Efficacité et sécurité du sécukinumab chez des patients chinois atteints de psoriasis en plaques

Efficacité et sécurité du sécukinumab chez des patients chinois atteints de psoriasis en plaques en pratique clinique réelle : une étude pilote

Le psoriasis en plaques, maladie inflammatoire chronique à médiation immunitaire affectant la peau, les ongles et les articulations, représente plus de 80 % à 90 % des cas de psoriasis. Le sécukinumab, un anticorps monoclonal humain IgG ciblant l’interleukine-17A (IL-17A), a été approuvé par la FDA américaine en 2015 pour le psoriasis en plaques modéré à sévère. Bien qu’un essai clinique de phase III chinois ait confirmé son efficacité et sa sécurité, les données en vie réelle restent limitées, en particulier chez les patients exclus des essais randomisés en raison de comorbidités. Cette étude pilote a évalué l’efficacité réelle et la sécurité du sécukinumab chez des patients chinois, y compris ceux habituellement exclus des essais cliniques.

Conception de l’étude et caractéristiques des patients

Cette analyse rétrospective a inclus 20 patients hospitalisés traités par sécukinumab à l’hôpital universitaire de Pékin entre juin et décembre 2019. Le schéma posologique comprenait 300 mg hebdomadaires en sous-cutané pendant quatre semaines, puis mensuellement. Les données recueillies incluaient les caractéristiques démographiques, les scores de sévérité (PASI, BSA, DLQI, PSSI, NAPSI, ppPASI), et les traitements antérieurs.

Notamment, 60 % (12/20) des patients auraient été exclus de l’essai de phase III : 10 ne répondaient pas aux critères d’inclusion, un présentait une co-infection VHB/VHC, et un autre une thrombopénie idiopathique préexistante. La sévérité initiale était inférieure à celle de l’essai clinique (PASI médian : 11,10 vs 19,9).

Résultats d’efficacité

Atteinte cutanée et du cuir chevelu

Le sécukinumab a induit une amélioration rapide et soutenue. Le PASI médian est passé de 11,10 à 0,50 à la semaine 12 (-95,74 %). À la semaine 12, 87,5 % des patients atteignaient un PASI 75, 68,8 % un PASI 90, et 43,8 % un PASI 100. Le délai médian pour le PASI 75 était de huit semaines.

Pour le psoriasis du cuir chevelu (13 patients), le PSSI médian est passé de 5,0 à 0 à la semaine 12, avec 83,3 %, 75,0 % et 66,7 % de réponses PSSI 75/90/100. Un cas de psoriasis palmoplantaire hyperkératosique (ppPASI initial : 16,6) a montré une disparition complète à la semaine 8.

Atteinte unguéale

Trois patients avec atteinte des ongles des mains ont présenté des améliorations de 100 %, 53,3 % et 28,6 % au NAPSI à la semaine 12. Un patient avec atteinte des ongles des pieds a obtenu une réduction de 45 %.

Qualité de vie et surface corporelle

La BSA a diminué de 20,3 % à 1,0 % à la semaine 12. À ce stade, 81,3 % des patients avaient une BSA ≤3 % et 62,5 % ≤1 %. Le DLQI est passé de 11,0 (impact modéré-sévère) à 0 (aucun impact), avec 66,7 % des patients déclarant un DLQI 0/1.

Profil de sécurité

Le sécukinumab a été bien toléré. Des événements indésirables (EI) sont survenus chez 45 % (9/20) des patients, principalement des infections bénignes (voies respiratoires supérieures : 4 cas), des mycoses plantaires (2) et des dermatites faciales (2). Aucun EI grave ni arrêt de traitement n’a été observé.

Cas particuliers

Co-infection VHB/VHC : Un patient séronégatif pour l’Ag HBs et l’ADN viral mais positif pour l’IgM anti-VHC et l’Ac anti-HBc a terminé 48 semaines de traitement sans réactivation virale ni élévation des transaminases. Bien que ce cas suggère une sécurité chez les patients contrôlés, la littérature rapporte de rares réactivations virales sous sécukinumab, nécessitant une surveillance attentive.

Thrombopénie idiopathique : Un patient avec une thrombopénie préexistante (plaquettes : 52×10⁹/L) a vu son taux augmenter à 84×10⁹/L à la semaine 12 et 82×10⁹/L à la semaine 32, tout en maintenant une réponse PASI 100. Cela suggère un effet neutre ou bénéfique du traitement, à confirmer par des études plus larges.

Comparaison avec les essais cliniques

Les taux de réponse PASI 75/90/100 à la semaine 12 (87,5 %/68,8 %/43,8 %) ont dépassé ceux de l’essai chinois de phase III (72 %/50 %/36 %). Cette supériorité pourrait s’expliquer par un taux plus élevé de patients biologonaïfs (64,3 % vs 53,7 %) et une prévalence moindre d’obésité (14,3 % vs 25,2 %), facteur associé à une réponse réduite aux biologiques. Le taux de DLQI 0/1 (66,7 %) a également dépassé les données d’essais (57 %).

Implications cliniques

Cette étude comble l’« écart d’efficacité-réalité » en confirmant l’utilité du sécukinumab chez des patients diversifiés, y compris avec des comorbidités ou une maladie moins sévère. La rapidité des réponses et le taux élevé de rémissions complètes soutiennent son utilisation en situations complexes. Le profil de sécurité favorable en fait une option thérapeutique polyvalente.

Limites et perspectives

La petite taille de l’échantillon et le design monocentrique limitent la généralisation. Des données à long terme sont nécessaires, en particulier pour les populations spéciales. Des études prospectives standardisées sont recommandées pour surveiller les paramètres virologiques et hématologiques.

Conclusion

Dans cette cohorte chinoise en vie réelle, le sécukinumab a démontré une efficacité rapide et robuste sur les atteintes cutanées, unguéales et palmoplantaires, avec une amélioration significative de la qualité de vie. Son profil de sécurité reste favorable, même chez les patients exclus des essais cliniques, renforçant son statut de traitement de première intention pour le psoriasis en plaques modéré à sévère.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000001258

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