Émergence, développement et avenir de la cardio-oncologie en Chine : Cardiohypersensibilité, cardiotoxicité et syndrome de Kounis
Le cancer et les maladies cardiovasculaires constituent les deux principales causes de mortalité mondiale. Si l’incidence du cancer augmente chez les adultes jusqu’à 74 ans, les maladies cardiovasculaires surpassent le cancer comme cause principale de mortalité au-delà de cet âge. Les traitements anticancéreux actuels incluent la chimiothérapie, la radiothérapie et la chirurgie. Cependant, la chimiothérapie peut induire des complications cardiovasculaires se manifestant par des symptômes aigus ou chroniques. Un cas notable, rapporté dans le Chinese Medical Journal, concernait un homme de 60 ans atteint d’une maladie coronarienne et d’un carcinome épidermoïde du poumon gauche, ayant développé un infarctus du myocarde avec élévation du segment ST après un traitement par afatinib, gemcitabine et cisplatine. Ce cas souligne l’importance de comprendre la toxicité cardiaque, l’hypersensibilité cardiovasculaire et le syndrome coronarien aigu d’hypersensibilité de Kounis dans le contexte des thérapies anticancéreuses.
La cardiotoxicité désigne les effets indésirables des agents chimiothérapeutiques sur le cœur, entraînant des lésions ou un dysfonctionnement. Elle est souvent dose-dépendante et peut provoquer une dysfonction cardiovasculaire progressive, une fibrose, voire des dommages irréversibles. La cardiotoxicité aiguë résulte d’une exposition unique ou de courte durée, tandis que les formes subchroniques et chroniques se prolongent au-delà d’un an ou sur des périodes étendues. En revanche, la cardiohypersensibilité est une réaction inflammatoire non dose-dépendante, pouvant survenir à tout moment durant le traitement, même à de faibles concentrations médicamenteuses. Elle est souvent associée à des anticorps anti-médicaments de classe IgE et peut déclencher des réactions allergiques sévères, incluant l’anaphylaxie.
Le cas du patient de 60 ans illustre le risque de complications cardiovasculaires graves induites par la chimiothérapie. Celui-ci a présenté un infarctus avec élévation du segment ST au 7ᵉ jour du deuxième cycle de chimiothérapie par cisplatine et gemcitabine. Cette réaction correspond au syndrome coronarien aigu d’hypersensibilité de Kounis, impliquant une activation mastocytaire médiée par les IgE. Le cisplatine est connu pour provoquer des réactions d’hypersensibilité de type I chez 5 à 20 % des patients, incluant des infarctus du myocarde de type Kounis. Des cas d’anaphylaxie à la gemcitabine ont également été rapportés.
L’incidence croissante des complications cardiovasculaires liées aux traitements anticancéreux justifie la création de cliniques cardiologiques spécialisées pour les patients cancéreux. Ces structures doivent offrir une évaluation préthérapeutique experte, un suivi rigoureux et des traitements compatibles avec les protocoles oncologiques, sans les retarder. Une coopération interdisciplinaire entre cardiologues, oncologues, hématologues, spécialistes en imagerie cardiaque, immunologues, pathologistes, allergologues et autres professionnels impliqués dans les soins oncologiques est essentielle. L’intégration de tests, mesures et interventions avant, pendant et après les traitements antinéoplasiques est cruciale pour surveiller les événements cardiaques indésirables.
La cardio-oncologie, l’onco-cardiologie, l’immuno-oncologie et l’onco-immunologie sont des disciplines émergentes traitant de l’intersection entre cancer et pathologies cardiovasculaires. Elles visent à identifier, diagnostiquer, prévenir et traiter les complications cardiovasculaires liées à la chimiothérapie. L’intégration de ces domaines est primordiale pour améliorer le pronostic des patients et réduire le fardeau des maladies cardiovasculaires en oncologie.
En conclusion, le cas décrit met en lumière la nécessité de comprendre et de gérer la toxicité cardiaque et l’hypersensibilité cardiovasculaire lors des traitements anticancéreux. L’incidence croissante de ces complications exige des cliniques spécialisées et une collaboration interdisciplinaire renforcée. Les champs de la cardio-oncologie, de l’onco-cardiologie et de l’immuno-oncologie sont indispensables pour répondre à l’interaction complexe entre cancer et maladies cardiovasculaires, et optimiser la prise en charge des patients.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000130