Effets de l’utilisation des glucocorticoïdes sur la survie des patients atteints d’un cancer du poumon non à petites cellules avancé traités par inhibiteurs de points de contrôle immunitaires
Le cancer du poumon reste l’une des tumeurs les plus mortelles et les plus répandues dans le monde, le cancer du poumon non à petites cellules (CPNPC) représentant la majorité des cas. Au cours de la dernière décennie, les inhibiteurs de points de contrôle immunitaires (ICI) ont révolutionné la prise en charge des CPNPC avancés, offrant des bénéfices significatifs en termes de survie. Cependant, l’utilisation concomitante de glucocorticoïdes (GC) chez ces patients fait débat. Les GC sont couramment prescrits pour diverses indications : traitement symptomatique des manifestations tumorales, gestion des effets indésirables liés à l’immunité (irAEs), ou prise en charge de pathologies non cancéreuses. Cette étude vise à éclaircir l’impact pronostique et la sécurité d’emploi des GC chez les patients atteints de CPNPC avancé sous ICI.
Une méta-analyse exhaustive a été réalisée, incluant des publications recensées dans plusieurs bases de données jusqu’au 1ᵉʳ mars 2022. Vingt-cinq études, majoritairement rétrospectives et portant sur 8 713 patients, ont été analysées. Les critères d’évaluation principaux étaient la survie globale (OS) et la survie sans progression (PFS), avec calcul des rapports de risque (HR) et intervalles de confiance à 95 % (IC 95 %).
Les résultats montrent un risque accru de progression tumorale et de décès chez les patients recevant des GC. Le HR regroupé pour la PFS était de 1,57 (IC 95 % : 1,33–1,86, p < 0,001), et pour l'OS de 1,63 (IC 95 % : 1,41–1,88, p < 0,001). Ces données indiquent une association entre l'utilisation de GC et une moins bonne réponse aux ICI.
Des analyses en sous-groupes ont différencié les indications des GC. L’usage de GC pour le contrôle des symptômes cancéreux a significativement altéré la PFS (HR = 1,74 ; IC 95 % : 1,32–2,29, p < 0,001) et l'OS (HR = 1,76 ; IC 95 % : 1,52–2,04, p < 0,001). À l'inverse, les GC administrés pour la gestion des irAEs n'ont pas montré d'impact négatif sur le pronostic. Une amélioration de l'OS a même été observée (HR = 0,53 ; IC 95 % : 0,34–0,83, p = 0,005), sans effet significatif sur la PFS (HR = 0,68 ; IC 95 % : 0,46–1,00, p = 0,050). De même, l’utilisation de GC pour des indications non cancéreuses n’a pas affecté la PFS (HR = 0,92 ; IC 95 % : 0,63–1,32, p = 0,640) ni l’OS (HR = 0,91 ; IC 95 % : 0,59–1,41, p = 0,680).
Une hétérogénéité importante a été relevée parmi les études (I² = 67 % pour la PFS et 64 % pour l’OS, p < 0,001), probablement liée aux variations des stratégies thérapeutiques, des posologies de GC et des durées de traitement. Les analyses de sensibilité ont confirmé la robustesse des résultats.
Ces résultats suggèrent que l’effet délétère des GC est principalement associé à leur utilisation pour les symptômes tumoraux. Ceci concorde avec les mécanismes immunosuppresseurs des GC, tels que l’apoptose des lymphocytes T et l’inhibition des cytokines pro-inflammatoires, susceptibles de réduire l’efficacité des ICI. À l’opposé, les GC prescrits pour les irAEs semblent sécuritaires, possiblement en raison de leur rôle modulateur d’une réponse immune excessive sans compromettre l’activité antitumorale. Les GC utilisés pour des pathologies non cancéreuses n’interfèrent pas avec les ICI, ciblant des voies inflammatoires distinctes.
Cette étude souligne la nécessité d’une évaluation individualisée des indications des GC chez ces patients. Bien qu’indispensables dans la prise en charge des irAEs, leur prescription pour des symptômes tumoraux nécessite une pondération bénéfice-risque rigoureuse.
Les limites incluent le caractère rétrospectif des études, le manque de données sur les posologies précises, et la focalisation sur les inhibiteurs PD-1/PD-L1 avec peu de données sur les anti-CTLA-4. Des études prospectives sont nécessaires pour affiner ces conclusions.
En conclusion, cette méta-analyse éclaire l’impact différencié des GC selon leurs indications chez les patients sous ICI. Les cliniciens doivent privilégier une utilisation raisonnée des GC, en réservant leur prescription palliative aux situations où les bénéfices symptomatiques surpassent les risques oncologiques.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002544