Évaluation de la sévérité de la bronchectasie pour prédire la réadmission hospitalière : une étude de cohorte prospective monocentrique
La bronchectasie est une pathologie respiratoire chronique caractérisée par une toux récurrente, une production d’expectorations et des infections respiratoires. Récemment, la gestion de la bronchectasie a été optimisée grâce à un suivi régulier pour identifier la progression de la maladie et ajuster les traitements. Trois systèmes de scores composites spécifiques — l’Indice de Sévérité de la Bronchectasie (BSI), FACED et E-FACED — ont été développés pour évaluer la sévérité et le pronostic, classant les patients en groupes à risque faible, modéré ou élevé. Le BSI s’est avéré supérieur pour prédire la mortalité, les exacerbations, la qualité de vie, les symptômes respiratoires, la distance au test de marche de 6 minutes et le déclin de la fonction pulmonaire. Les recommandations 2019 de la British Thoracic Society (BTS) soulignent l’utilisation du BSI et du FACED pour prédire la mortalité et guider la prise en charge. Cependant, peu d’études ont évalué leur capacité à prédire la réadmission hospitalière. Cette étude compare l’efficacité prédictive du BSI, du FACED et de l’E-FACED pour ce critère.
Méthodologie
Cette étude prospective a inclus des patients atteints de bronchectasie admis à l’Hôpital Chaoyang de Pékin entre avril et novembre 2017, suivis pendant 12 mois post-sortie. Le diagnostic reposait sur les critères BTS en tomodensitométrie haute résolution (TDM-HR) : ratio broncho-artériel >1, absence de rétrécissement bronchique périphérique, ou visibilité des voies aériennes à 1 cm de la plèvre costale. Les critères d’exclusion étaient l’âge <14 ans, les cancers, la mucoviscidose, la tuberculose active, les troubles immunitaires ou l’incapacité à participer au suivi.
Une exacerbation était définie par la nécessité d’antibiotiques pour une détérioration aiguë, accompagnée de symptômes respiratoires aggravés. Les données initiales incluaient l’anthropométrie, les symptômes, les antécédents d’hospitalisation, les résultats radiographiques, la fonction pulmonaire, la colonisation bactérienne et les paramètres nécessaires aux scores. Le suivi, réalisé par téléphone ou entretien tous les deux mois, a documenté les réadmissions pour exacerbation.
Analyse statistique
Les données quantitatives sont exprimées en moyennes ± écarts-types ou médianes (écarts interquartiles), et les variables qualitatives en effectifs (pourcentages). Les tests du Chi², de Fisher et des rangs signés ont été utilisés. Les courbes ROC ont évalué la performance prédictive des scores, comparées par le test de DeLong (correction de Bonferroni, seuil de significativité à 0,05).
Résultats
Sur 168 patients recrutés, 148 ont été inclus (taux d’abandon : 11,9 %). Les caractéristiques initiales sont résumées dans le Tableau 1. Parmi eux, 37,8 % ont été réhospitalisés (médiane : 115,5 jours). Le groupe réhospitalisé présentait des proportions significativement plus élevées d’hommes, d’âge avancé, de toux, d’expectorations, de score mMRC, de lobes atteints, d’exacerbations et d’hospitalisations antérieures. Le VEMS (%) et l’IMC étaient plus bas dans ce groupe. Une colonisation à P. aeruginosa était observée chez 10,7 % des réhospitalisés contre 4,3 % chez les non-réhospitalisés (p=0,139).
Les aires sous les courbes (AUC) étaient : BSI 0,857, E-FACED 0,811, FACED 0,760. Le BSI s’est révélé le plus performant (p<0,05). Les analyses par sous-groupes (âge, sexe) n’ont pas montré de différences significatives des AUC. Les seuils optimaux pour prédire la réadmission étaient : BSI ≥6,5 (sensibilité 89,3 %, spécificité 82,7 %), E-FACED ≥3,5 (81,1 %/76,3 %), FACED ≥2,5 (75,7 %/71,4 %).
Discussion
La supériorité du BSI pourrait s’expliquer par son inclusion des antécédents d’exacerbations et d’hospitalisations, facteurs prédictifs majeurs de mortalité. Les patients réhospitalisés avaient un nombre médian d’exacerbations antérieures plus élevé (p=0,045) et davantage d’hospitalisations récentes (p<0,001). Le nombre de lobes atteints (≥3 pour le BSI vs ≥2 pour FACED/E-FACED) était également plus élevé chez les réhospitalisés, soutenant la pertinence du BSI.
La colonisation à P. aeruginosa, associée à un risque accru d’exacerbations et de pronostics défavorables, était plus fréquente chez les réhospitalisés, bien que non significative. Ces résultats concordent avec la littérature.
Conclusion
Cette étude prospective monocentrique démontre que le BSI, l’E-FACED et le FACED permettent de prédire le risque de réadmission, avec une supériorité du BSI. Une validation externe et des études multicentriques de plus grande envergure sont nécessaires pour affiner ces outils ou en développer de nouveaux. L’application de scores multidimensionnels pourrait optimiser le suivi et la prise en charge de la bronchectasie.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001051