Effets de l’Adalimumab et du Sécukinumab sur les Comorbidités Métaboliques Associées au Psoriasis en Plaques
Le psoriasis, une maladie inflammatoire chronique de la peau, est de plus en plus reconnu comme une condition systémique liée à des comorbidités métaboliques et cardiovasculaires. Des preuves émergentes suggèrent que les patients atteints de psoriasis présentent une prévalence plus élevée de syndrome métabolique (SM), d’obésité, d’hypertension, de diabète et de dyslipidémie par rapport à la population générale. Malgré une prise de conscience croissante de ces associations, la relation précise entre la sévérité du psoriasis, les dérèglements métaboliques et l’impact des thérapies biologiques sur ces paramètres reste incertaine, en particulier dans les populations chinoises. Cette étude examine la prévalence des comorbidités métaboliques chez les patients chinois atteints de psoriasis en plaques et évalue les effets de deux agents biologiques—l’adalimumab (un inhibiteur du facteur de nécrose tumorale-alpha [TNF-α]) et le sécukinumab (un inhibiteur de l’interleukine-17A [IL-17A])—sur les paramètres métaboliques sur une période de 48 semaines.
Conception de l’Étude et Méthodologie
L’étude de cohorte rétrospective, approuvée par le Comité d’Éthique de l’Hôpital Populaire de l’Université de Pékin, a inclus 189 patients adultes atteints de psoriasis en plaques et 191 témoins sains. Les patients ont été stratifiés selon la sévérité de la maladie : psoriasis léger à modéré (surface corporelle atteinte [BSA] <10 %) et psoriasis sévère (BSA ≥10 %). La cohorte a ensuite été divisée en trois groupes de traitement : adalimumab (64 patients), sécukinumab (58 patients) et thérapie conventionnelle (67 patients). Les critères d’exclusion comprenaient l’utilisation récente de thérapies systémiques (par exemple, méthotrexate, cyclosporine, biologiques), de photothérapie ou de médicaments affectant la pression artérielle, le métabolisme lipidique ou glucidique dans les 12 semaines précédant l’inclusion.
Les évaluations cliniques de base comprenaient des données démographiques, la durée de la maladie, les comorbidités, les résultats de l’examen physique (par exemple, indice de masse corporelle [IMC], pression artérielle) et la biochimie sanguine (glycémie à jeun [FPG], cholestérol total [TC], triglycérides [TG], cholestérol à lipoprotéines de haute densité [HDL-C], cholestérol à lipoprotéines de faible densité [LDL-C]). Les évaluations de suivi ont été réalisées à 24 et 48 semaines. Les analyses statistiques, effectuées à l’aide de SPSS 24.0, comprenaient des tests t pour échantillons indépendants pour les comparaisons de groupes et des tests t pour échantillons appariés pour les changements longitudinaux. Les données manquantes ont été imputées par la méthode de la dernière observation reportée (LOCF).
Prévalence des Comorbidités Métaboliques dans le Psoriasis
L’étude a révélé des disparités significatives dans la santé métabolique entre les patients atteints de psoriasis et les témoins. La prévalence du SM était près de trois fois plus élevée chez les patients atteints de psoriasis (16,9 % contre 6,8 % chez les témoins, P = 0,002). Le surpoids/obésité (IMC ≥25 kg/m²) affectait 55,6 % des patients atteints de psoriasis contre 40,3 % des témoins (P = 0,003). L’hypertension (pression artérielle systolique/diastolique ≥140/90 mmHg) était présente chez 22,2 % des patients contre 11,5 % des témoins (P = 0,005), tandis que le diabète (FPG ≥6,1 mmol/L ou glycémie postprandiale à 2h ≥7,8 mmol/L) était observé chez 15,3 % des patients contre 6,3 % des témoins (P = 0,001). La dyslipidémie, en particulier un faible HDL-C (<0,9 mmol/L chez les hommes, <1,0 mmol/L chez les femmes), était plus prévalente chez les patients atteints de psoriasis (18,5 % contre 9,9 %, P = 0,017). Notamment, ces différences étaient indépendantes de la sévérité du psoriasis, car aucune corrélation significative n’a été trouvée entre la BSA et les paramètres métaboliques.
Impact des Thérapies Biologiques sur les Paramètres Métaboliques
Adalimumab et Métabolisme Lipidique
L’adalimumab a démontré un effet paradoxal sur les profils lipidiques. Bien que le médicament n’ait pas montré d’influence significative sur l’IMC, la pression artérielle ou les niveaux de glucose, il a induit des modifications marquées du métabolisme lipidique. À l’inclusion, 3,1 % des patients présentaient une hypercholestérolémie (TC ≥6,2 mmol/L), qui est passée à 10,9 % à la semaine 24 (P = 0,024) et à 12,5 % à la semaine 48 (P = 0,033). De même, l’hypertriglycéridémie (TG ≥1,7 mmol/L) est passée de 28,1 % à l’inclusion à 42,2 % à la semaine 48 (P = 0,028). Les niveaux moyens de TG sont passés de 1,59 ± 1,26 mmol/L à 2,38 ± 5,20 mmol/L sur 48 semaines (P = 0,014 à la semaine 24). Ces résultats concordent avec des études antérieures impliquant les inhibiteurs du TNF-α dans un dérèglement du métabolisme lipidique, potentiellement via des effets sur les récepteurs des lipoprotéines hépatiques et la synthèse des acides gras libres.
Sécukinumab et Élévation des Triglycérides
Le sécukinumab, un inhibiteur de l’IL-17A, a également montré des effets prononcés sur les niveaux de triglycérides. La prévalence de l’hypertriglycéridémie est passée de 31,0 % à l’inclusion à 53,4 % à la semaine 48 (P = 0,001). Les niveaux moyens de TG sont passés de 1,60 ± 0,76 mmol/L à 2,08 ± 1,23 mmol/L (P <0,001). Contrairement à l’adalimumab, le sécukinumab n’a pas significativement modifié les niveaux de cholestérol total ou de LDL-C. Le mécanisme sous-jacent au rôle de l’IL-17A dans le métabolisme des triglycérides reste mal compris, bien que des modèles précliniques suggèrent des interactions avec les voies de signalisation des adipocytes.
Les deux biologiques n’ont pas montré d’impact significatif sur l’IMC (adalimumab : 25,93 ± 5,12 kg/m² à 26,15 ± 4,68 kg/m² ; sécukinumab : 25,28 ± 3,57 kg/m² à 26,36 ± 2,62 kg/m²), la glycémie ou la pression artérielle. La prévalence de l’hypertension a fluctué de manière non significative dans les deux groupes, avec une hypertension associée à l’adalimumab diminuant transitoirement à la semaine 24 (21,9 % à 9,4 %) mais rebondissant à 18,8 % à la semaine 48.
Implications Cliniques et Perspectives Mécanistiques
L’étude souligne l’interaction complexe entre le psoriasis, l’inflammation systémique et la dysfonction métabolique. La prévalence élevée du SM, de l’obésité et de la dyslipidémie chez les patients atteints de psoriasis met en évidence la nécessité de modèles de soins intégrés abordant à la fois la santé cutanée et métabolique. Bien que les thérapies biologiques gèrent efficacement les symptômes du psoriasis, leurs effets indésirables sur le métabolisme lipidique nécessitent une surveillance vigilante.
Les inhibiteurs du TNF-α comme l’adalimumab peuvent exacerber la dyslipidémie en modulant l’activité de la lipoprotéine lipase et la catabolisme du HDL-C. À l’inverse, les inhibiteurs de l’IL-17A comme le sécukinumab semblent augmenter sélectivement les triglycérides, possiblement via des mécanismes médiés par les adipocytes. Ces résultats contredisent les hypothèses antérieures liant la sévérité du psoriasis aux dérèglements métaboliques, car aucune corrélation entre la BSA et la prévalence des comorbidités n’a été observée dans cette cohorte.
Limites et Directions Futures
La conception rétrospective de l’étude, le recrutement monocentrique et la période d’observation de 48 semaines limitent la généralisabilité. Des études longitudinales avec des cohortes plus larges et multiethniques sont nécessaires pour valider ces résultats et explorer les résultats cardiovasculaires à long terme. De plus, des recherches mécanistiques sur la signalisation du TNF-α et de l’IL-17A dans le métabolisme lipidique pourraient éclairer des stratégies thérapeutiques personnalisées.
Conclusion
Cette investigation fournit des insights critiques sur le fardeau métabolique du psoriasis et les effets différentiels des thérapies biologiques sur les profils lipidiques. Bien que l’adalimumab et le sécukinumab n’exacerbent pas l’obésité, l’hypertension ou l’hyperglycémie, les deux agents modifient significativement le métabolisme des triglycérides et du cholestérol. Les cliniciens doivent peser ces risques métaboliques contre les bénéfices du contrôle du psoriasis, en particulier chez les patients présentant des facteurs de risque cardiovasculaires préexistants. Les recherches futures devraient privilégier des études prospectives pour élucider les relations causales entre les voies inflammatoires, les thérapies biologiques et la santé métabolique.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002143