Effets de la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19), y compris sa prévention et son traitement, sur le système reproducteur masculin
La pandémie de COVID-19 a suscité des préoccupations importantes concernant ses effets multisystémiques, y compris les impacts potentiels sur le système reproducteur masculin. Le virus, le syndrome respiratoire aigu sévère coronavirus 2 (SARS-CoV-2), se lie aux récepteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2 (ACE2) pour entrer dans les cellules hôtes. L’ACE2 est abondamment exprimée dans les testicules, avec des niveaux d’ARNm dépassant ceux des poumons ou des reins. Cette distribution suggère que les testicules sont une cible potentielle pour l’invasion virale, soulevant des questions sur les effets directs et indirects du SARS-CoV-2 sur la fertilité masculine, la régulation hormonale et la santé reproductive.
Expression de l’ACE2 et vulnérabilité testiculaire
L’ACE2 joue un double rôle dans la pathogenèse de la COVID-19 et la physiologie reproductive masculine. Dans le système rénine-angiotensine-aldostérone (SRAA), l’ACE2 hydrolyse l’angiotensine II (AngII) pour générer l’angiotensine-(1–7) [Ang-(1–7)], qui se lie aux récepteurs Mas pour exercer des effets vasodilatateurs, anti-inflammatoires et antifibrotiques. Dans les testicules, l’ACE2 et les récepteurs Mas sont localisés dans les tubules séminifères et les cellules interstitielles. Des études indiquent que l’axe ACE2-Ang-(1–7)-Mas régule la spermatogenèse, la motilité des spermatozoïdes et la synthèse de la testostérone. Par exemple, les agonistes Mas améliorent la motilité des spermatozoïdes chez les hommes atteints d’asthénospermie en activant la voie phosphoinositide 3-kinase/AKT. Inversement, les souris knockout pour Mas présentent une réduction du poids testiculaire, une spermatogenèse anormale et une expression altérée des gènes stéroïdogènes, soulignant l’importance de cet axe dans la fonction reproductive.
L’affinité de liaison élevée du SARS-CoV-2 pour l’ACE2 pourrait perturber cet équilibre. Des niveaux élevés d’AngII observés chez les patients atteints de COVID-19 sont corrélés à la gravité de la maladie et à la charge virale. L’excès d’AngII favorise l’hypertension, qui endommage les vaisseaux péniaux et les cellules endothéliales, contribuant à la dysfonction érectile. La vasoconstriction induite par l’hypertension, médiée par l’endothéline-1, réduit encore le flux sanguin pénien, exacerbant la dysfonction sexuelle.
Présence virale dans le sperme et dysfonction gonadique
Une étude pivot de Li et al. a détecté l’ARN du SARS-CoV-2 dans le sperme de 15,8 % (4/25) des patients en phase aiguë et de 8,7 % (2/23) des patients en convalescence. Cette découverte suggère une infection potentielle des testicules ou de l’épididyme, bien que la viabilité virale et les risques de transmission restent incertains. De plus, le profilage hormonal a révélé une élévation de l’hormone lutéinisante (LH) et un rapport testostérone/LH réduit chez les hommes infectés, indiquant une possible dysfonction des cellules de Leydig. Cette élévation des gonadotrophines implique des mécanismes compensatoires pour maintenir la production de testostérone, mais un déséquilibre hormonal prolongé pourrait altérer la spermatogenèse et la fertilité.
Impacts pharmacologiques sur la reproduction masculine
Les traitements de la COVID-19, y compris les antiviraux et les immunomodulateurs, peuvent exercer une toxicité reproductive :
- Ribavirine : Les études animales montrent des réductions réversibles de la testostérone, une inhibition de la spermatogenèse et des dommages à l’ADN des spermatozoïdes. Les concentrations de ribavirine dans le sperme dépassent les niveaux sériques par un facteur de deux, nécessitant une contraception pendant et pendant ≥8 mois après le traitement.
- Lopinavir/Ritonavir : Les modèles de rats démontrent des dommages testiculaires oxydatifs, une morphologie anormale des spermatozoïdes et une réduction du nombre de spermatozoïdes épididymaires.
- Phosphate de chloroquine : Perturbe la spermatogenèse et la fonction épididymaire dans les études précliniques.
- Glucocorticoïdes : Les doses élevées compromettent la barrière hémato-testiculaire, permettant aux toxines de pénétrer dans les tubules séminifères et d’induire l’apoptose des cellules germinales. Les régimes à court terme et à faible dose présentent un risque minimal.
Désinfectants et toxicité reproductive
Les désinfectants chimiques largement utilisés pendant la pandémie, tels que les composés chlorés, l’acide peracétique et les agents phénoliques, soulèvent des préoccupations concernant la sécurité reproductive :
- Désinfectants à base de chlore : Les souris exposées à l’hypochlorite ont développé des déformations accrues de la tête des spermatozoïdes.
- Acide peracétique : Lié à des défauts embryonnaires et à des avortements spontanés dans les modèles animaux.
- Composés phénoliques : Associés à des anomalies du développement chez la progéniture.
Bien que l’éthanol à 75 % et les solutions de chlore diluées soient considérés comme sûrs, une utilisation inappropriée ou des concentrations excessives peuvent nuire à la qualité des spermatozoïdes et au développement embryonnaire.
Stress psychologique et qualité du sperme
Le fardeau psychologique de la pandémie—marqué par l’anxiété, la dépression et le stress post-traumatique—affecte négativement la fertilité masculine. Le stress chronique active l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, supprimant l’hormone de libération des gonadotrophines et la production de testostérone en aval. Les études cliniques corrèlent le stress à une réduction du volume séminal (diminution moyenne : 0,5 mL), une concentration plus faible de spermatozoïdes (réduction de 12 %) et une augmentation de la fragmentation de l’ADN des spermatozoïdes (élévation de 15–20 %). Le stress oxydatif induit par le stress exacerbe en outre la dysfonction mitochondriale des spermatozoïdes et l’altération de leur motilité.
Implications cliniques et recommandations
- Surveillance de la fonction gonadique : Les patients atteints de COVID-19, en particulier ceux atteints de formes graves, devraient subir un profilage hormonal (testostérone, LH, hormone folliculo-stimulante) et une analyse du sperme après la guérison.
- Précautions lors de la thérapie antivirale : Les hommes recevant de la ribavirine ou des inhibiteurs de protéase nécessitent un conseil sur la contraception et la préservation à long terme de la fertilité.
- Pratiques de désinfection sûres : Le respect des concentrations recommandées de désinfectants (par exemple, 0,1 % d’hypochlorite de sodium) minimise les risques reproductifs.
- Soutien en santé mentale : Les interventions pour soulager le stress lié à la pandémie peuvent atténuer son impact négatif sur les paramètres séminales.
Conclusion
L’interaction du SARS-CoV-2 avec les récepteurs ACE2 dans les testicules, combinée à la toxicité liée au traitement et aux facteurs de stress environnementaux, pose des risques multifacettes à la santé reproductive masculine. Bien que l’invasion virale directe des testicules reste incomplètement comprise, les agents pharmacologiques, les désinfectants et le stress psychologique altèrent démontrablement la spermatogenèse, l’équilibre hormonal et la fonction sexuelle. Des stratégies globales englobant le confinement viral, l’utilisation judicieuse des médicaments et le soutien psychologique sont essentielles pour préserver la fertilité masculine pendant et au-delà de la pandémie.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001375