Effets indésirables de l’activation sympathique ne doivent pas être négligés pendant la pandémie de maladie à coronavirus 2019
La pandémie actuelle de maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) a entraîné une morbidité et une mortalité significatives à l’échelle mondiale, avec un nombre croissant de personnes infectées. Le virus responsable, le coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère (SARS-CoV-2), appartient au groupe des bêta-coronavirus, qui inclut également les virus responsables du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) et du MERS (syndrome respiratoire du Moyen-Orient). Comme le SARS-CoV, le SARS-CoV-2 utilise l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2 (ACE2) pour pénétrer dans les cellules cibles. Cependant, le SARS-CoV-2 présente une affinité de liaison plus élevée pour l’ACE2, le rendant plus infectieux et difficile à contrôler que le SARS-CoV.
Le SARS-CoV-2 affecte principalement les voies respiratoires, où l’ACE2 est fortement exprimée, provoquant un syndrome pseudo-grippal léger dans la majorité des cas. Toutefois, certains patients atteints de formes graves développent rapidement une pneumonie, un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) et un choc. Bien que le SDRA soit la manifestation principale et la cause majeure de décès, des preuves croissantes indiquent que les patients présentant des facteurs de risque cardiovasculaires ou des antécédents de maladies cardiovasculaires (hypertension, diabète, cardiopathie ischémique) ont un risque accru de morbidité et de mortalité. De plus, des complications cardiovasculaires majeures (lésions cardiaques, arythmies, troubles tensionnels) surviennent chez un nombre significatif de patients COVID-19, y compris sans antécédents cardiovasculaires, et sont associées à un pronostic défavorable.
L’ACE2 étant largement exprimée dans le système cardiovasculaire, les complications pourraient résulter d’une infection virale directe ou d’une atteinte indirecte liée à une réponse inflammatoire systémique (« tempête de cytokines »). Cependant, les études histopathologiques montrent une infiltration inflammatoire myocardique minime et une absence de dommages substantiels, suggérant que le virus n’altère pas directement le cœur. Par exemple, chez une patiente de 64 ans infectée par le SARS-CoV-2, une décompensation cardiaque sévère (diminution de la fraction d’éjection ventriculaire gauche, choc cardiogénique, tachyarythmies) a été attribuée à une hyperactivation sympathique plutôt qu’à une myocardite ou une tempête cytokinique, compte tenu de biomarqueurs peu élevés.
Une étude récente rapporte une probabilité légèrement réduite de test positif pour la COVID-19 chez les patients sous bêta-bloquants, inhibiteurs de l’activation sympathique. Ainsi, avant que les mécanismes des complications cardiovasculaires liées au SARS-CoV-2 ne soient élucidés, les effets délétères de l’hyperactivation sympathique méritent une attention particulière. Le système nerveux sympathique joue un rôle clé dans les maladies cardiovasculaires. Une activation persistante aggrave l’évolution de l’insuffisance cardiaque chronique, des arythmies ventriculaires et de l’hypertension artérielle — complications fréquentes chez les patients COVID-19.
L’activation sympathique peut également déclencher un syndrome de Takotsubo, responsable d’une dysfonction cardiaque transitoire souvent sous-diagnostiquée. Un syndrome de Takotsubo inversé a été observé lors de myocardites aiguës chez des patients COVID-19, probablement induit par une stimulation sympathique excessive. Par ailleurs, la tachycardie, manifestation courante lors du SRAS, persiste jusqu’à la troisième semaine d’hospitalisation, probablement liée à une hyperactivité sympathique. Les comorbidités cardiovasculaires préexistantes (hypertension, diabète, cardiopathie ischémique), caractérisées par une activation sympathique marquée, pourraient directement influencer la sévérité de la COVID-19.
Plusieurs mécanismes expliquent l’activation sympathique post-infection par le SARS-CoV-2 : 1) une stimulation chémosensorielle des corps carotidiens en réponse à l’hypoxie du SDRA, 2) un potentiel neuroinvasif du virus affectant des centres sympathiques centraux (noyau du tractus solitaire, noyau paraventriculaire hypothalamique, medulla ventrolatérale rostrale), 3) une pénétration des cytokines inflammatoires dans la barrière hémato-encéphalique altérant ces mêmes centres, et 4) une anxiété aiguë favorisant la libération de catécholamines endogènes. Ainsi, les inhibiteurs du système sympathique (sympatholytiques centraux, agonistes des récepteurs imidazoliniques, bêta-bloquants) pourraient présenter un intérêt thérapeutique en l’absence de traitement spécifique de la COVID-19.
En conclusion, les effets néfastes de l’activation sympathique durant la pandémie de COVID-19 ne doivent pas être sous-estimés. Le système nerveux sympathique contribue significativement à la pathogenèse des complications cardiovasculaires associées au SARS-CoV-2. Une meilleure compréhension de ses mécanismes d’action et de son impact sur la progression de la maladie est essentielle pour développer des stratégies thérapeutiques efficaces. Les inhibiteurs sympathiques pourraient améliorer la prise en charge des patients, particulièrement ceux présentant des comorbidités cardiovasculaires. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour préciser ces mécanismes et optimiser les approches thérapeutiques.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001106