Effet à long terme d’une dose élevée de produit de contraste iodé chez les patients présentant une dysfonction thyroïdienne légère : une étude de cohorte prospective

Effet à long terme d’une dose élevée de produit de contraste iodé chez les patients présentant une dysfonction thyroïdienne légère : une étude de cohorte prospective

La maladie coronarienne (CHD) reste l’une des principales causes de décès dans le monde, avec une augmentation significative du nombre d’interventions vasculaires et de scans assistés par ordinateur nécessitant une injection intravasculaire de produits de contraste à base d’iode (ICM). Ces procédures, telles que l’intervention coronarienne percutanée (PCI) et l’angiographie coronarienne (CAG), sont essentielles pour le diagnostic et le traitement de la CHD. Cependant, les effets à long terme de l’ICM sur les patients présentant une dysfonction thyroïdienne (TD) légère, en particulier ceux avec une réduction de la triiodothyronine totale (TT3), ne sont pas bien compris. Cette étude visait à investiguer l’impact à long terme d’une dose unique et élevée d’ICM sur la fonction thyroïdienne chez les patients présentant une TD légère.

Contexte et justification

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande un apport quotidien en iode de 150 mg pour les adultes non enceintes. Cependant, la quantité d’iode dans 100 mL d’ICM (370 mgI/mL) peut atteindre 37 000 000 mg, dépassant largement l’apport quotidien recommandé. La glande thyroïde, qui stocke et utilise l’iode pour synthétiser les hormones thyroïdiennes, est particulièrement sensible aux niveaux d’iode. Bien que les effets à court terme de l’ICM chez les patients euthyroïdiens soient transitoires et légers, les effets à long terme chez les patients présentant une TD légère, en particulier ceux avec une réduction de TT3, ne sont pas clairs.

La réduction de TT3 est un type spécifique de TD observé chez jusqu’à 28 % des patients atteints de CHD. Cette condition est distincte du syndrome de basse triiodothyronine (T3) traditionnel, car les patients avec une réduction de TT3 ont des niveaux normaux de triiodothyronine inverse (rT3). La cause de la réduction de TT3 n’est pas entièrement comprise mais pourrait être liée à des facteurs tels que l’exposition à la famine dans la petite enfance, l’iodation universelle du sel et le vieillissement. Cette étude s’est concentrée sur les patients atteints d’angine de poitrine stable (SAP) et de réduction de TT3 pour explorer les effets à long terme de l’ICM sur la fonction thyroïdienne.

Conception de l’étude et méthodes

Cette étude de cohorte prospective a été menée dans deux sites de l’hôpital thoracique de Tianjin, en Chine. L’étude a inclus des patients âgés de 20 ans ou plus atteints de SAP et de réduction de TT3, avec des niveaux normaux d’hormone thyréostimulante (TSH) et de rT3. Les patients présentant un infarctus du myocarde aigu, une insuffisance cardiaque, une fonction rénale anormale, des antécédents de TD ou une utilisation récente de médicaments contenant de l’iode ont été exclus. L’étude a divisé les patients en groupes à dose élevée (≥100 mL d’ICM) et à faible dose (<100 mL d'ICM) en fonction de la quantité d'ICM utilisée pendant la procédure.

Les paramètres de la fonction thyroïdienne, y compris la TSH, la TT3, la triiodothyronine libre (FT3), la thyroxine totale (TT4), la thyroxine libre (FT4), la rT3, les anticorps anti-thyroperoxydase (TPOAB) et les anticorps anti-thyroglobuline (TGAB), ont été mesurés avant et à 6 mois et 1 an après l’exposition à l’ICM. La fonction thyroïdienne et les niveaux d’autoanticorps ont été comparés pour évaluer l’impact à long terme de l’ICM.

Résultats

Un total de 154 patients ont terminé le suivi à 6 mois, et 149 ont terminé le suivi à 1 an. L’âge moyen des patients était de 60,8 ± 9,9 ans, avec 73,4 % d’hommes. La dose moyenne d’ICM utilisée était de 123,3 ± 47,1 mL, avec un minimum de 40 mL et un maximum de 220 mL.

Changements dans les hormones thyroïdiennes

Des changements significatifs dans les niveaux d’hormones thyroïdiennes ont été observés 1 an après l’exposition à l’ICM. Les niveaux de FT3, FT4, TT3, TT4 et TSH ont montré des changements statistiquement significatifs (P < 0,001), tandis que les niveaux de rT3 sont restés inchangés (P = 0,848). Une TD subclinique transitoire est survenue dans 75,5 % des cas dans le groupe à dose élevée. Un patient a développé une hypothyroïdie sévère avec myxœdème, nécessitant une intervention médicamenteuse 1 an après l'exposition à l'ICM.

Changements dans les autoanticorps thyroïdiens

Avant l’exposition à l’ICM, 26,6 % des patients avaient des niveaux élevés de TGAB, avec 7,1 % ayant également des niveaux élevés de TPOAB. Les niveaux de TGAB ont diminué à 6 mois (P < 0,001) mais ont augmenté à 1 an (P = 0,002). Un an après l'exposition à l'ICM, 4,9 % des patients avec des niveaux élevés de TGAB ont développé une hypothyroïdie, 26,8 % avaient une hypothyroïdie subclinique (SCHypo) et 7,3 % avaient une hyperthyroïdie subclinique (SCHyper).

Effets liés à la dose

L’étude a révélé que les effets de l’ICM sur la fonction thyroïdienne étaient liés à la dose. Dans le groupe à dose élevée (≥100 mL), les niveaux de TT3, TT4, FT3, FT4 et TSH étaient significativement plus élevés qu’avant l’exposition à l’ICM (P < 0,001). Les niveaux de TGAB ont diminué à 6 mois (P < 0,001) mais ont augmenté à 1 an (P = 0,023). Dans le groupe à faible dose (<100 mL), les niveaux de TT3, TT4 et TGAB n'ont pas montré de changements significatifs, tandis que les niveaux de TPOAB ont diminué (P = 0,006).

Discussion

L’étude a révélé plusieurs résultats clés concernant les effets à long terme de l’ICM sur les patients présentant une TD légère :

  1. Risque d’hypothyroïdie sévère : Les patientes présentant une élévation préopératoire des anticorps thyroïdiens et une réduction de TT3 sont à risque d’hypothyroïdie sévère avec myxœdème 1 an après l’exposition à l’ICM. Cela souligne la nécessité d’une surveillance attentive et d’une intervention potentielle dans cette population.

  2. TD subclinique transitoire : Le risque de SCHypo transitoire a augmenté, tandis que le risque de SCHyper transitoire a diminué 1 an après l’exposition à l’ICM. Aucun patient n’a développé d’hyperthyroïdie, indiquant que les effets de l’ICM sur la fonction thyroïdienne sont principalement transitoires et subcliniques.

  3. Effets liés à la dose : L’impact de l’ICM sur la fonction thyroïdienne était lié à la dose, avec 75,5 % des cas de TD postopératoires survenant dans le groupe à dose élevée. Cela suggère que des doses plus élevées d’ICM sont plus susceptibles d’induire une dysfonction thyroïdienne.

  4. Autoanticorps thyroïdiens : Les niveaux de TGAB ont diminué à 6 mois mais ont augmenté à 1 an après l’exposition à l’ICM, indiquant un effet de rebond. Ce rebond était plus prononcé dans le groupe à dose élevée, suggérant une relation entre la dose d’ICM et la thyroïdite auto-immune.

Conclusion

Cette étude fournit des informations précieuses sur les effets à long terme d’une dose unique et élevée d’ICM chez les patients présentant une TD légère, en particulier ceux avec une réduction de TT3. Les résultats soulignent l’importance de surveiller la fonction thyroïdienne chez les patients subissant des procédures avec ICM, en particulier ceux avec une élévation préexistante des anticorps thyroïdiens. Un suivi à 9–12 mois après l’exposition à l’ICM est justifié pour détecter et gérer une éventuelle dysfonction thyroïdienne.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002260

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