Évaluation de l’ADN tumoral circulant comme biomarqueur des tumeurs gynécologiques
L’ADN tumoral circulant (ADNtc), correspondant à des fragments d’ADN libérés dans le sang par des cellules tumorales apoptotiques ou nécrotiques, représente un biomarqueur prometteur en oncologie gynécologique. Porteur d’informations génétiques reflétant les mutations tumorales, l’ADNtc permet d’évaluer la taille, le développement et la progression tumorale. Son analyse offre une méthode non invasive pour surveiller la récidive, la réponse thérapeutique et l’évolution du cancer. Cependant, son isolation et son analyse restent complexes en raison de sa faible concentration, de la présence d’ADN libre (ADNlc) et de variabilités interindividuelles. Des techniques avancées comme la PCR à système de mutation réfractaire à l’amplification (ARMS-PCR), la PCR digitale (dPCR) et le séquençage à haut débit (NGS) ont été développées. La dPCR, permettant une quantification absolue de l’ADN monocaténaire, s’impose comme un outil fiable pour le suivi clinique des récidives et de la maladie résiduelle minimale.
Cancer du sein et ADNtc
Le cancer du sein, l’une des tumeurs gynécologiques les plus fréquentes, présente souvent des symptômes cliniques non spécifiques aux stades précoces. En 2015, Olsson et al. ont étudié 20 patientes en postopératoire, démontrant que l’ADNtc présentait une spécificité de 100 % et une sensibilité de 93 % pour prédire les récidives. Dans 86 % des cas, l’ADNtc a détecté la récidive en moyenne 11 mois avant l’imagerie. Saliou et al. ont ciblé la mutation du gène PIK3CA, fréquente dans le cancer du sein, et observé une détection tumorale plus précoce par l’ADNtc qu’après chirurgie, avec une concordance de 93 % avec les prélèvements préopératoires. Riva et al., utilisant la PCR digitale en gouttelettes (ddPCR) pour suivre les mutations TP53 durant la chimiothérapie néoadjuvante, ont associé une diminution de l’ADNtc à une efficacité clinique significative. L’absence d’ADNtc postopératoire corrélait à un meilleur pronostic, contrairement à son élévation.
Cancer du sein triple négatif (TNBC)
Le TNBC, sous-type agressif avec un taux élevé de récidive, a été étudié chez 50 patientes sous traitement néoadjuvant (TNA). L’analyse par NGS et ddPCR des mutations TP53 dans l’ADNtc et les tissus a révélé que l’augmentation de l’ADNtc était associée à une progression tumorale sous chimiothérapie, indiquant un mauvais pronostic. Une étude similaire sur 40 patientes non métastatiques a confirmé le rôle de l’ADNtc dans le suivi dynamique et la prédiction des récidives précoces.
Cancer de l’ovaire et ADNtc
Le dépistage précoce du cancer de l’ovaire, dont la survie à 5 ans atteint 90 % aux stades initiaux contre 20 % aux stades avancés, pourrait bénéficier de l’ADNtc. Bettegowda et al. ont identifié des mutations dans des gènes de la voie MAP kinase chez 96 % des 640 patientes étudiées, suggérant l’utilité de l’ADNtc pour le diagnostic et le choix des chimiothérapies. Phallen et al. ont détecté des mutations somatiques dans 68 % des tissus de cancers ovariens précoces, avec une forte concordance tissu-ADNtc. Zhang et al. ont observé des niveaux élevés de fragments Alu et un indice d’intégrité accru dans l’ADNtc de 48 patientes atteintes de cancer ovarien, proposant ces paramètres comme biomarqueurs diagnostiques.
Dans les tumeurs des cellules granulaires de l’ovaire (AGCT), Farkkila et al. ont identifié des mutations du gène FOXL2 dans le plasma de 36 % des 33 patientes, validant l’ADNtc comme outil diagnostique. Les mutations BRCA1/2 et TP53, fréquentes dans le cancer ovarien, ont été étudiées par Ratajska et al., qui ont noté une survie sans progression plus longue chez les patientes sans mutation résiduelle. Kim et al. ont corrélé le nombre d’allèles mutants TP53 (TP53MAC) dans l’ADNtc à la réduction tumorale chirurgicale et au pronostic, confirmant son utilité pour le suivi thérapeutique.
Cancer du col utérin et ADNtc
Liao et al. (2019) ont comparé l’ADNtc plasmatique de 188 patientes atteintes de cancer du col à 200 témoins. La concentration d’ADNtc était significativement plus élevée chez les patientes (15,76 ± 3,18 ng/mL vs 7,82 ± 1,63 ng/mL), avec des variations selon le grade histologique, la profondeur d’infiltration, le statut ganglionnaire et le stade FIGO. Ces résultats positionnent l’ADNtc comme biomarqueur pronostique et d’évaluation de la gravité tumorale.
Cancer de l’endomètre et ADNtc
Huang et Zhang ont rapporté une sensibilité comparable à l’antigène CA-125 mais une spécificité supérieure de l’ADNtc pour le diagnostic du cancer de l’endomètre. La disparition postopératoire de l’ADNtc était corrélée à un meilleur pronostic : les patientes avec un ADNtc >10 copies/mL après chirurgie sont toutes décédées, contrairement à celles sans ADNtc détectable. Cependant, les niveaux préopératoires ne prédisaient pas la survie.
Conclusion
L’ADNtc constitue une approche non invasive pour le diagnostic, le pronostic et le suivi thérapeutique des tumeurs gynécologiques. Bien que son utilisation clinique nécessite une standardisation, les méthodes comme la dPCR et le NGS améliorent sa sensibilité et sa spécificité. Son intégration dans la pratique clinique devrait favoriser une médecine personnalisée, améliorant la prise en charge des patientes. Avec les avancées en cours, l’ADNtc pourrait devenir un biomarqueur standard, transformant la gestion des cancers gynécologiques.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001140