Efficacité et sécurité du sécukinumab sur 52 semaines chez des patients chinois atteints de psoriasis avec arthrite psoriasique concomitante
Le psoriasis est une maladie inflammatoire chronique systémique caractérisée par des plaques cutanées érythémateuses, squameuses et bien délimitées. Parmi ses comorbidités, l’arthrite psoriasique (APs) est la plus fréquente, touchant environ 25 à 30 % des patients atteints de psoriasis au cours de leur vie. En Chine, bien que la prévalence du psoriasis soit relativement faible (0,6 %), le fardeau de la maladie est significatif, avec des patients présentant une sévérité initiale plus élevée que les populations occidentales. Un essai de phase 3 (CAIN457A2318, NCT03066609) a précédemment démontré l’efficacité et la sécurité du sécukinumab, un inhibiteur de l’interleukine (IL)-17A, dans une cohorte principalement chinoise de patients atteints de psoriasis modéré à sévère. Cette analyse se concentre sur le sous-groupe de patients chinois atteints de psoriasis et d’APs concomitante, évaluant les résultats à 52 semaines du sécukinumab sur les manifestations cutanées et articulaires.
Conception de l’étude et population de patients
L’essai CAIN457A2318 était une étude randomisée, contrôlée contre placebo, en double aveugle, multicentrique et de phase 3, d’une durée de 52 semaines. Les participants éligibles étaient des adultes (≥18 ans) atteints de psoriasis en plaques chronique modéré à sévère (durée ≥6 mois), mal contrôlé par des traitements topiques, la photothérapie ou des thérapies systémiques. Le diagnostic d’APs nécessitait le respect des critères de classification de l’APs et la présence d’au moins 3 articulations douloureuses et gonflées à l’inclusion. Les patients ont été randomisés (2:1:1) pour recevoir du sécukinumab 300 mg, 150 mg ou un placebo. À la semaine 12, les non-répondeurs sous placebo (absence d’amélioration ≥75 % selon l’indice PASI [PASI 75]) ont été basculés vers le sécukinumab 300 mg, tandis que les répondeurs ont poursuivi le placebo jusqu’à la semaine 52.
La sous-population de patients chinois atteints de psoriasis et d’APs comprenait 24 participants sur 441 (5,4 %), répartis entre les bras de traitement : sécukinumab 300 mg (n=14), 150 mg (n=6) et placebo (n=4). Les caractéristiques démographiques initiales étaient comparables entre les groupes. L’âge moyen variait de 40 à 45 ans, avec des indices de masse corporelle (IMC) de 24,0 kg/m² (300 mg), 24,7 kg/m² (150 mg) et 27,0 kg/m² (placebo). Les patients présentaient une sévérité initiale élevée : les scores PASI moyens étaient de 29,3 (300 mg), 25,1 (150 mg) et 24,2 (placebo), tandis que la surface corporelle atteinte (SCA) moyenne était de 45,1 %, 41,8 % et 36,6 %, respectivement. La durée de l’APs était plus longue dans le bras 300 mg (moyenne de 6,8 ans) contre 6,9 ans (150 mg) et 2,3 ans (placebo). Une majorité de patients sous 300 mg et 150 mg avaient un psoriasis sévère (score IGA 4 : 57,1 % et 66,7 %, respectivement).
Résultats d’efficacité
Réponses dans l’arthrite psoriasique
Le sécukinumab a démontré une efficacité rapide et soutenue sur l’APs. À la semaine 12, 92,3 % (12/13) des patients sous 300 mg ont atteint une réponse ACR20 (amélioration de 20 % selon les critères de l’American College of Rheumatology), contre 66,7 % (4/6) sous 150 mg et 0 % (0/4) sous placebo. Les réponses ont été maintenues jusqu’à la semaine 52, avec 84,6 % (11/13) et 50,0 % (3/6) de réponses ACR20 sous 300 mg et 150 mg, respectivement. Les seuils d’amélioration supérieurs (ACR50 et ACR70) favorisaient également la dose de 300 mg :
- ACR50 : 76,9 % (10/13) sous 300 mg vs 33,3 % (2/6) sous 150 mg à la semaine 52.
- ACR70 : 53,8 % (7/13) sous 300 mg vs 16,7 % (1/6) sous 150 mg à la semaine 52.
Réponses cutanées
Le sécukinumab a montré une efficacité robuste sur le psoriasis. À la semaine 12, les réponses PASI75 étaient atteintes par 92,9 % (13/14) du groupe 300 mg, 83,3 % (5/6) du groupe 150 mg et aucun patient sous placebo. Les réponses se sont améliorées ou maintenues jusqu’à la semaine 52 :
- PASI75 : 92,9 % (300 mg) et 97,3 % (150 mg).
- PASI90 : 85,7 % (12/14) sous 300 mg vs 56,0 % (3/6) sous 150 mg.
- PASI100 : 50,0 % (7/14) sous 300 mg vs 10,3 % (1/6) sous 150 mg.
Les réponses IGA 0/1 (peau claire ou presque claire) étaient supérieures avec la dose de 300 mg (78,6 % [11/14]) contre 23,7 % (1/6) avec 150 mg à la semaine 52.
Résultats rapportés par les patients
Des améliorations de la qualité de vie et de la fonctionnalité ont été observées. À la semaine 12, 21,4 % (300 mg) et 33,3 % (150 mg) ont atteint un DLQI 0/1 (aucun impact sur la vie quotidienne), augmentant à 50,0 % (300 mg) et 66,7 % (150 mg) à la semaine 52. Les scores HAQ-DI, reflétant le handicap lié à l’APs, se sont améliorés de 64,2 % (300 mg) et 40,5 % (150 mg) entre l’inclusion et la semaine 52.
Profil de sécurité
Sur 52 semaines, le sécukinumab a présenté un profil de sécurité conforme à sa tolérance établie. Tous les 24 patients avec APs ont présenté ≥1 événement indésirable lié au traitement (EI). Les principaux résultats incluent :
- EI gastro-intestinaux : 41,7 % (10/24) sous sécukinumab vs 50 % (2/4) sous placebo.
- Infections non graves : 83,3 % (20/24) sous sécukinumab vs 25 % (1/4) sous placebo.
- Réactions d’hypersensibilité : 33,3 % (8/24) sous sécukinumab, incluant eczéma (12,5 %), urticaire (12,5 %), dermatite (4,2 %) et œdème palpébral (4,2 %).
La plupart des EI étaient légers à modérés. Les événements indésirables graves (EIG) étaient rares, avec un cas d’hémorroïdes (non lié au traitement). Aucun nouveau signal de sécurité n’a été identifié.
Discussion
Cette sous-analyse souligne l’efficacité duale du sécukinumab sur le psoriasis et l’APs chez les patients chinois. La dose de 300 mg a démontré des résultats supérieurs, avec 93 % de réponses PASI75, 79 % d’IGA 0/1 et 85 % d’ACR20 à la semaine 52. Ces résultats concordent avec les études mondiales, comme l’essai FUTURE 5, rapportant une inhibition soutenue de la progression radiographique dans l’APs. La plus grande efficacité de la dose de 300 mg souligne son adéquation pour les patients atteints de formes sévères ou d’APs concomitante.
Le profil de sécurité reste cohérent avec les rapports antérieurs, confirmant un rapport bénéfice-risque favorable. Bien que les EI gastro-intestinaux et les infections soient fréquents, la plupart étaient gérables et n’ont pas conduit à l’arrêt du traitement.
Conclusion
Le sécukinumab 300 mg a fourni des améliorations rapides et soutenues des symptômes cutanés et articulaires, de la qualité de vie et de la fonctionnalité sur 52 semaines chez des patients chinois atteints de psoriasis et d’APs. Les données de sécurité renforcent son profil établi, soutenant son utilisation comme biothérapie de première ligne dans cette population.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001710