 n’affecte pas significativement l’activité de la PR ni n’augmente le risque de poussée chez les patients en rémission ou à faible activité. Le taux de poussée post-vaccinal (4,8 %) était similaire au groupe témoin (9,2 %), corroborant les données antérieures. L’activité résiduelle de la maladie (DAS28-VS initial élevé) reste le principal facteur prédictif de poussée.
Le profil de sécurité était rassurant, avec des EI principalement locaux et bénins. Ces résultats renforcent les recommandations vaccinales pour les patients atteints de PR stable.
Limites et forces
Les limites incluent la focalisation sur des patients à faible activité et le recrutement monocentrique. Les forces résident dans le design prospectif, les évaluations cliniques standardisées et la comparaison avec un groupe témoin non vacciné.
Conclusion
La vaccination COVID-19 est sûre et n’induit pas de poussée chez les patients atteints de PR stable. Le taux de vaccination dans cette cohorte (50,5 %) reste inférieur à la moyenne nationale chinoise, soulignant la nécessité de sensibiliser les patients et les cliniciens. Les médecins doivent encourager la vaccination chez ces patients pour prévenir les formes graves de COVID-19 sans craindre d’exacerbation de la PR.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002562