Effets du Sécukinumab et de l’Adalimumab sur les Taux d’Acide Urique Sérique chez les Patients atteints de Psoriasis en Plaques
Le psoriasis en plaques est un trouble inflammatoire systémique chronique associé à diverses comorbidités, dont l’hyperuricémie. Cette étude a examiné les taux d’acide urique sérique (SUA) et la prévalence de l’hyperuricémie chez les patients chinois atteints de psoriasis par rapport à des témoins sains, et a évalué les effets de deux thérapies biologiques, le sécukinumab et l’adalimumab, sur la dynamique du SUA sur une période de 48 semaines.
Conception de l’Étude et Population
Cette étude de cohorte rétrospective a inclus 196 patients atteints de psoriasis en plaques (134 hommes, 62 femmes) et 191 témoins sains appariés selon l’âge et le sexe. Parmi les patients atteints de psoriasis, 127 avec une maladie sévère (surface corporelle [BSA] ≥10%) ont reçu une thérapie biologique : 68 ont été traités avec de l’adalimumab (un inhibiteur du TNF-α), et 59 ont reçu du sécukinumab (un inhibiteur de l’IL-17A). Les patients atteints de troubles affectant le métabolisme de l’acide urique, tels que la maladie rénale chronique ou les médicaments comme l’allopurinol, ont été exclus. Les taux de SUA ont été mesurés au départ, à la semaine 24 et à la semaine 48. L’hyperuricémie a été définie comme un SUA >7 mg/dL chez les hommes et >6 mg/dL chez les femmes lors de deux évaluations.
Résultats Clés : Psoriasis et Hyperuricémie
Les patients atteints de psoriasis présentaient des taux de SUA significativement plus élevés au départ par rapport aux témoins (6,4 ± 1,7 mg/dL vs. 5,7 ± 1,5 mg/dL, P <0,001). La prévalence de l'hyperuricémie était de 33,7% (66/196) chez les patients atteints de psoriasis contre 13,1% (25/191) chez les témoins (P <0,001). La gravité de la maladie, catégorisée par le BSA, n'a montré aucune corrélation avec les taux de SUA (P >0,05).
Facteurs de Risque pour l’Hyperuricémie
- Sexe : Les patients masculins atteints de psoriasis avaient des taux de SUA plus élevés (6,9 ± 1,4 mg/dL) que les femmes (5,2 ± 1,3 mg/dL). La prévalence de l’hyperuricémie était de 42,5% chez les hommes contre 14,5% chez les femmes (P =0,001).
- Indice de Masse Corporelle (IMC) : Les patients en surpoids/obèses (IMC ≥25 kg/m²) avaient des taux de SUA plus élevés (6,8 ± 1,5 mg/dL) que les individus de poids normal (6,0 ± 1,6 mg/dL). Les taux d’hyperuricémie étaient de 44,1% contre 22,3% (P =0,002).
- Âge et Durée de la Maladie : Aucune association significative n’a été observée entre l’âge, la durée du psoriasis et les taux de SUA.
Effets des Thérapies Biologiques sur le SUA
Adalimumab
Dans le groupe adalimumab, les taux de SUA sont restés inchangés à la semaine 24 (6,2 ± 2,0 mg/dL) et à la semaine 48 (6,1 ± 1,9 mg/dL) par rapport au départ (6,2 ± 1,9 mg/dL; P =0,762 et P =0,235, respectivement). La prévalence de l’hyperuricémie n’a également montré aucune réduction significative (32,4% au départ contre 27,9% à la semaine 48; P =0,257).
Sécukinumab
Le traitement par sécukinumab a entraîné une réduction retardée mais significative des taux de SUA. À la semaine 24, les taux de SUA (6,7 ± 1,6 mg/dL) étaient similaires à ceux du départ (6,6 ± 1,4 mg/dL; P =0,885). À la semaine 48, le SUA a diminué à 6,3 ± 1,5 mg/dL (P =0,007 vs. départ). Malgré cette diminution, la prévalence de l’hyperuricémie n’a pas changé de manière significative (32,2% au départ contre 33,9% à la semaine 48; P =0,706).
Perspectives Mécanistiques et Implications Cliniques
Les taux élevés de SUA chez les patients atteints de psoriasis pourraient résulter d’un renouvellement accéléré des kératinocytes épidermiques, entraînant une augmentation de la dégradation des purines et de la production d’acide urique. De plus, les cristaux d’urate peuvent agir comme des signaux de danger (alarmines), activant l’inflammasome NLRP3 et perpétuant l’inflammation via des cytokines comme l’IL-1β et le TNF-α.
Bien que l’effet réducteur du SUA du sécukinumab soit nouveau, le mécanisme reste incertain. L’inhibition de l’IL-17A pourrait moduler les voies liées au métabolisme de l’acide urique ou à l’excrétion rénale, bien que cela nécessite des investigations supplémentaires. L’absence d’impact de l’adalimumab sur le SUA est cohérente avec les études précédentes montrant que les inhibiteurs du TNF-α n’altèrent pas significativement les taux d’acide urique.
Limites et Directions Futures
La conception rétrospective de cette étude, le recrutement monocentrique et la courte période de suivi limitent la généralisabilité. Le taux élevé d’abandon dans le groupe adalimumab (38,2% à la semaine 48) peut avoir introduit un biais. Les facteurs alimentaires, bien qu’exclus de l’analyse, pourraient influencer les taux de SUA et méritent une évaluation prospective.
Les études futures devraient explorer les résultats à long terme, les prédispositions génétiques et les mécanismes moléculaires sous-jacents aux effets modulateurs de l’urate du sécukinumab. Des essais multicentriques plus larges sont nécessaires pour valider ces résultats et évaluer si la réduction du SUA se traduit par des bénéfices cliniques, tels qu’une incidence réduite de la goutte ou du risque cardiovasculaire.
Conclusion
Le psoriasis est indépendamment associé à l’hyperuricémie, influencée par le sexe masculin et l’obésité plutôt que par la gravité de la maladie. Le sécukinumab, mais pas l’adalimumab, réduit significativement les taux de SUA après 48 semaines de traitement, offrant des avantages métaboliques supplémentaires pour les patients atteints de psoriasis. Ces résultats soulignent l’importance de surveiller le SUA dans la gestion du psoriasis et d’adapter les thérapies biologiques aux comorbidités individuelles.