Efficacité et sécurité des cataplasmes de flurbiprofène versus cataplasmes de loxoprofène sodique dans l’arthrose du genou : un essai contrôlé randomisé
L’arthrose du genou (OA) est une cause majeure de douleur et d’incapacité fonctionnelle dans le monde, particulièrement chez les populations d’âge moyen et âgées. Avec plus de 300 millions de cas mondiaux, sa prévalence augmente considérablement avec l’âge, affectant 9,6 % des hommes et 18,0 % des femmes de plus de 60 ans. Caractérisée par une dégradation articulaire progressive, une douleur persistante et une limitation fonctionnelle, l’OA du genou impose un fardeau socio-économique important en raison de son évolution chronique et du manque d’options thérapeutiques curatives. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) restent une pierre angulaire de la prise en charge initiale, offrant des bénéfices analgésiques et anti-inflammatoires. Cependant, les AINS oraux sont associés à des risques systémiques (complications gastro-intestinales, rénales et cardiovasculaires). Les AINS topiques, qui délivrent un effet localisé avec moins d’effets secondaires systémiques, sont devenus des alternatives sûres. Les cataplasmes de flurbiprofène (FPC) et de loxoprofène sodique (LSC) sont deux AINS topiques largement utilisés en Chine. Cet essai contrôlé randomisé (ECR) a comparé l’efficacité, les résultats fonctionnels et les profils de sécurité du FPC et du LSC chez des patients atteints d’OA du genou.
Conception de l’étude et méthodes
Cet ECR ouvert de non-infériorité a inclus 250 patients avec une OA du genou confirmée radiographiquement (grades II–III de Kellgren–Lawrence) à l’hôpital Peking University Shougang entre octobre 2021 et avril 2022. Les participants ont été randomisés 1:1 pour recevoir soit du FPC (40 mg/patch, deux fois par jour) soit du LSC (100 mg/patch, une fois par jour) pendant 28 jours. Les patients avec une OA bilatérale ont traité l’articulation la plus symptomatique. Les critères d’exclusion incluaient l’utilisation récente d’AINS, des injections intra-articulaires, la grossesse et des comorbidités sévères (cardiovasculaires ou rénales).
Le critère principal était le changement d’intensité douloureuse évalué par l’échelle visuelle analogique (EVA ; 0–10 points, scores élevés reflétant une douleur intense) entre le début et le jour 28. La non-infériorité était prédéfinie avec une marge de 1 point ; la supériorité exigeait une limite inférieure de l’intervalle de confiance (IC) à 95 % supérieure à 0. Les critères secondaires incluaient l’efficacité du soulagement de la douleur (catégorisée comme « très efficace », « efficace » ou « non efficace »), l’évolution des scores EVA, l’amélioration fonctionnelle via le Western Ontario and McMaster Universities Osteoarthritis Index (WOMAC), et les événements indésirables (EI).
Résultats clés
Soulagement de la douleur et efficacité
Parmi 249 patients analysés (âge moyen 62,8 ± 10,5 ans ; 61,4 % de femmes), 234 ont terminé l’étude. L’analyse en intention de traiter (ITT) a démontré que le FPC était non inférieur et supérieur au LSC pour réduire la douleur la plus intense sur 24 heures (différence moyenne : 0,414 ; IC 95 % : 0,147–0,681 ; P <0,001 pour la non-infériorité, P = 0,001 pour la supériorité). Une supériorité similaire a été observée pour la douleur actuelle (différence : 0,455 ; IC 95 % : 0,201–0,709 ; P <0,001) et la douleur à l’exercice (différence : 0,366 ; IC 95 % : 0,094–0,640 ; P = 0,004). La douleur au repos a montré une non-infériorité sans supériorité (différence : 0,085 ; IC 95 % : -0,207–0,377 ; P = 0,284). L’analyse per protocole a corroboré ces résultats.
Le FPC a obtenu des taux significativement plus élevés de soulagement « très efficace » que le LSC. Par exemple, 35,5 % des utilisateurs de FPC ont rapporté un soulagement « très efficace » contre 21,6 % pour le LSC (P <0,001). À l’inverse, le LSC a montré des proportions plus élevées de résultats « non efficaces » (24,8 % vs 8,1 % pour la douleur intense ; P <0,001).
Amélioration fonctionnelle
Les scores WOMAC, reflétant la raideur articulaire, la douleur et les limitations fonctionnelles, se sont améliorés davantage avec le FPC. À 4 semaines, le score total médian WOMAC était de 12,5 (intervalle interquartile [IIQ] : 8,0–22,5) pour le FPC vs 16,0 (IIQ : 11,0–27,0) pour le LSC (P = 0,010). Les difficultés dans les activités quotidiennes expliquaient cette différence, avec une amélioration médiane de 17,5 points (IIQ : 7,0–38,5) sous FPC vs 12,0 (IIQ : 3,0–28,0) sous LSC (P = 0,016).
Profil de sécurité
Le FPC a présenté un profil de sécurité nettement meilleur. Des EI sont survenus chez 5,6 % des utilisateurs de FPC (7/125) contre 33,6 % (42/125) avec le LSC (P <0,001). Les EI fréquents incluaient une irritation cutanée (3,2 % vs 9,6 %), des éruptions cutanées (1,6 % vs 10,4 %) et des douleurs au site d’application (1,6 % vs 7,2 %). Des résidus collants des patches, un EI unique, ont affecté 28 % des utilisateurs de LSC contre 0,8 % pour le FPC (P <0,001).
Implications mécanistiques et cliniques
La supériorité du FPC pourrait découler de ses avantages pharmacocinétiques. Sa matrice polymère hydrophile améliore l’absorption transdermique, assurant une libération rapide et soutenue. Le flurbiprofène inhibe directement les enzymes cyclooxygénases (COX), réduisant la synthèse des prostaglandines. En revanche, le LSC est une prodrogue nécessitant une conversion métabolique, retardant son effet. La formulation adhésive du FPC minimise l’irritation cutanée, améliorant la tolérance.
Le soulagement plus rapide avec le FPC favorise l’adhésion aux protocoles de rééducation (physiothérapie, gestion du poids), cruciaux pour la gestion à long terme de l’OA. La réduction des EI soutient son utilisation chez les patients âgés polymorbides.
Limitations et orientations futures
Bien que cet ECR fournisse des preuves solides, ses limites incluent un design monocentrique, un suivi court (4 semaines), et l’absence d’aveugle. Des études multicentriques avec un suivi prolongé et des comparateurs placebo pourraient valider ces résultats.
Conclusion
Cet ECR démontre que les cataplasmes de flurbiprofène sont supérieurs à ceux de loxoprofène sodique pour soulager la douleur, améliorer la fonction articulaire et assurer la sécurité chez les patients atteints d’OA du genou. Le FPC, avec son efficacité rapide, ses bénéfices durables et sa tolérance favorable, se positionne comme un AINS topique de première intention, aligné avec les recommandations mondiales pour une thérapie ciblée et sûre.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002797