Enquête Asie-Pacifique sur les médecins concernant l’asthme et la rhinite allergique (ASPAIR) : Données de la Chine

Enquête Asie-Pacifique sur les médecins concernant l’asthme et la rhinite allergique (ASPAIR) : Données de la Chine

L’urbanisation et l’industrialisation rapides de la Chine ont entraîné une transition significative dans le fardeau des maladies, les maladies non transmissibles (MNT) représentant environ 80 % des décès. Parmi celles-ci, les pathologies respiratoires telles que l’asthme et la rhinite allergique (RA) ont connu une augmentation marquée de leur prévalence au cours de la dernière décennie, probablement influencées par des facteurs environnementaux comme la pollution atmosphérique et les changements de modes de vie. L’étude ASPAIR, menée dans six pays d’Asie-Pacifique, visait à évaluer les connaissances, les perceptions et les pratiques cliniques des médecins concernant la coexistence de l’asthme et de la RA. Cette analyse se concentre sur les données de la Chine, offrant un éclairage sur les défis et opportunités dans la prise en charge de ces pathologies interconnectées.

Conception de l’étude et méthodologie

L’étude ASPAIR en Chine a adopté un design transversal, incluant des entretiens avec 200 médecins généralistes et pédiatres exerçant dans des hôpitaux de cinq grandes villes : Pékin, Chengdu, Guangzhou, Shanghai et Wuhan. Ces villes ont été choisies pour représenter des régions géographiques diversifiées (nord, sud, est, ouest, centre-sud) et des niveaux hospitaliers (niveau 1 : communautaire, niveau 2 : de district, niveau 3 : provincial/urbain). Les médecins interrogés devaient prendre en charge au moins dix patients asthmatiques par mois. Les entretiens, réalisés en face-à-face en mandarin ou en cantonais, ont utilisé des questionnaires structurés pour évaluer les croyances, les pratiques diagnostiques, les schémas thérapeutiques et l’adhésion aux recommandations telles que Allergic Rhinitis and Its Impact on Asthma (ARIA) et Global Initiative for Asthma (GINA).

Caractéristiques démographiques et pratiques des médecins

La majorité des médecins interrogés étaient âgés de 35 à 54 ans (78 %), avec une expérience clinique médiane de 20 ans. Les femmes représentaient 66 % de l’échantillon. La plupart exerçaient dans des hôpitaux publics (98 %), dont 50 % dans des établissements de niveau 3. Les médecins déclaraient suivre médianement 80 patients asthmatiques et 60 patients atteints de RA par mois, les pédiatres prenant principalement en charge des enfants de moins de 12 ans. Près de 90 % avaient suivi une formation continue sur la gestion de l’asthme, et 72 % sur celle de la RA.

Fardeau de la coexistence asthme-RA

Les médecins estimaient que 47 % des patients asthmatiques et 40 % des patients atteints de RA présentaient une comorbidité. Plus de 90 % reconnaissaient que la coexistence asthme-RA entraînait un fardeau symptomatique plus lourd que chaque pathologie isolée, affectant significativement le sommeil, le travail, les performances scolaires et la qualité de vie. Notamment, 54 % des médecins convenaient que la comorbidité augmentait les consultations non planifiées, tandis que 69 % l’associaient à des taux d’hospitalisation plus élevés. Malgré cette conscience, 96 % considéraient les patients « bien pris en charge » si l’une des pathologies s’améliorait, soulignant une lacune dans la compréhension de la nécessité d’un contrôle dual.

Pratiques diagnostiques et d’évaluation

Environ 70 % des médecins évaluaient systématiquement les symptômes de RA chez les patients asthmatiques, et vice versa, lors des consultations [Figure 2A, 2B]. Des facteurs externes tels que les niveaux locaux d’allergènes (44 %) et la pollution (33 %) motivaient la recherche de RA chez les asthmatiques, tandis que les déclencheurs de l’asthme (33 %) et la sévérité des symptômes (66 %) influençaient l’évaluation de l’asthme chez les patients atteints de RA. Le diagnostic reposait principalement sur l’anamnèse : 100 % utilisaient les antécédents de symptômes asthmatiques pour diagnostiquer l’asthme comorbid chez les patients atteints de RA, tandis que 98 % s’appuyaient sur les symptômes nasaux pour la RA chez les asthmatiques [Figure 3]. Les mesures objectives, comme la spirométrie (57 %) et les tests allergologiques (41 %), étaient moins utilisées.

Les évaluations du contrôle de l’asthme différaient entre patients asthmatiques isolés et ceux avec comorbidité. Pour les asthmatiques isolés, 74 % des médecins surveillaient les réveils nocturnes, 58 % utilisaient des tests de fonction pulmonaire, et 57 % évaluaient les limitations à l’effort. En revanche, pour les cas de comorbidité, seuls 55 % évaluaient les symptômes nocturnes, 32 % utilisaient la spirométrie, et 43 % considéraient les limitations à l’effort [Figure 4]. L’utilisation de médicaments de secours (p. ex., bêta-agonistes à courte durée d’action) était surveillée par 22 % pour les asthmatiques isolés, contre 11 % pour les cas comorbides, suggérant une application inconstante des métriques recommandées.

Schémas thérapeutiques et adhésion aux recommandations

Si 71 % des médecins choisissaient une combinaison de corticostéroïdes inhalés (CSI) et de corticostéroïdes intranasaux (CIN) comme traitement préférentiel pour la comorbidité asthme-RA—conformément aux recommandations ARIA—des divergences émergeaient en pratique. Les antagonistes des récepteurs des leucotriènes (ARLT) oraux étaient prescrits par 80 % des médecins, et 37 % utilisaient la théophylline. Les préférences des patients influençaient les prescriptions : 40 % des médecins rapportaient que les patients privilégiaient les médicaments oraux aux inhalateurs ou sprays nasaux. De plus, 32 % estimaient que la gestion de la comorbidité nécessitait « trop de médicaments », et 34 % retardaient l’utilisation des CSI chez les enfants par crainte d’effets secondaires.

L’adhésion aux recommandations était mitigée. Bien que 96 % reconnaissaient que la comorbidité exigeait un traitement supplémentaire, seulement 50 % utilisaient explicitement les guides pour orienter leurs décisions. À la place, 63 % s’appuyaient sur leur expérience personnelle, et 55 % considéraient l’accessibilité financière des traitements. Ce décalage souligne les difficultés à traduire les recommandations en pratique, particulièrement dans des contextes aux ressources limitées.

Discussion et implications

Les résultats d’ASPAIR-Chine révèlent un paradoxe : une conscience élevée du fardeau de la comorbidité asthme-RA coexiste avec des pratiques de prise en charge sous-optimales. La dépendance des médecins à l’anamnèse plutôt qu’aux tests objectifs pourrait conduire à un sous-diagnostic ou à une classification erronée de la sévérité. L’utilisation rare de la spirométrie et des tests allergologiques, associée à une surveillance inconstante des métriques de contrôle, suggère des lacunes dans les soins complets.

Les préférences thérapeutiques mettent en lumière des barrières systémiques. Malgré l’approbation des guides pour la combinaison CSI/CIN, les médicaments oraux restent largement utilisés, influencés par les préférences des patients et des idées reçues sur la sécurité des corticoïdes. Ces pratiques pourraient contribuer aux taux élevés d’asthme non contrôlé observés chez les patients chinois atteints de RA, comme rapporté dans des études antérieures.

L’échantillonnage centré sur les hôpitaux limite la généralisation aux zones rurales, où l’accès aux soins spécialisés et aux outils diagnostiques est plus restreint. De plus, la prédominance de médecins expérimentés pourrait biaiser les résultats vers des pratiques établies plutôt qu’émergentes.

Conclusion

L’étude ASPAIR-Chine souligne la nécessité d’initiatives éducatives ciblées pour combler les écarts entre connaissances et pratiques. Renforcer la formation des médecins sur l’application des recommandations, promouvoir les outils diagnostiques objectifs et répondre aux idées reçues des patients sur la sécurité des traitements pourraient améliorer les résultats. Une approche holistique—intégrant la gestion de l’asthme et de la RA—est essentielle pour réduire le double fardeau de ces pathologies dans le paysage sanitaire en évolution de la Chine.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000000229

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