Efficacité et Sécurité du Shexiang Baoxin Pill (MUSKARDIA) chez les Patients atteints de Maladie Coronarienne Stable et d’un Diabète Sucré Concomitant : Analyse en Sous-Groupe d’un Essai Clinique Randomisé
Les maladies cardiovasculaires (MCV) constituent la principale cause de mortalité dans de nombreux pays, avec une morbidité et une mortalité en augmentation en Chine en raison du vieillissement de la population. Le diabète sucré (DS) augmente significativement le risque de MCV via des anomalies métaboliques. Le pronostic à long terme des MCV chez les patients diabétiques est sombre, 70 à 80 % d’entre eux décédant de complications cardiovasculaires. L’infarctus du myocarde est une cause majeure de décès, notamment chez les patients diabétiques de type 2. Les approches standards de prévention secondaire de la maladie coronarienne stable (MCAS) incluent l’association aspirine-statines. Cependant, les effets à long terme de ces traitements soulèvent des préoccupations, notamment concernant l’impact métabolique des bêta-bloquants.
La médecine traditionnelle chinoise (MTC) est utilisée depuis longtemps dans le traitement de la MCAS. Le Shexiang Baoxin Pill (MUSKARDIA), composé de musc, de ginsénosides, de storax, de bufadiénolides, d’acide cinnamique, d’arénobufagine et de bornéol, est employé depuis plus de 40 ans. Des études préliminaires suggèrent que MUSKARDIA induit une dilatation coronarienne, améliore le flux sanguin et réduit les symptômes d’angine. Un essai multicentrique randomisé en double aveugle contre placebo de phase IV a montré qu’un traitement de 24 mois par MUSKARDIA réduisait la fréquence des angines et diminuait de 26,9 % les événements cardiovasculaires indésirables majeurs (MACEs) par rapport au placebo.
Cette étude a évalué l’efficacité et la sécurité de MUSKARDIA chez les patients atteints de MCAS et de DS via une analyse en sous-groupe de l’essai précédent. Les patients inclus présentaient un DS connu ou une glycémie à jeun (GAJ) ≥7,0 mmol/L. Ils ont été randomisés pour recevoir un traitement standard associé à MUSKARDIA ou à un placebo pendant 24 mois, avec des suivis à 1, 3, 6, 9, 12, 18 et 24 mois. Le critère principal était l’incidence des MACEs (décès cardiovasculaire, infarctus non fatal, AVC non fatal). Le critère secondaire regroupait la mortalité toutes causes, les hospitalisations pour angor instable, insuffisance cardiaque ou angioplastie.
Sur 716 patients (340 sous MUSKARDIA, 376 sous placebo), l’âge moyen était de 64,7 ± 9,5 ans vs 64,4 ± 9,3 ans, avec un IMC similaire (25,1 ± 3,2 vs 24,9 ± 3,0 kg/m², p = 0,267). L’utilisation d’aspirine (98,5 % vs 97,6 %) et de statines (90,6 % vs 93,4 %) était comparable. La prévalence de néphropathie chronique était plus élevée dans le groupe MUSKARDIA (40,9 % vs 33,0 %, p = 0,035).
L’incidence des MACEs était de 2,6 % (9/340) sous MUSKARDIA contre 4,8 % (18/376) sous placebo (p = 0,192). Le critère secondaire était significativement réduit avec MUSKARDIA (15,3 % [52/340] vs 22,6 % [85/376], p = 0,017). Chez les patients diabétiques non contrôlés (≥4 mesures de GAJ ≥7 mmol/L), MUSKARDIA a diminué le risque d’événements secondaires (6,0 % [5/83] vs 16,5 % [15/91], HR = 0,35 ; IC95 % : 0,13–0,95).
Le profil de sécurité a révélé 16,8 % d’effets indésirables (EI) sous MUSKARDIA vs 20,0 % sous placebo. L’incidence des EI graves était similaire (5,3 % vs 5,1 %). Les EI cardiovasculaires étaient moins fréquents sous MUSKARDIA (4,4 % vs 7,7 %).
Ces résultats suggèrent que MUSKARDIA, en complément d’un traitement standard, pourrait réduire les MACEs chez les patients MCAS-DS, particulièrement en cas de diabète non contrôlé. Les mécanismes impliquent une modulation des voies ALDH2/AKT/mTOR et PI3K/AKT/MAPK, favorisant l’angiogenèse et inhibant l’inflammation.
Cependant, l’étude présente des limites : un suivi de 2 ans insuffisant, une définition du diabète non contrôlé basée sur la GAJ (et non l’HbA1c), et un biais potentiel lié à l’analyse en sous-groupe.
En conclusion, MUSKARDIA montre un bénéfice potentiel chez les patients MCAS-DS, avec un profil de sécurité acceptable. Des études supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ces résultats et évaluer les effets à long terme.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002527