Facteurs influençant l’adhésion aux anticoagulants oraux non antagonistes de la vitamine K en période précoce après l’ablation par cathéter de la fibrillation auriculaire en Chine
Résumé
La fibrillation auriculaire (FA) est une arythmie cardiaque fréquente associée à un risque accru d’événements thromboemboliques, notamment d’accident vasculaire cérébral. L’ablation par cathéter est un traitement largement utilisé pour la FA, et une anticoagulothérapie est systématiquement prescrite dans les semaines suivant l’intervention pour réduire le risque thromboembolique. Les anticoagulants oraux non antagonistes de la vitamine K (NOACs) sont privilégiés par rapport à la warfarine en raison de leur meilleur profil de sécurité, de leurs interactions médicamenteuses réduites et de l’absence de nécessité de surveillance sanguine régulière. Cependant, l’absence de suivi médical systématique avec les NOACs peut entraîner une mauvaise adhésion, cruciale pour l’efficacité et la sécurité. Cette étude visait à évaluer l’adhésion aux NOACs en période précoce après l’ablation de la FA en Chine et à identifier les facteurs influençant cette adhésion.
Méthodologie
Cette étude observationnelle rétrospective monocentrique a été menée entre septembre 2018 et janvier 2019. Les critères d’inclusion étaient : âge ≥ 18 ans, diagnostic de FA confirmé par électrocardiogramme avant l’ablation, ablation réalisée lors de l’hospitalisation en cours, et prescription de NOACs à la sortie avec une durée de traitement ≥ 3 mois. Les critères d’exclusion comprenaient : prescription de NOACs pour d’autres indications, participation à une autre étude clinique, suspension des NOACs sur instruction médicale dans les trois mois post-ablation, ou incapacité à comprendre l’étude.
Les données démographiques, les antécédents médicaux, les paramètres biochimiques et les facteurs psychologiques (dépression, anxiété) ont été recueillis dans les 24 heures suivant l’admission. L’Échelle d’auto-évaluation de la dépression (SDS) et de l’anxiété (SAS) ont été utilisées, avec un seuil de 50 pour identifier dépression ou anxiété. L’adhésion aux NOACs a été évaluée via le Morisky Medication Adherence Scale (MMAS-8), un score de 6–8 indiquant une adhésion adéquate. Les connaissances sur l’anticoagulothérapie ont été mesurées via l’Anticoagulation Knowledge Tool (AKT).
Résultats
Sur 373 patients évalués, 332 ont été inclus. L’âge moyen était de 59,2 ans (41,4 % de femmes). Au total, 70,2 % présentaient une adhésion adéquate aux NOACs. Les patients avec une adhésion inadéquate étaient plus jeunes (57,4 vs 60,1 ans), avaient des scores SDS plus élevés (dépression) et des scores SAS plus bas (anxiété réduite). Une récidive de FA était plus fréquente dans le groupe avec adhésion adéquate (31,3 % vs 16,2 %).
En analyse univariée, les facteurs associés à une adhésion adéquate étaient : âge > 50 ans, statut d’emploi, vie solitaire, utilisation d’aides à l’adhésion (alarmes, boîtes de tri des comprimés, rappels par autrui), anxiété et récidive de FA. En régression logistique multivariée, l’utilisation d’une boîte de tri (OR = 3,22), les rappels par autrui (OR = 3,02), l’anxiété (OR = 2,16) et la récidive de FA (OR = 2,16) étaient des prédicteurs indépendants d’adhésion adéquate.
Discussion
L’étude souligne le rôle clé des aides à l’adhésion (boîtes de tri, rappels) et de l’anxiété dans l’amélioration de l’observance. La relation positive entre anxiété et adhésion pourrait s’expliquer par la crainte des événements thromboemboliques. La récidive de FA favorise également l’adhésion, probablement par perception accrue du risque, contrairement aux patients en rythme sinusal qui pourraient interrompre prématurément le traitement.
Limites
Les limites incluent une adhésion auto-déclarée (risque de surestimation), des facteurs non exhaustifs et un design monocentrique. Des études prospectives multicentriques sont nécessaires.
Conclusion
Optimiser l’adhésion aux NOACs après ablation de la FA requiert des stratégies combinant aides matérielles, soutien psychosocial et éducation sur la nécessité de poursuivre l’anticoagulation malgré la récupération du rythme sinusal. Ces mesures sont essentielles pour réduire le risque thromboembolique dans cette population.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001000