Facteurs responsables de l’hypertension inattendue lors du réveil après anesthésie générale
L’hypertension inattendue lors du réveil après anesthésie générale désigne une élévation aiguë et soudaine de la pression artérielle en postopératoire chez des patients ayant une pression artérielle préopératoire normale. Ce phénomène a historiquement reçu peu d’attention, ces patients étant considérés à faible risque. Cependant, non traitée, cette hypertension peut entraîner des complications graves, telles que la rupture d’anastomose vasculaire, des accidents cardiovasculaires ou cérébrovasculaires, impactant significativement le pronostic des patients. Peu d’études ont exploré les facteurs de risque associés à cette complication. Cette étude vise à identifier ces facteurs chez des patients adultes basée sur des données réelles d’un centre d’anesthésie en Chine orientale.
Matériel et méthodes
Cette étude rétrospective, approuvée par le comité d’éthique de l’hôpital Jinling (Université de Nanjing), a inclus des patients adultes opérés sous anesthésie générale entre septembre et octobre 2020. Les critères d’exclusion comprenaient des données incomplètes, un score NYHA ≥III, une réintervention sous 30 jours, un âge <18 ans, ou un score ASA ≥IV.
Les patients étaient divisés en deux groupes : cas (hypertension durant le réveil) et témoins. L’hypertension était définie par une pression artérielle préopératoire normale (PAS <140 mmHg, PAD <90 mmHg) et une augmentation ≥30 % de la pression maximale en salle de réveil (SRPA). Les données cliniques, recueillies via EpiData 3.1 avec contrôle qualité rigoureux, ont été analysées par régression logistique multivariée (SPSS 26.0).
Résultats
Sur 1078 patients, 245 (22,7 %) ont présenté une hypertension inattendue. Les facteurs de risque indépendants identifiés incluaient :
- Âge ≥65 ans (OR = 1,550 ; IC95 % : 1,087–2,210 ; p = 0,015)
- Sexe féminin (OR = 1,548 ; IC95 % : 1,149–2,086 ; p = 0,004)
- Hypertension peropératoire (OR = 1,419 ; IC95 % : 1,035–1,947 ; p = 0,030)
- Analgésiques supplémentaires en SRPA (OR = 2,221 ; IC95 % : 1,088–4,533 ; p = 0,028)
- Propofol supplémentaire en SRPA (OR = 1,630 ; IC95 % : 1,147–2,317 ; p = 0,006)
L’utilisation peropératoire de dexmedetomidine était protectrice (OR = 0,992 ; IC95 % : 0,987–0,998 ; p = 0,011). Les patients hypertendus avaient un séjour prolongé en SRPA (103 vs. 97 minutes) et un risque accru d’extubation retardée (26,1 % vs. 19,8 %).
Discussion
Les patients âgés présentent une réactivité vasculaire réduite, augmentant leur vulnérabilité aux variations tensionnelles. Le risque accru chez les femmes pourrait être lié à des facteurs hormonaux post-ménopausiques. L’hypertension peropératoire, modifiable, aggrave l’instabilité hémodynamique postopératoire. La dexmedetomidine, par son action anti-sympathique et sédative, atténue ces variations.
La douleur et l’agitation postopératoires, reflétées par l’usage d’analgésiques ou de propofol supplémentaires, exacerbent l’activité sympathique. Ces résultats soulignent l’importance d’une analgésie peropératoire optimale et d’une gestion proactive de l’agitation.
Conclusion
Cette étude identifie l’âge avancé, le sexe féminin, l’hypertension peropératoire, la douleur et l’agitation postopératoires comme facteurs de risque d’hypertension inattendue. La dexmedetomidine peropératoire émerge comme un facteur protecteur. Ces données appellent à une optimisation de la prise en charge périopératoire pour réduire les complications cardiovasculaires postopératoires.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002809