Évolution de l’indice de perfusion périphérique chez les nourrissons TFPN

Évolution de l’indice de perfusion périphérique dans les 72 premières heures de vie chez une cohorte de nourrissons de très faible poids de naissance

L’indice de perfusion périphérique (IPP), une mesure dérivée de l’oxymétrie de pouls, reflète le rapport entre le flux sanguin pulsatile et non pulsatile dans les tissus périphériques. Ce paramètre continu et non invasif est apparu comme un outil potentiel pour la détection précoce de l’hypoperfusion chez les nouveau-nés en état critique, en particulier les prématurés. Chez les nourrissons de très faible poids de naissance (TFPN) (poids de naissance <1500 g), l'instabilité hémodynamique pendant la période de transition pose des défis cliniques importants. Cependant, les valeurs normales de l'IPP pour cette population vulnérable restent mal définies, en particulier dans les 72 premières heures critiques de vie. Cette étude visait à établir la trajectoire des valeurs de l'IPP chez les nourrissons TFPN pendant cette période et à identifier les facteurs influençant la dynamique de perfusion.


Méthodologie

Conception de l’étude et population

Une étude de cohorte prospective a été menée de janvier 2018 à décembre 2019 dans une unité de soins intensifs néonatals (USIN) de niveau III d’un hôpital pédiatrique tertiaire. Tous les nourrissons TFPN admis à l’USIN dans les 72 heures suivant la naissance étaient éligibles à l’inclusion. Les critères d’exclusion comprenaient une hypothermie sévère (<32°C), une septicémie, des malformations congénitales (par exemple, une cardiopathie congénitale), un canal artériel persistant >2 mm, des conditions chirurgicales, une chorioamnionite maternelle et les nourrissons recevant des prostaglandines ou des médicaments vasoactifs. La cohorte finale comprenait 180 nourrissons avec un âge gestationnel (AG) moyen de 28,9 semaines (écart-type [ET] : 1,7 semaines) et un poids de naissance moyen de 1174,2 g (ET : 219,9 g).

Protocole de mesure

L’IPP a été mesuré à l’aide d’un oxymètre de pouls Masimo Radical 7 (Masimo Corp, Irvine, CA, États-Unis). Les valeurs de l’IPP pré-ductal (main droite) et post-ductal (membres inférieurs) ont été enregistrées à trois intervalles : 0–24 h, 24–48 h et 48–72 h post-partum. Chaque mesure impliquait une stabilisation de la sonde pendant 30 secondes, suivie de cinq lectures consécutives moyennées pour obtenir la valeur finale. Les données supplémentaires collectées comprenaient la température corporelle, la fréquence cardiaque, la fraction d’oxygène inspiré (FiO2), la position (décubitus dorsal, ventral, latéral) et le mode de ventilation (pression positive continue [CPAP], ventilation mécanique conventionnelle [CMV], etc.).

Analyse statistique

Les données ont été analysées à l’aide de Stata 16.0. Les variables continues ont été rapportées sous forme de moyennes (±ET) ou de médianes (intervalles interquartiles, IIQ), tandis que les variables catégorielles ont été exprimées en fréquences. La corrélation de Spearman a évalué les associations entre les valeurs de l’IPP à différents moments. Des modèles linéaires mixtes ont évalué l’effet du temps postnatal sur les trajectoires de l’IPP, en ajustant pour des covariables telles que la température, la position et la ventilation. Les ratios de moyennes géométriques (RMG) avec des intervalles de confiance (IC) à 95 % ont quantifié les changements de l’IPP par heure postnatale supplémentaire. Les associations entre l’IPP et les résultats cliniques (infection, mortalité) ont été analysées à l’aide de régressions de Poisson et logistiques.


Principaux résultats

Trajectoire de l’IPP dans les 72 premières heures

Parmi 501 mesures provenant de 180 nourrissons, les valeurs médianes de l’IPP pré-ductal et post-ductal étaient de 2,2 % (IIQ : 1,5 %–3,1 %) et 2,0 % (IIQ : 1,4 %–3,0 %), respectivement. L’IPP pré-ductal et post-ductal a augmenté au fil du temps, bien que seule l’augmentation de l’IPP post-ductal ait atteint une signification statistique (Tableau 1). L’IPP post-ductal est passé de 1,8 % (±1,7 %) à 0–24 h à 2,2 % (±1,7 %) à 48–72 h (P = 0,013). L’IPP pré-ductal a montré une tendance à la hausse non significative de 2,0 % (±1,9 %) à 2,3 % (±1,7 %) (P = 0,056).

Tableau 1 : Tendances longitudinales de l’IPP et des paramètres cliniques Paramètre 0–24 h (n=141) 24–48 h (n=180) 48–72 h (n=180) P Valeur
Âge postnatal (h) 22,0 (2,0–24,0) 45,0 (25,0–48,0) 69,0 (49,0–72,0) <0,001
Température (°C) 36,5 ± 0,4 36,6 ± 0,4 36,5 ± 0,3 0,59
Fréquence cardiaque (battements/min) 149,1 ± 13,2 153,3 ± 13,2 155,6 ± 13,3 <0,001
IPP pré-ductal (%) 2,0 ± 1,9 2,3 ± 1,8 2,3 ± 1,7 0,056
IPP post-ductal (%) 1,8 ± 1,7 2,1 ± 1,8 2,2 ± 1,7 0,013

Facteurs influençant les valeurs de l’IPP

IPP pré-ductal

La température corporelle et la position du nourrisson ont significativement affecté l’IPP pré-ductal. La position latérale a augmenté l’IPP pré-ductal de 14 % par rapport à la position dorsale (RMG : 1,14, IC 95 % : 1,01–1,30). Chaque augmentation de 1°C de la température a augmenté l’IPP pré-ductal de 18 % (RMG : 1,18, IC 95 % : 1,04–1,33). Le mode de ventilation n’a eu aucun impact significatif.

IPP post-ductal

L’âge postnatal était le prédicteur le plus fort de l’IPP post-ductal (RMG : 1,004 par heure, IC 95 % : 1,001–1,006). Sur 24 heures, l’IPP post-ductal a augmenté de 15 % (24–48 h) et de 19 % (48–72 h). L’âge gestationnel et le poids de naissance étaient également corrélés à des valeurs plus élevées de l’IPP post-ductal (P < 0,05).

Corrélations cliniques

Les valeurs de l’IPP n’ont montré aucune association significative avec l’infection (septicémie, méningite) ou la mortalité. Après ajustement pour l’AG, le poids de naissance et la température, ni l’IPP pré-ductal ni post-ductal n’ont prédit des résultats indésirables dans cette cohorte.


Discussion

Adaptation hémodynamique chez les nourrissons TFPN

L’augmentation progressive de l’IPP au cours des 72 heures reflète probablement une amélioration de la stabilité hémodynamique à mesure que les nourrissons s’adaptent à la vie extra-utérine. La naissance prématurée perturbe la circulation de transition, caractérisée par une fonction cardiaque immature et une résistance vasculaire systémique fluctuante. L’augmentation observée de l’IPP post-ductal suggère une perfusion périphérique améliorée à mesure que le débit sanguin systémique se stabilise. Cela correspond aux études antérieures montrant que l’IPP est corrélé au débit cardiaque et au tonus vasculaire périphérique chez les nouveau-nés.

Implications cliniques de la surveillance de l’IPP

La sensibilité de l’IPP à la température et à la position souligne la nécessité de protocoles de mesure standardisés. Par exemple, la position latérale peut artificiellement augmenter l’IPP en raison d’une vasodilatation localisée, masquant potentiellement les déficits réels de perfusion. Les cliniciens doivent tenir compte de ces facteurs lors de l’interprétation des tendances de l’IPP. De plus, l’absence d’association entre l’IPP et les résultats à court terme met en évidence son rôle comme indicateur dynamique plutôt que pronostique chez les nourrissons TFPN stables.

Limites et orientations futures

La conception monocentrique de cette étude et l’exclusion des nourrissons en état critique limitent la généralisabilité. Les recherches futures devraient explorer l’IPP dans des sous-groupes à haut risque (par exemple, les nourrissons atteints de septicémie ou de shunts hémodynamiquement significatifs) et valider ces résultats dans des cohortes multicentriques plus larges. Des études longitudinales évaluant l’utilité de l’IPP pour guider les interventions (par exemple, la réanimation liquidienne) sont justifiées.


Conclusion

Chez les nourrissons TFPN, l’indice de perfusion périphérique augmente progressivement au cours des 72 premières heures de vie, influencé par l’âge postnatal, la température corporelle et la position. Ces résultats établissent des données normatives pour l’IPP dans cette population et soulignent l’importance de contextualiser les valeurs de l’IPP dans les paramètres cliniques et environnementaux. Bien que l’IPP seul ne prédise pas l’infection ou la mortalité, sa surveillance en temps réel offre une fenêtre non invasive sur l’évolution hémodynamique pendant la période critique de transition.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002030

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