Épidémie de cancer de l’estomac en Chine continentale : tendances et projections

Épidémie de cancer de l’estomac en Chine continentale : tendances actuelles et projections futures

Le cancer de l’estomac demeure un défi majeur de santé publique en Chine, représentant près de la moitié du fardeau mondial de la maladie. Sur les trois dernières décennies, les tendances d’incidence et de mortalité ont montré des différences marquées selon le sexe, influencées par les transitions démographiques, l’évolution des facteurs de risque et les progrès médicaux. Cette analyse, fondée sur les données de l’étude Global Burden of Diseases 2019 et les projections des United Nations World Population Prospects 2019, utilise un modèle âge-période-cohorte (APC) et une analyse de décomposition pour élucider les tendances historiques et prédire l’évolution du cancer gastrique en Chine continentale jusqu’en 2030.

Tendances historiques de l’incidence et de la mortalité

Entre 1990 et 2019, le taux d’incidence standardisé selon l’âge a divergé entre les sexes. Pour les hommes, la « dérive nette » (mesure du changement annuel en pourcentage) était de 0,2 % (intervalle de confiance à 95 % [IC] : 0 à 0,4 %), indiquant une légère hausse. À l’inverse, les femmes ont connu une dérive nette de -1,8 % (IC : -2,0 % à -1,6 %), reflétant un déclin régulier. La mortalité a diminué pour les deux sexes, avec des dérives nettes de -1,6 % (IC : -1,8 % à -1,3 %) chez les hommes et -3,3 % (IC : -3,5 % à -3,1 %) chez les femmes.

L’analyse par âge (dérive locale) a révélé des schémas critiques. Chez les hommes, l’incidence a augmenté chez les jeunes (20–34 ans) et les âgés (80–89 ans), tout en diminuant pour les 45–59 ans. Les femmes ont vu l’incidence reculer dans la plupart des groupes d’âge (25–84 ans). La mortalité a baissé uniformément chez les femmes (20–89 ans) et chez les hommes de 30–84 ans.

Courbes d’âge longitudinales et profils de risque

Les courbes d’âge longitudinales, ajustées pour les effets de période, montrent une augmentation exponentielle du risque avec l’âge. Pour les deux sexes, les taux d’incidence et de mortalité sont minimaux entre 20–24 ans et croissent ensuite. Les hommes présentent des taux systématiquement plus élevés. À 85–89 ans, l’incidence culmine à 245,7 pour 100 000 hommes contre 79,6 pour 100 000 femmes. La mortalité suit une tendance similaire, avec un ratio homme/femme de 2–3.

Effets de période et de cohorte

Les effets de période (influences externes comme les politiques sanitaires) ont entraîné un déclin significatif de l’incidence et de la mortalité. Pour l’incidence, les ratios de risque (RR) ont chuté de 1,26 (IC : 1,19–1,34) en 1990–1994 à 0,78 (IC : 0,72–0,85) en 2015–2019 chez les femmes, et de 1,05 (IC : 1,01–1,09) à 0,95 (IC : 0,90–1,01) chez les hommes. La mortalité a suivi, avec des RR tombant à 0,62 (IC : 0,58–0,66) pour les femmes et 0,75 (IC : 0,71–0,79) pour les hommes en 2015–2019.

Les effets de cohorte (expositions à vie) révèlent une hausse des risques chez les jeunes générations. Les hommes nés après 1970 et les femmes après 1985 présentent des RR d’incidence supérieurs. Par exemple, les hommes nés en 1995–1999 ont un RR de 1,24 (IC : 1,07–1,43) par rapport à la cohorte 1950–1954. La mortalité, en revanche, diminue grâce aux progrès thérapeutiques.

Projections pour 2030

Les modèles Bayésiens APC prévoient une hausse de 7,4 % de l’incidence chez les hommes (de 50,4 à 54,1 pour 100 000) et une baisse de 7,2 % chez les femmes (17,0 à 15,8 pour 100 000) d’ici 2030. La mortalité devrait reculer de 16,0 % pour les hommes (49,1 à 41,3) et 22,6 % pour les femmes (18,5 à 14,3).

Malgré ces tendances, le vieillissement et la croissance démographique augmenteront le nombre absolu de cas. Les cas incidents devraient croître de 18,3 % (IC : 10,5–26,1 %) chez les hommes et 7,9 % (IC : 0,2–15,6 %) chez les femmes entre 2019 et 2030. L’analyse de décomposition attribue 65–70 % de cette hausse au vieillissement, 20–25 % à la démographie et 5–15 % aux variations des taux par âge.

Transition démographique

La part des cas et décès chez les ≥65 ans passera de 62,4 % et 68,9 % en 2019 à 71,2 % et 76,8 % en 2030. Ce vieillissement exige des interventions ciblées, notamment pour améliorer le dépistage précoce dans cette population vulnérable.

Facteurs explicatifs

Les divergences entre sexes reflètent des expositions différenciées aux facteurs de risque. La baisse des infections à Helicobacter pylori (de 58,3 % en 1983–1994 à 40,0 % en 2015–2019), l’amélioration de la conservation des aliments et la consommation accrue de légumes ont réduit les cancers non cardiaques, surtout chez les femmes. Cependant, l’alcool, le tabagisme et l’obésité croissants chez les hommes atténuent ces gains.

La baisse de la mortalité s’explique par le dépistage précoce et les traitements. Les programmes nationaux, notamment en zones rurales (2,6 millions d’endoscopies réalisées d’ici 2021), ont permis de diagnostiquer 70 % des cancers à un stade précoce.

Disparités régionales et enjeux politiques

Les variations provinciales de mortalité (facteur 3) persistent, nécessitant des interventions adaptées aux régions à haut risque (régimes riches en sodium, accès limité aux soins). L’éradication d’H. pylori, la lutte contre le tabagisme et la promotion du dépistage restent prioritaires.

Conclusion

L’épidémie de cancer gastrique en Chine se trouve à un carrefour. Si la mortalité diminue, la hausse de l’incidence chez les hommes – portée par le vieillissement et les risques comportementaux – exigera d’adapter les systèmes de santé aux personnes âgées. Une intensification du dépistage, des stratégies préventives ciblées et des politiques contre les facteurs modifiables (notamment chez les jeunes hommes) sont essentielles pour atténuer ce fardeau croissant.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002993

Laisser un commentaire 0

Your email address will not be published. Required fields are marked *